« Abbas dehors », crient les milliers de manifestants aux funérailles de Banat
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« Abbas dehors », crient les milliers de manifestants aux funérailles de Banat

Dans la mosquée d'Hébron, des Palestiniens ont rendu un dernier hommage à Nizar Banat, un militant mort alors qu’il était détenu par l’Autorité palestinienne

Le cortège funèbre de Nizar Banat, opposant de l'Autorité palestinienne, mort après son arrestation par l'Autorité palestinienne à Hébron, le 25 juin 2021. (Crédit : MOSAB SHAWER / AFP)
Le cortège funèbre de Nizar Banat, opposant de l'Autorité palestinienne, mort après son arrestation par l'Autorité palestinienne à Hébron, le 25 juin 2021. (Crédit : MOSAB SHAWER / AFP)

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues d’Hébron vendredi pour les funérailles d’un opposant de l’Autorité palestinienne mort alors qu’il était détenu par l’Autorité palestinienne. Nombre d’entre eux ont appelé à mettre fin au règne de 16 ans du président Mahmoud Abbas.

Nizar Banat, éminent critique de l’Autorité palestinienne connu pour ses vidéos sur les réseaux sociaux, est décédé jeudi après avoir été arrêté par des agents des services de sécurité palestiniens.

Les membres de la famille de Banat l’ont vu être sauvagement battu pendant huit minutes d’affilée avant d’être traîné par les policiers.

« Dehors Abbas, dehors. C’est le vote de tout le peuple », ont scandé les manifestants. Des drapeaux verts ornés de calligraphies arabes blanches, souvent associées au groupe terroriste du Hamas, parsemaient le cortège.

Invoquant l’un des slogans les plus connus des révolutions arabes de 2011, les manifestants ont chanté : « Le peuple veut renverser le régime ! »

« Dehors, dehors, dehors, virez les chiens de l’Autorité palestinienne », ont scandé d’autres.

Une foule de Palestiniens – il semble qu’il y en aurait eu des dizaines – s’est également rassemblée après la prière du vendredi à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem pour scander des slogans anti-Abbas et pro-Hamas. Le site est le troisième lieu saint de l’islam et se trouve sur le mont du Temple, le site le plus sacré du judaïsme.

« L’Autorité palestinienne est constituée d’espions [israéliens], du plus petit soldat au président », a hurlé la foule.

Quelques dizaines d’autres Palestiniens se sont rassemblés sur la place al-Manara dans le centre-ville de Ramallah pour condamner l’Autorité palestinienne pour la mort de Banat.

Banat, 44 ans, gérait une page Facebook sur laquelle il mettait en ligne des vidéos critiquant l’Autorité palestinienne. Il a fréquemment accusé de corruption de hauts responsables à Ramallah et a critiqué leur engagement de coopération sécuritaire avec Israël.

Ses activités politiques ont provoqué des représailles. En décembre, Banat a été détenu plusieurs jours en vertu de la loi controversée de 2018 sur la cybercriminalité adoptée par l’Autorité palestinienne, qui permet d’inculper les Palestiniens pour avoir « calomnié » des fonctionnaires en ligne.

Après qu’Abbas a annulé en avril les élections palestiniennes prévues cet été, Banat, lui-même candidat aux législatives sur une liste indépendante, a accordé une interview sévère envers le président de l’Autorité palestinienne à une chaîne de télévision affiliée au Hamas. Quelques jours plus tard, des hommes armés non identifiés ont ouvert le feu sur son domicile à Dura, près d’Hébron.

Nizar Banat, critique virulent de l’Autorité palestinienne, s’adresse aux journalistes depuis sa maison familiale, à Hébron, en Cisjordanie, le 4 mai 2021. (Crédit : AP / Nasser Nasser)

Banat s’était alors réfugié dans une planque dans un quartier d’Hébron sous contrôle israélien. La ville de Cisjordanie est divisée depuis le Protocole d’Hébron de 1997, qui a partagé la ville en zones administrées par les Palestiniens et par Israël.

Jeudi matin, des membres des services de sécurité de l’Autorité palestinienne ont mené un raid chez lui. Selon sa famille, les policiers ont déshabillé Banat, l’ont aspergé de gaz lacrymogène dans les yeux, avant de le « battre sauvagement » et de le traîner dehors. Deux heures plus tard, sa famille a appris que Banat était mort.

L’Autorité palestinienne a déclaré qu’elle mènerait une enquête approfondie avec des représentants de la famille et des groupes de défense des droits de l’homme.

