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Allemagne : 2 enseignants contraints de partir après avoir dénoncé des lycéens nazis

Pour les éducateurs, leurs efforts destinés à contrer les idéologies extrémistes à l'école se sont heurtés aux réactions négatives des parents et au manque de soutien du personnel

Les enseignants Laura Nickel 
et Max Teske après une interview avec l'Associated Press à Cottbus, en Allemagne, le 19 juillet 2023. (Crédit : Markus Schreiber/AP Photo)
Les enseignants Laura Nickel et Max Teske après une interview avec l'Associated Press à Cottbus, en Allemagne, le 19 juillet 2023. (Crédit : Markus Schreiber/AP Photo)

Deux enseignants de l’est de l’Allemagne ont tenté de contrer les activités d’extrême-droite d’élèves du lycée de leur petite ville, a rapporté mercredi l’agence de presse Associated Press.

Ils ont conseillé les intimidateurs qui menaçaient de frapper leurs camarades immigrés. Ils ont donné davantage de cours sur le passé nazi de leur pays. Ils ont invité un rappeur noir à parler du respect mutuel.

Rien n’y a fait.

En désespoir de cause, Laura Nickel et Max Teske ont écrit une lettre ouverte dans laquelle ils décrivaient l’atmosphère d’intimidation qui régnait au lycée Mina Witkojc de la ville de Burg. Ils ont rapporté que des élèves se saluaient en faisant le salut nazi, qu’ils gravaient des croix gammées sur leurs bureaux et qu’ils écoutaient de la musique aux paroles racistes dans les couloirs.

« Les enseignants et les élèves qui luttent ouvertement contre les élèves et les enseignants d’extrême-droite craignent pour leur sécurité », ont-ils déclaré dans la lettre qu’ils ont envoyée aux journaux locaux. « Le problème doit être reconnu et combattu ouvertement. Les écoles devraient être des lieux exempts de peur, pleins d’ouverture d’esprit et de sécurité pour tous, et ne peuvent servir de refuge aux ennemis de la démocratie. »

Malgré cela, Nickel, qui enseignait l’anglais et l’histoire au lycée, et Teske, professeur de mathématiques et de géographie, n’étaient pas préparés à la réaction brutale que leur appel à l’action a suscitée. Une lettre émanant d’un groupe anonyme de parents a exigé leur renvoi. Des autocollants avec leurs photos et la légende « Allez vous faire foutre à Berlin » ont été collés sur des poteaux électriques près de l’enceinte de l’établissement. Sur les réseaux sociaux, quelqu’un a même déclaré vouloir les « traquer ».

D’autant plus découragés par ce qu’ils disent être « un manque de soutien » de la part de leurs collègues, du directeur et des administrateurs locaux, Nickel et Teske ont annoncé à la fin de l’année scolaire – il y a deux semaines – qu’ils quittaient l’établissement et la ville située à 116 kilomètres au sud-est de Berlin.

« Les déclarations, les actions, les slogans, l’homophobie et le sexisme de l’extrême-droite étaient et sont toujours à l’ordre du jour dans ce lycée », a déclaré Nickel, 34 ans, qui a travaillé à Mina Witkojc pendant quatre ans, à l’Associated Press lors d’une interview commune avec Teske, 31 ans, qui a enseigné dans ce lycée pendant trois ans.

L’enseignante Laura Nickel montrant son téléphone portable avec des photos d’autocollants sur un lampadaire montrant des images d’elle et de son collègue Max Teske avec la légende « piss off to Berlin » lors d’une interview avec l’Associated Press à Cottbus, en Allemagne, le 19 juillet 2023. (Crédit : Markus Schreiber/AP Photo)

Ni l’établissement ni les autorités scolaires locales n’ont répondu aux demandes de commentaires de l’Associated Press sur les démissions des enseignants.

Mais l’expérience de Teske et Nickel a suscité la crainte dans la capitale allemande que l’extrême-droite ait pris pied dans certaines régions de l’ex-Allemagne de l’Est – plus que beaucoup ne le pensaient. Selon les experts, c’est surtout dans le sud de l’État de Brandebourg, où se trouve Burg, que tout un réseau de salons de tatouage, de boîtes de nuit, de groupes de jeunes et de clubs de supporters de l’équipe de football FC Energie Cottbus diffusent les messages du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Au début du mois, le service de renseignement intérieur de l’État de Brandebourg a déclaré que Young Alternative for Germany, l’aile de l’AfD destinée aux sympathisants âgés de 14 ans et plus, était particulièrement radicale et qu’elle a été placée sous surveillance officielle en tant que groupe « d’extrême-droite avéré ».

Le ministère de l’Éducation, qui a été critiqué pour ne pas avoir suffisamment soutenu les enseignants, a annoncé la semaine dernière que les autorités avaient identifié un adolescent soupçonné d’être à l’origine de la publication du message « Chassez-les » sur Instagram.

