Rechercher

Après l’attentat de l’école juive de Toulouse, partir pour tourner la page

Près d'un tiers de la communauté de la ville, soit 3 à 4 000 personnes, ont décidé de quitter la France, beaucoup pour Israël

Un éclaireur israélite français place des fleurs sous une bannière rendant hommage aux victimes de l’attentat contre l'école juive "Ozar Hatorah", à Toulouse, le 25 mars 2012. (Crédit : AFP / ERIC CABANIS)
Un éclaireur israélite français place des fleurs sous une bannière rendant hommage aux victimes de l’attentat contre l'école juive "Ozar Hatorah", à Toulouse, le 25 mars 2012. (Crédit : AFP / ERIC CABANIS)

L’attaque de l’école juive de Toulouse par Mohamed Merah le 19 mars 2012 a eu l’effet d’un détonateur : 3 à 4 000 personnes, près d’un tiers de la communauté de la ville, ont décidé de quitter la France, beaucoup pour Israël.

« On a vécu l’horreur, l’innommable, la barbarie. Ce qui s’est passé a provoqué notre alyah (immigration en Israël, ndlr). On a assisté à la montée de l’antisémitisme. L’avenir nous a fait peur », a confié à l’AFP Jérôme Soler*, parti début 2013 et qui vit aujourd’hui à Hadera avec sa famille.

La présence de policiers et militaires dans l’école comme devant la synagogue n’était plus supportable pour ce commercial, dont la fille était dans la classe d’un des enfants tués par Mohamed Merah.

« Si avec ma femme, on a décidé de partir, c’est surtout pour les enfants (âgés de 7 et 11 ans à l’époque) et on ne le regrette pas. Nous, on fait avec, on ressent un manque, la famille, les amis », témoigne ce père de famille de 47 ans.

« C’était un tel traumatisme, d’une violence inouïe, il fallait voir les parents d’élèves » venir chercher leurs enfants, le chaos à l’école Ozar Hatorah ce jour-là, se souvient Franck Touboul, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) pour Toulouse/Midi-Pyrénées.

Des lycéens français lors d’une minute de silence au lendemain du meurtre de trois enfants et d’un enseignant par le tireur Mohamed Merah à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, en mars 2012. (Crédit : Michel Spingler/AP)

Fuir l’islamisme radical

« Ces dix dernières années, poursuit-il, presque un tiers de la communauté de Toulouse est partie. Certains à Paris, d’autres en Israël, aux États-Unis, au Canada. » Des familles, des jeunes adultes, des retraités.

Les attentats antisémites d’Ozar Hatorah en 2012 à Toulouse, puis de l’Hyper Casher le 9 janvier 2015 à Paris ont provoqué une « rupture du contrat de confiance entre la France et la jeunesse juive », estime Franck Touboul.

Il se dit « frappé par le nombre de jeunes qui, à 18 ans, font le choix délibéré de quitter une forme de confort de la société française, pour aller faire l’armée trois ans en Israël. Il y a une quête de sens, d’idéal. Il y a aussi la dimension d’État-refuge en cas de péril ».

La discrète communauté juive de Toulouse, présente dans la 4e ville de France depuis le Moyen-âge, vivait dans une certaine insouciance. Mais de Tel Aviv, où il s’est établi en juillet 2014, Michel Salomon*, 50 ans, estime que les marques d’antisémitisme se sont banalisées après mars 2012.

« On a décidé de partir, dit-il, car on trouvait que la société française changeait. On habitait à Bagatelle (quartier sensible de Toulouse, ndlr), on se faisait traiter de ‘sales juifs’. »

« C’est l’islamisme radical qui nous a fait partir. On n’était pas des gens très religieux (…) Partir, ce n’était pas facile. La France, c’est un beau pays. On avait tout. En Israël, on a la sécurité, nos enfants sont en sécurité. »

Cérémonies à la mémoire des victimes de Toulouse. (Crédit : AFP)

Attentat contre un symbole

En ouvrant le feu sur trois élèves et un professeur dans la cour d’Ozar Hatorah, où l’enseignement va du primaire au secondaire, Mohamed Merah s’est attaqué à un symbole, un établissement qui faisait la fierté des Juifs de Toulouse.

Situé dans le quartier résidentiel de la Roseraie, cette école privée est aujourd’hui ultra-sécurisée. Le grand portail est encadré de hauts murs surmontés de barbelés et de caméras de vidéo-surveillance.

Les effectifs se sont toutefois stabilisés pour la première fois à la rentrée 2021. « Un motif d’espoir » selon Nicole Yardeni, figure de la communauté et conseillère municipale à Toulouse.

Mais cet « attentat antisémite contre des enfants, contre l’école » a laissé des traces de l’avis de l’avocat Simon Cohen, ténor du barreau de Toulouse : « une plaie de cette nature ne cicatrise jamais (…) elle fait partie du quotidien car elle reste dans le flanc. On apprend à vivre avec. »

The bodies of the Toulouse Jewish school shooting victims, shrouded in talitot, prior to burial at the Givat Shaul cemetery in Jerusalem on Wednesday. (photo credit: Uri Lenz/Flash 90)
Les corps des victimes de l’attentat de l’école juive de Toulouse, enveloppés dans des châles de prière, avant l’inhumation au cimetière de Givat Shaul à Jérusalem, en mars 2012. (Crédit : Uri Lenz / Flash90)

S’il ne peut envisager de partir lui-même loin de ses enfants et petits-enfants installés à Toulouse, il comprend que « le mythe de la terre promise puisse jouer un effet attractif très fort, une terre où les individus ne seront pas contestés en fonction de ce qu’ils sont, de ce qu’ils croient ».

(*) Noms modifiés à la demande des personnes interviewées

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...