Sa mort a suscité l’indignation générale des Palestiniens, provoquant des manifestations à Ramallah jeudi, un fait peu commun. Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues, appelant à mettre fin aux 16 ans de règne d’Abbas. Ils ont été accueillis par des policiers brandissant des matraques et tirant des grenades lacrymogènes.

Les funérailles de Banat ont eu lieu dans le sud d’Hébron. Des milliers de personnes se sont rassemblées dans la mosquée, avec beaucoup d’autres rassemblées à l’extérieur. La distanciation sociale n’était pas vraiment respectée, bien que de nombreux Palestiniens de Cisjordanie n’ont pas encore été vaccinés.

Les funérailles ont été dirigées par Alaa al-Rimawi, journaliste lié au Hamas, qui a lui-même été détenu à plusieurs reprises par les services de sécurité d’Israël et de l’Autorité palestinienne.

« Que la paix soit sur toi, Nizar. Que la paix soit sur toi. Tu es l’enseignant, l’instructeur », a déclaré al-Rimawi, désignant le corps de Banat.

Alors que de nombreuses chaînes de télévision et sites d’information palestiniens diffusaient en direct les funérailles depuis la mosquée à Hébron, la télévision palestinienne officielle dirigée par l’Autorité palestinienne a plutôt montré des extraits d’affrontements entre des soldats israéliens et des manifestants palestiniens près de Beita dans le nord de la Cisjordanie.

Après les funérailles, les participants ont marché vers le nord en direction du cimetière où Banat devait être enterré, continuant à scander des slogans contre Abbas et l’Autorité palestinienne.

Un porte-parole du département d’État américain a déclaré que l’administration était « profondément troublée » par la mort de Banat et a exhorté l’Autorité palestinienne à mener une enquête en toute transparence.

« Nous sommes très préoccupés par les restrictions de l’Autorité palestinienne contre l’exercice de la liberté d’expression par les Palestiniens et par le harcèlement contre les militants et des organisations de la société civile », a déclaré le porte-parole du département d’État américain Ned Price dans un communiqué.

Des manifestants en colère portent des photos de Nizar Banat, un critique virulent de l’Autorité palestinienne, et scandent des slogans contre l’Autorité palestinienne lors d’un rassemblement pour protester contre sa mort, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 24 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

L’Union européenne, le plus grand bailleur de fonds de l’Autorité palestinienne, s’est déclarée « choquée et attristée » par la mort de Banat. Mardi, l’UE a annoncé un programme d’aide de 425 millions de dollars au secteur privé palestinien, dont au moins 200 millions de dollars seraient acheminés par les institutions de l’Autorité palestinienne.

« Nos pensées vont à sa famille et à ses proches. [Une] enquête complète, indépendante et transparente devrait être menée immédiatement », a déclaré l’UE dans un communiqué.

La Cisjordanie connait une augmentation d’arrestations de militants opposés à l’Autorité palestinienne depuis la récente guerre de 11 jours entre Israël et le Hamas à Gaza. Suite à ce conflit, l’Autorité palestinienne, déjà détestée à Ramallah, a perdu encore davantage de soutien, alors que le Hamas a gagné en popularité.

Mardi, les forces de sécurité de l’AP ont arrêté Issa Amro, un autre important militant d’Hébron, suite à des déclarations accusant les dirigeants de Cisjordanie de corruption. Amro a été libéré dans l’attente d’une audience avec le procureur public de l’Autorité palestinienne.

Des manifestants en colère allument des feux, bloquent les rues du centre-ville et se heurtent à la police après la mort de Nizar Banat, un critique virulent de l’Autorité palestinienne, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 24 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Le groupe terroriste du Hamas, qui dirige la bande de Gaza, a décrit la mort de Banat comme un « assassinat ».

« Ce crime prémédité reflète les intentions et le comportement de l’Autorité d’Abbas et de ses services de sécurité envers notre peuple, les militants de l’opposition et ses opposants politiques », a déclaré le Hamas, opposé au mouvement du Fatah d’Abbas depuis une guerre fratricide en 2007 pour le contrôle de Gaza.

Mohammad Dahlan, rival en exil d’Abbas, a appelé à « une large réponse populaire et légale pour tenir pour responsables les tueurs ».

« Il n’y a pas de mots pour décrire le meurtre de l’éminent militant national, le martyr Nizar Banat », a tweeté Dahlan, qui dirige une faction dissidente du Fatah connue sous le nom de Courant réformé démocratique.

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