Le directeur-exécutif de la Fondation Amadeu Antonio, Timo Reinfrank, dont l’organisation promeut les droits de l’Homme tout en travaillant contre l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme en Allemagne, a déclaré à l’AP que le sud de l’État de Brandebourg était devenu « une zone de peur que les nazis ont déclarée comme leur territoire ».

Reinfrank a déclaré que ce n’était pas vraiment une surprise pour ceux qui connaissent la région, où l’extrême-droite était active avant même la création de l’AfD il y a dix ans. La fondation qu’il dirige a été nommée en l’honneur d’un travailleur contractuel angolais qui, en 1990, avait été battu à mort lorsqu’un groupe d’environ 50 jeunes armés de battes de baseball avait cherché des Noirs à attaquer dans la ville d’Eberswalde, dans le Brandebourg.

L’AfD a été fondée en 2013 et est entrée pour la première fois au Bundestag – le Parlement allemand – quatre ans plus tard en faisant campagne sur un programme anti-migrants. De récents sondages montrent que le parti bénéficie d’un niveau de soutien record à l’échelle nationale, soit environ 20 %.

Les raisons de son attrait particulier pour l’Allemagne de l’Est sont multiples. L’Allemagne de l’Est était une dictature communiste jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, et de nombreuses personnes y ont perdu leur emploi après la réunification de l’Allemagne en 1990.

Le lycée Mina Witkojc photographié à Burg (Spreewald), en Allemagne, le 19 juillet 2023. (Crédit : Markus Schreiber/AP Photo)

Les habitants parlent encore du sentiment d’être des citoyens de seconde zone par rapport aux Allemands de l’ouest du pays.

L’AfD a profité de la pandémie de coronavirus et de l’afflux de 1,2 million de réfugiés ukrainiens depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour promouvoir un discours « nous contre eux » et offrir ce qui semble être des réponses simples à des problèmes complexes, selon les experts.

Nombreux sont ceux qui pensent que l’AfD pourrait devenir le parti le plus puissant lorsque le Brandebourg et les autres États de l’Est, la Saxe et la Thuringe, organiseront des élections l’année prochaine. En Thuringe, le candidat de l’AfD a remporté le mois dernier le poste d’administrateur du comté de Sonneberg. C’est la première fois depuis l’époque nazie qu’un parti d’extrême-droite arrive en tête au niveau d’une collectivité territoriale.

Pendant ce temps, la coalition gouvernementale de centre-gauche du chancelier Olaf Scholz avec les Verts écologistes et les Libres démocrates pro-entreprises est réputée pour ses querelles internes et doit faire face à des vents contraires sur l’immigration, un plan environnemental visant à remplacer des millions de systèmes de chauffage domestique, et une inflation qui reste élevée.

Pour des personnes comme Nickel et Teske, s’opposer aux populistes de droite a un prix personnel élevé. Après que les enseignants ont annoncé leur retrait de Burg, le chef de la section AfD de Cottbus, la deuxième ville du Brandebourg, s’est réjoui sur Twitter de la fuite de Teske, « l’informateur radical de gauche », et de sa « complice ».

La police enquête sur les menaces proférées à l’encontre des enseignants et des agents patrouillent fréquemment devant leurs domiciles. Lorsque Teske sort, il regarde souvent par-dessus son épaule pour voir si quelqu’un ne le suit pas. Récemment, dans une épicerie, un homme s’est approché de lui par derrière et lui a chuchoté à l’oreille : « Sors d’ici ».

Des autocollants « Que ce soit à Chemnitz ou ailleurs, il n’y a pas de place pour les nazis » et « Il faut s’élever contre le racisme » affichés sur un lampadaire près du lycée Mina Witkojc à Burg (Spreewald), en Allemagne, le 19 juillet 2023. (Crédit : Markus Schreiber/AP Photo)

Pourtant, il refuse de considérer sa décision de quitter la ville comme une défaite. « En dénonçant les conditions désastreuses du lycée, Nickel et moi-même avons déclenché un débat national indispensable sur la montée de l’extrême-droite en Allemagne », a déclaré Teske.

« Nous continuerons à nous faire entendre, nous continuerons à avoir un impact politique et nous ne laisserons pas l’extrême-droite gagner », a-t-il ajouté.

« L’Allemagne, où le parti nazi a été élu au pouvoir il y a 90 ans et a conduit le pays à la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah, a une responsabilité particulière dans la lutte contre le populisme d’extrême-droite », a déclaré Nickel.

« L’histoire se répète et je pense que nous devons absolument faire quelque chose maintenant pour mettre un terme aux partis anti-démocratiques en Allemagne », a-t-elle ajouté.

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