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Allemagne : les leaders promettent une meilleure sécurité pour les Juifs

Merkel dit à Netanyahu qu'elle améliorera la sécurité autour des institutions communautaires et Rivlin demande une "action sans compromis" contre l'antisémitisme à son homologue

La police patrouille devant la synagogue de Berlin, au lendemain d'une fusillade meurtrière à Halle, à l'est de l'Allemagne, qui a fait deux morts, le 10 octobre 2019 (Crédit :  MICHELE TANTUSSI / AFP)
La police patrouille devant la synagogue de Berlin, au lendemain d'une fusillade meurtrière à Halle, à l'est de l'Allemagne, qui a fait deux morts, le 10 octobre 2019 (Crédit : MICHELE TANTUSSI / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est entretenu jeudi avec la chancelière allemande Angela Merkel suite à l’attaque perpétrée mercredi contre une synagogue dans la ville allemande de Halle.

Lors d’un échange téléphonique, Netanyahu a exprimé son appréciation de la fermeté de Merkel dans la lutte contre l’antisémitisme, ajoutant qu’il était important d’intensifier les efforts pour combattre ce phénomène, a fait savoir le bureau du Premier ministre dans un communiqué.

Merkel en a convenu et a expliqué qu’elle avait l’intention de renforcer les mesures de sécurité pour la communauté juive.

Elle a promis une « tolérance zéro » face à l’extrémisme de droite et s’est engagée à « combattre la haine, la violence ».

Deux personnes ont été tuées dans une fusillade survenue mercredi aux abords d’une synagogue dans la ville de Halle, dans la journée de Yom Kippour, la journée la plus sainte du judaïsme.

L’attentat a suscité un immense choc en Allemagne où la communauté juive, anéantie par la Shoah, est en plein essor à la faveur de l’arrivée dans les années 90 de très nombreux Juifs originaires de l’ex-URSS.

Elle compte 225 000 membres, soit la troisième plus grande communauté juive en Europe, derrière la France et la Grande-Bretagne, selon la chercheuse Niele Wissmann.

La chancelière allemande Angela Merkel (centre) parle avec la rabbin Gesa Ederberg (gauche) et d’autres membres de la communauté juive lors d’une veillée devant la Nouvelle Synagogue à Berlin le 9 octobre 2019. (Photo d’Anton Roland LAUB / AFP)

L’attaquant présumé – un citoyen allemand qui a été identifié sous le nom de Stephan Balliet — a tenté, en vain, de pénétrer dans la synagogue alors qu’environ 80 personnes se trouvaient à l’intérieur.

Il a alors ouvert le feu, tuant une femme qui se trouvait dans la rue, à l’extérieur du lieu de culte, et un homme qui était dans un restaurant de kebab avoisinant. Il a été placé en détention.

Le plus haut procureur d’Allemagne a indiqué que l’homme possédait, dans sa voiture, presque quatre kilos d’explosifs et qu’il avait voulu commettre un massacre.

Des policiers se tiennent devant le mur d’un cimetière juif proche du site d’une fusillade à Halle an der Saale, à l’est de l’Allemagne, le 9 octobre 2019 (Crédit : Sebastian Willnow / dpa / AFP) / Germany OUT

Contrairement aux synagogues d’un grand nombre d’autres villes allemandes, celle de Halle n’avait pas de sécurité policière assurée à ses abords pour Yom Kippur – une omission qui a été fortement critiquée par les leaders juifs.

Le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer, qui s’est rendu jeudi à la synagogue, a promis des améliorations de la sécurité autour des institutions, avec notamment une protection policière permanente pour les synagogues. Il a également fait savoir que le gouvernement allemand cherchait des moyens pour mieux combattre les discours de haine sur internet.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier, à droite, accueille le président Reuven Rivlin lors d’une cérémonie commémorant les 11 athlètes israéliens tués au cours d’une attaque terroriste pendant les Jeux olympiques de Munich en 1972, le 6 septembre 2017 (Crédit : AP Photo/Matthias Schrader)

Il a qualifié d’attaque de « jour de honte pour notre pays tout entier ».

