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Abe Foxman : « Si Israël cesse d’être une démocratie, je ne le soutiendrais plus »

« Je n’aurais jamais imaginé un jour remettre en cause mon soutien à Israël », a confié l'ex-chef de l’Anti-Defamation League

Abraham Foxman (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Abraham Foxman (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

JTA – Abe Foxman, qui fut longtemps à la tête de l’Anti-Defamation League (ADL), avait pour coutume de dire que rien ne pourrait jamais l’éloigner d’Israël.

Il revient aujourd’hui sur ses propos, à mesure que des dirigeants extrémistes sont sur le point d’obtenir des places de choix au sein du futur gouvernement israélien, à la faveur d’accords passé avec le Premier ministre désigné Benjamin Netanyahu.

« Je n’aurais jamais imaginé un jour remettre en cause mon soutien à Israël », a confié Foxman dans une interview publiée vendredi par le Jerusalem Post.

« J’ai toujours dit que [mon soutien à Israël] était inconditionnel, mais ce n’est plus le cas. Je ne pense pas qu’il soit anormal de dire aujourd’hui :  ‘J’aime Israël, mais l’État juif et démocratique, respectueux du pluralisme’. »

Abraham Foxman, ancien directeur national de l’Anti-Defamation League (Crédit : David Karp/via JTA)

« Si Israël cesse d’être une démocratie à part entière, je ne pourrai plus le soutenir », a-t-il déclaré.

Foxman a indiqué que ses inquiétudes reflétaient celles de la communauté juive dans son ensemble, mais qu’il était faisait confiance à Netanyahu pour qu’il ne laisse pas les dirigeants d’Otzma Yehudit, parti extrémiste qui assumera des responsabilités de premier plan dans le futur gouvernement, mener des réformes radicales.

« Je pense qu’il est assez sensible et intelligent pour avoir conscience des fortes préoccupations des [Juifs américains] », a déclaré Foxman, qui s’est retiré de l’ADL en 2015, après 50 ans de bons et loyaux services.

Il a notamment évoqué une interview, donnée il y a peu par Netanyahu au journaliste Bari Weiss, dans laquelle il assurait qu’il ne laisserait pas libre cours aux projets des dirigeants des partis extrémistes, Bezalel Smotrich, Itamar Ben Gvir et Avi Maoz en tête.

Les députés Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich lors d’un rassemblement de leur parti HaTzionout HaDatit à Sderot, le 26 octobre 2022. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Mais Netanyahu a tout de même conclu un accord avec Ben Gvir pour lui donner autorité sur la police israélienne et fait de Maoz, chef du parti homophobe Noam, le responsable de « l’identité juive ». Il a conclu un accord pour nommer Smotrich ministre des Finances.

Tous ces hommes ont, à un moment ou un autre, déclaré vouloir expulser les Arabes déloyaux à Israël, interdire la Gay pride et priver les Juifs non orthodoxes de certains droits.

Il se dit que Netanyahu aurait d’ores et déjà accepté de soutenir une réforme pour cesser de reconnaître les conversions non orthodoxes. Tous ces hommes seraient en outre favorables à une limitation des pouvoirs du système judiciaire israélien.

Netanyahu a assuré Weiss que rien ne justifiait de s’alarmer de ces projets.

Le député Avi Maoz, à gauche, et le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, après avoir signé un accord de coalition, le 27 novembre 2022. (Crédit : Likud)

« Israël ne sera pas gouverné par la loi du Talmud », a-t-il affirmé. « Nous n’allons pas interdire les forums LGBT. Comme vous le savez, mon point de vue à ce sujet est très différent, c’est le moins que l’on puisse dire. Le pays va continuer à être régi par la loi. »

Les inquiétudes de Foxman, a-t-il déclaré à la Jewish Telegraphic Agency dans une autre interview, concernent les propositions des extrémistes visant à politiser le système judiciaire, assouplir les règles d’ouverture de feu, mettre fin à la reconnaissance des conversions non orthodoxes et interdire les événements LGBTQ en public.

« Ce ne sont pas des éléments isolés, mais un ensemble de facteurs qui nous ramènent au Moyen Âge », a déclaré Foxman à la JTA. « Cela sape les fondements mêmes de la démocratie, et notamment le système juridique, érode les droits de l’Homme et l’égalité des droits pour tous, qu’il s’agisse des LGBT, du mouvement conservateur ou encore du mouvement réformiste, qui a progressé en Israël.

Âgé de 82 ans, l’avis de Foxman sur les questions juives est toujours très apprécié. Survivant de la Shoah, il siège au conseil d’administration du US Holocaust Memorial Museum.

Malcolm Hoenlein (right) with Prime Minister Benjamin Netanyahu (Photo credit: Uri Lenz/FLASH90)
Malcolm Hoenlein (à droite) avec le Premier Ministre Benjamin Netanyahu (Crédit: Uri Lenz/FLASH90)

Ses récents propos sont d’autant plus inattendus qu’ils émanent d’une génération d’hommes, avec Malcolm Hoenlein, vice-président exécutif de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, et David Harris, qui vient de se retirer de la présidence de l’American Jewish Committee (AJC), pour laquelle les divergences entre Israël et la communauté juive américaine ne devaient pas être discutées publiquement. Jusqu’alors, toute critique ouverte était taboue.

Il n’en sera plus de même si Netanyahu cède aux exigences d’Otzma Yehudit, a indiqué Foxman au Jerusalem Post.

« Si Bibi change la nature de la démocratie en Israël, il changera aussi la nature du soutien que les Etats-unis apportent à Israël, que ce soit la communauté juive américaine, la communauté américaine dans son ensemble voire le gouvernement américain, s’il reste de centre-gauche », a-t-il déclaré.

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