Attaqué de toutes parts sur l’Afghanistan, Biden justifie sa décision
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Attaqué de toutes parts sur l’Afghanistan, Biden justifie sa décision

"Les forces américaines ne peuvent pas, et ne devraient pas, mener une guerre et mourir d'une guerre que les forces afghanes n'ont pas la volonté de combattre pour eux-mêmes"

Le président américain Joe Biden avec un masque à la main lors d'un discours prononcé à la Maison Blanche, le 29 juillet 2021. (Crédit : Anna Moneymaker / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
Le président américain Joe Biden avec un masque à la main lors d'un discours prononcé à la Maison Blanche, le 29 juillet 2021. (Crédit : Anna Moneymaker / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Joe Biden ne « regrette pas » a défendu lundi sa décision de retirer les troupes américaines d’Afghanistan dans une courte allocution.

« Je suis le président des Etats-Unis et à la fin c’est moi qui assume. Je suis profondément attristé par la situation, mais je ne regrette pas » la décision de retirer d’ici le 31 août les forces américaines d’Afghanistan, où elles combattent depuis vingt ans, a-t-il dit.

« C’est difficile et désordonné et, oui, c’est loin d’être parfait, mais j’ai tenu ma promesse » (de faire revenir les derniers soldats américains).

Alors que la prise de pouvoir fulgurante des talibans et les scènes de chaos à l’aéroport de Kaboul ont sidéré le monde, le commandant en chef de l’armée américaine a déclaré que « tout cela s’est déroulé plus rapidement que nous ne l’avions prévu. »

Pour Joe Biden, les Etats-Unis ont donné à l’armée afghane « toutes les options » possibles, en investissant lourdement dans son équipement et son entraînement.

« Après 20 ans, j’ai appris à contre-cœur qu’il n’y avait jamais de bon moment pour retirer les forces américaines », a affirmé le président américain.

« Notre mission en Afghanistan n’a jamais été censée construire une nation. Elle n’a jamais été censée créer une démocratie unifiée centralisée », a dit le président démocrate, en précisant que l’objectif unique « rest(ait) aujourd’hui et a toujours été d’empêcher une attaque terroriste sur le sol américain ».

« Nos véritables concurrents stratégiques, la Chine et la Russie, adoreraient que les Etats-Unis continuent de consacrer des milliards de dollars de moyens et leur attention à la stabilisation de l’Afghanistan indéfiniment », a lancé le président américain.

« Les forces américaines ne peuvent pas, et ne devraient pas, mener une guerre et mourir d’une guerre que les forces afghanes n’ont pas la volonté de combattre pour eux-mêmes », a-t-il lancé, assumant d’être « critiqué ».

Et critiqué, le démocrate de 78 ans l’est, comme jamais depuis son élection, par tous les médias américains, y compris ceux qui avaient accueilli avec soulagement son élection.

« Que l’on trouve cela juste ou injuste, l’histoire retiendra que Joe Biden est celui qui a présidé à la conclusion humiliante de l’expérience américaine en Afghanistan », a asséné lundi le New York Times.

Il s’est écoulé presque une semaine entre la dernière prise de parole publique du président sur l’Afghanistan, mardi dernier, et son discours de lundi.

Entre les deux, le message de Joe Biden, qui pour l’occasion semble avoir remisé l’empathie dont il fait volontiers sa marque de fabrique, n’a pas changé : les Etats-Unis n’ont plus rien à faire en Afghanistan, où ils ont éradiqué la menace terroriste, un message au départ plutôt positivement perçu par l’opinion publique.

Mais c’était avant que l’Amérique ne suive heure par heure la chute de Kaboul, une issue dont Joe Biden assurait, il y a quelques semaines à peine, qu’elle n’était pas « inévitable ».

C’était avant également que les télévisions ne diffusent des images d’hélicoptères américains au-dessus de Kaboul, rappelant l’évacuation dans la panique de l’ambassade américaine aux dernières heures de la guerre du Vietnam – un scénario que Joe Biden, là aussi, avait rejeté sèchement.

Jeudi et vendredi, dans un décalage toujours plus saisissant avec la progression fulgurante des talibans, la Maison Blanche s’attachait encore essentiellement à promouvoir de grands projets économiques et sociaux, et à diffuser des photographies d’un Joe Biden recevant des mises à jour sur l’Afghanistan pendant ses vacances.

L’opposition républicaine s’est engouffrée dans la brèche, elle qui était bien embarrassée jusque-là, puisque le retrait d’Afghanistan avait été décidé au départ par Donald Trump.

Le président américain Donald Trump s’exprime lors d’un rassemblement à Washington, le 6 janvier 2021. (Crédit : AP/Jacquelyn Martin)

L’ancien président républicain lui-même ne s’y est pas trompé, lui qui avait pourtant fixé un calendrier encore plus serré que celui de Joe Biden, puisqu’il avait fixé l’échéance au 1er mai 2021.

Donald Trump a publié lundi une série de communiqués lapidaires, et réagi ainsi à l’intervention de son successeur : « Le sujet, ce n’est pas que nous quittions l’Afghanistan, c’est que nous partions avec une incompétence crasse. »

Le locataire de la Maison Blanche a par ailleurs menacé lundi les talibans de représailles si ces derniers venaient à perturber les opérations d’évacuation en cours à l’aéroport de Kaboul.

En cas d’attaque, la réponse sera « rapide et puissante », a déclaré M. Biden, promettant de défendre les ressortissants américains avec un usage « dévastateur de la force si nécessaire ».

Les Etats-Unis continueront de s’engager pour les « femmes et les jeunes filles » d’Afghanistan a également promis lundi Joe Biden, qualifiant les scènes en Afghanistan de « déchirantes ».

« Les Talibans ont gagné », a déclaré le président en fuite Ashraf Ghani dans un message sur Facebook. L’ex-président dit avoir fui son pays pour éviter un « bain de sang » sans préciser où il se trouve. Le groupe de médias afghan Tolo suggère qu’il est au Tadjikistan.

Le porte-parole du département d’État américain Ned Price s’exprime pendant un point-presse au département d’État de Washington, le 25 février 2021. (Crédit : Nicholas Kamm/Pool via AP)

Les Etats-Unis ont affirmé lundi qu’ils ne reconnaîtraient un gouvernement mené par les talibans en Afghanistan qu’à condition que ces derniers respectent les droits des femmes et rejettent les terroristes.

« Concernant notre position vis-à-vis d’un quelconque futur gouvernement en Afghanistan, elle dépendra du comportement de ce gouvernement. Elle dépendra du comportement des talibans », a déclaré le porte-parole du département d’Etat Ned Price devant la presse.

« Un futur gouvernement afghan qui préserve les droits fondamentaux de son peuple (…) y compris de la moitié de sa population -ses femmes et ses filles-« , « qui n’offre pas de refuge aux terroristes », « c’est un gouvernement avec lequel nous pourrions travailler », a-t-il affirmé.

Le porte-parole a aussi déclaré que l’émissaire américain Zalmay Khalilzad était encore au Qatar, où les discussions avec les talibans ont lieu depuis plusieurs mois, et que des responsables américains échangeaient toujours avec les insurgés dans le pays du Golfe.

« Je dirais que certaines de ces discussions ont été constructives », a déclaré Ned Price.

« Mais encore une fois, avec les talibans, nous allons observer leur comportement plutôt que de les écouter parler », a-t-il précisé.

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