Accords d’Abraham: séance marathon à la Knesset ; Netanyahu salue la « paix »
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Accords d’Abraham: séance marathon à la Knesset ; Netanyahu salue la « paix »

Les députés devraient soutenir massivement l'accord, mais la Liste arabe unie dénonce un "accord d'armement" visant à "saper la lutte" des Palestiniens

Les drapeaux des États-Unis, des Émirats arabes unis, d'Israël et de Bahreïn sont projetés sur les murs de la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 septembre 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)
Les drapeaux des États-Unis, des Émirats arabes unis, d'Israël et de Bahreïn sont projetés sur les murs de la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 septembre 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

La Knesset devait voter jeudi à une écrasante majorité en faveur du traité de normalisation avec les Émirats arabes unis lors d’une session qui devait durer plusieurs heures.

Le débat parlementaire a débuté à 11 heures avec les remarques du président de la Knesset, Yariv Levin, après quoi le Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté l’accord. Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a également prononcé un discours.

En ouvrant le débat à la Knesset sur l’accord de normalisation d’Israël avec les Emirats arabes unis, le Netanyahu a salué une « paix chaleureuse » qui intervient au milieu d’un changement de paradigme dans la façon dont les pays du Moyen-Orient voient Israël.

Il a affirmé que les Accords Abraham avec Abou Dhabi ne contenaient « aucune annexe secrète ou programme caché », repoussant les critiques qui rejettent l’accord en raison d’informations selon lesquelles Israël aurait tacitement accepté la vente d’armes avancées aux EAU.

Dans un long discours, il a passé en revue la quête de paix d’Israël, qui dure depuis dix ans, appelant les Palestiniens et le Liban à négocier des accords avec l’État juif et prédisant que de nombreux autres pays arabes et musulmans suivront les Émirats et le Bahreïn dans la normalisation de leurs relations avec Israël.

« Depuis le début du sionisme, l’une de nos mains tient une arme de défense et l’autre est tendue à tous ceux qui veulent la paix », a-t-il déclaré. « On dit que la paix se fait avec des ennemis. C’est faux. La paix est faite avec ceux qui ont cessé d’être des ennemis. La paix est faite avec ceux qui désirent la paix et qui ne restent plus attachés à votre anéantissement ».

Dans ce contexte, le chef du gouvernement a mentionné le début des négociations sur la frontière maritime avec le Liban mercredi et a exprimé l’espoir que ces pourparlers indirects pourraient à l’avenir mener à une normalisation complète avec ce pays également.

Netanyahu a souligné que l’accord avec les EAU était différent des traités de paix d’Israël avec l’Egypte et la Jordanie en ce sens qu’il n’exige d’Israël aucun abandon de territoire. « C’est une paix chaleureuse, entre les peuples », a-t-il commenté, se rappelant avoir été ému de voir sur les réseaux sociaux des images d’enfants émiratis se drapant dans un drapeau israélien.

« Israël, qui pendant des décennies a été perçu comme un ennemi, est aujourd’hui considéré comme un allié loyal et même essentiel. Il est incroyable qu’ici, à la Knesset d’Israël, certains votent contre la paix », a-t-il indiqué.

Le débat a ensuite été ouvert à tout député ou ministre pour un discours de quatre minutes. Jusqu’à présent, une centaine de membres se sont inscrits, ce qui signifie que le débat pourrait durer plus de six heures.

Les parlementaires devraient largement soutenir l’accord, seule la Liste arabe unie s’y opposerait, le qualifiant de contrat d’armement et non de traité de paix.

En ce 5 août 2019, photo publiée par l’US Air Force, un pilote et un équipage de chasseur F-35 se préparent pour une mission à la base aérienne d’Al-Dhafra aux Emirats Arabes Unis. (Sergent d’état-major Chris Thornbury/US Air Force via AP)

Les États-Unis et les Émirats arabes unis devraient signer un accord d’armement parallèlement à la normalisation dans les prochaines semaines, qui verra Washington fournir à l’État du Golfe, entre autres, des F-35 avancés.

Mercredi, la députée de la Liste arabe unie Aida Touma-Sliman a dénoncé l’accord, déclarant qu’il « visait à saper la lutte contre l’occupation et à éliminer la possibilité d’établir un État palestinien ».

L’extrême droite israélienne se méfie également de l’accord car dans celui-ci, Jérusalem s’engage « à travailler ensemble pour réaliser une solution négociée au conflit israélo-palestinien qui réponde aux besoins et aspirations légitimes des deux peuples ».

Dans le cas très probable où une majorité des 120 députés de la Knesset voterait en faveur du traité, celui-ci reviendra sur le bureau du gouvernement pour être ratifié.

Une fois ratifié, l’accord entrera en vigueur pour Israël, mais les relations diplomatiques complètes entre les deux pays se seront pas officielles avant que les Émirats arabes unis ne le ratifient également.

La salle des séances plénières vide de la Knesset, le 29 avril 2019, un jour avant la prestation de serment de la 21e Knesset. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Les responsables émiratis ont entamé le processus d’approbation et de ratification de l’accord, qui a été signé par les deux parties à Washington le 15 septembre, mais on ne sait pas encore quand il sera conclu.

Une fois que les deux parties l’auront ratifié, le traité sera transmis au secrétaire général des Nations unies pour être enregistré dans la série des traités des Nations unies, un vaste recueil de traités internationaux.

En parallèle, les responsables israéliens et émiratis négocient actuellement divers accords bilatéraux, notamment sur l’ouverture d’ambassades et un régime de visas permettant aux Israéliens de se rendre aux Émirats arabes unis.

L’accord est parvenu à la Knesset après que les ministres l’ont approuvé à l’unanimité lors d’un vote lundi.

Suite à ce vote, M. Netanyahu a annoncé que lui et le leader de facto des EAU, le prince héritier Mohammed bin Zayed Al Nahyan, s’étaient entretenus au cours du week-end et avaient convenu de se rencontrer « bientôt », selon un compte rendu de leur conversation fourni par le bureau du Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime en séance plénière à la Knesset, le 12 octobre 2020. (Crédit : Yaniv Nadav/Bureau du porte-parole de la Knesset)

Cette conversation était la première entre les deux dirigeants depuis l’annonce de l’accord, le 13 août dernier.

Le communiqué ne précisait pas le lieu de la réunion, mais le Premier ministre a déclaré qu’il se réjouissait d’accueillir une délégation de haut niveau des EAU en Israël.

Il s’agirait d’une « visite réciproque » faisant suite au voyage à Abu Dhabi, le 31 août, d’une délégation israélienne dirigée par le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben Shabbat, a précisé Benjamin Netanyahu.

Un communiqué de l’agence de presse officielle des Emirats a indiqué que M. Netanyahu avait lancé l’appel et que les deux hommes avaient discuté de « la progression des relations bilatérales en vue de l’accord de paix que les deux pays ont récemment signé ».

Il n’y est pas fait mention de rencontre ou de visite réciproque.

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