« Avec notre histoire, quelque chose comme ce qui est arrivé n’aurait jamais dû survenir en Allemagne », a-t-il clamé. « Malheureusement, nous devons regarder la réalité en face et la réalité est que, depuis longtemps, la menace de l’antisémitisme, de l’extrémisme d’extrême-droite et du terrorisme de droite en Allemagne est très élevée ».

Dans la matinée de jeudi, le président Reuven Rivlin a demandé à son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, un passage à « l’action sans compromis » pour contrer la haine antijuive en Allemagne, a noté le bureau du président dans un communiqué.

Des bougies allumées devant la synagogue de Halle, à l’est de l’Allemagne, 24 heures après une fusillade antisémite, le 10 octobre 2019 (Crédit : Ronny Hartmann / AFP)

« Nous apprécions les efforts réalisés par les autorités allemandes pour protéger et garantir la sécurité des Juifs allemands et il y a encore des choses à faire dans le cadre de ce combat sans compromis et qui ne doit soulever aucune hésitation. J’apprécie à leur juste valeur votre volonté et la volonté de la chancelière d’exprimer votre soutien personnel à la communauté juive, ainsi que votre visite à la synagogue dans la journée », a dit Rivlin.

« Nous sommes partenaires dans la lutte contre l’antisémitisme et le néofascisme. Nous devons tirer les leçons de cet incident pour nous assurer qu’il ne se reproduira jamais. Le fascisme, le néofascisme et l’antisémitisme sont sources d’inquiétude pour le monde entier », a continué Rivlin.

Steinmeier, qui a rencontré des représentants de la communauté juive jeudi, dans la matinée, et s’est rendu sur les lieux de l’attaque, a demandé aux Allemands de s’engager davantage dans la lutte contre la haine antijuive.

« M. le Président, je ressens votre douleur, votre inquiétude et votre crainte et je les partage. J’ai dit au cours d’une déclaration, aujourd’hui, que déplorer et dénoncer, ce n’est pas suffisant. L’Etat allemand doit être à la hauteur de ses responsabilités pour protéger la vie juive. La vaste majorité des Allemands qui le désirent également doivent se montrer plus actifs, plus affirmés », a ajouté Steinmeier.

De gauche à droite, l’épouse du président allemand, Elke Buedenbender, et le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, arrivent à la synagogue de Halle, à l’est de l’Allemagne, 24 heures après une fusillade qui a fait deux morts, le 10 octobre 2019 (Crédit : Axel Schmidt/AFP)

Prenant la parole dans le lieu de culte, Steinmeier a également clamé qu’il « n’est pas suffisant de condamner une attaque d’une telle lâcheté ».

« Il doit être clair que l’Etat prendra la responsabilité de la sécurité de la vie juive en Allemagne », a-t-il poursuivi, disant que la société dans son ensemble devait afficher « une position claire et déterminée de solidarité » avec la communauté frappée.

« L’histoire nous rappelle et le présent exige de nous » que les Allemands prennent la défense de leurs compatriotes juifs, a-t-il asséné.

« Ceux qui ont gardé le silence jusqu’à maintenant doivent prendre la parole », a-t-il clamé.

Un agent de police court dans une rue de Halle, en Allemagne, suite à une fusillade commise aux abords d’une synagogue, le 9 octobre 2019 (Crédit : Sebastian Willnow/dpa via AP)

Les synagogues sont souvent placées sous protection policière en Allemagne et elles sont, depuis de nombreuses années, au centre des inquiétudes face à l’extrémisme de droite et islamique. L’antisémitisme et l’extrémisme de droite sont deux préoccupations en hausse dans le pays.

Le tireur a retransmis son attaque en direct pendant 35 minutes sur la plateforme Twitch, sur internet. Durant la vidéo, il s’est lancé dans une diatribe antisémite niant la Shoah et disant que les Juifs « sont à la racine des problèmes » rencontrés par les sociétés occidentales.

L’agence nationale de renseignement allemande a fait savoir que le nombre d’actes de violences antisémites s’est envolé cette année, passant à 48 incidents contre 21, l’année précédente. Elle a également noté que le nombre d’extrémistes de droite est passé de 100 à 21 400 personnes cette année. La moitié de ces individus sont considérés comme potentiellement violents.

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