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Attentat de la rue Copernic : Hassan Diab condamné en son absence à la perpétuité

"Nous espérions que la raison l'emporterait", a déclaré le Libano-Canadien devant la presse à Ottawa parlant d'une situation "kafkaïenne".

Cette photo prise le 24 mai 2016 montre Hassan Diab, arrêté en novembre 2008 pour son rôle présumé dans l'attentat de la synagogue de la rue Copernic en 1980 au palais de justice de Paris, en France. (Crédit : AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)
Cette photo prise le 24 mai 2016 montre Hassan Diab, arrêté en novembre 2008 pour son rôle présumé dans l'attentat de la synagogue de la rue Copernic en 1980 au palais de justice de Paris, en France. (Crédit : AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)

« Coupable ». Quarante-trois ans après l’attentat à la bombe contre la synagogue de la rue Copernic à Paris, qui a fait quatre morts en octobre 1980, l’unique accusé, Hassan Diab, a été condamné vendredi en son absence à la réclusion criminelle à perpétuité.

Après trois semaines de débats et près de huit heures de délibéré, la cour d’assises spéciale de Paris a tranché entre les deux seules options possibles dans ce procès si singulier.

« L’accusé est-il coupable ? » « Oui », a répondu la cour, qui a condamné l’universitaire libano-canadien de 69 ans à la peine maximale et décerné un mandat d’arrêt à son encontre.

« Nous examinerons attentivement les prochaines étapes de ce que le gouvernement français choisit de faire, ce que les tribunaux français choisissent de faire. Mais nous serons toujours là pour défendre les Canadiens et leurs droits », a réagi le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

« Nous espérions que la raison l’emporterait », a déclaré Hassan Diab devant la presse à Ottawa parlant d’une situation « kafkaïenne ».

La décision a été accueillie dans un grand silence dans la salle d’audience où s’étaient pressées quelques parties civiles qui réclamaient que « justice passe » après quatre décennies d’attente. Dès la fin du délibéré, des victimes se sont longuement serré dans les bras.

Scène de l’attentat contre la synagogue de la rue de Copernic, à Paris, en 1980. (Crédit : AFP)

Le 3 octobre 1980, vers 18H35, l’explosion d’une bombe posée sur une moto à proximité de la synagogue de la rue Copernic, non loin de l’avenue des Champs-Elysées, avait marqué les esprits : c’était la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale que la communauté juive de France était la cible d’une attaque meurtrière.

L’accusation avait requis cette peine de perpétuité, la seule « envisageable » pour Hassan Diab, qui est « sans aucun doute possible » selon elle l’auteur de cet attentat antisémite et le seul mis en cause dans l’un des plus longs dossiers de l’antiterrorisme français.

La défense avait elle demandé à la cour d' »éviter une erreur judiciaire ».

« Je le dis calmement: obtenir l’acquittement, dès lors qu’il s’agit d’un des attentats les plus graves, et même si le dossier est extrêmement fragile, même avec des signaux très faibles de culpabilité, dans ce pays, c’est devenu mission impossible », a réagi William Bourdon, l’avocat de Hassan Diab.

Une piétonne regarde les dégâts après l’explosion d’une bombe à la synagogue rue Copernic à Paris, le 4 octobre 1980. (Crédit : Jean Claude-Delmas/AFP)

Renseignements

Le dossier s’appuie essentiellement sur des renseignements, qui ont attribué dès les années 1980 l’attentat – qui n’a pas été revendiqué – au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), un groupe dissident du FPLP.

Après une longue mise en sommeil de l’instruction, de nouveaux renseignements désignaient en 1999 les membres présumés du commando, dont Hassan Diab comme celui qui aurait confectionné la bombe avant de l’abandonner devant la synagogue où s’étaient réunis 320 fidèles.

De cet insaisissable accusé, dont la chaise est demeurée vide dans le prétoire, la cour n’aura vu que des photos en noir et blanc à divers âges de sa vie, les confrontant avec les portraits-robots de l’homme qui avait acheté la moto utilisée pour l’attentat, dessinés par des témoins en 1980.

Défense et accusation auront surtout bataillé autour d’une autre photographie, celle de piètre qualité du passeport d’Hassan Diab, au cœur de l’accusation.

Ce passeport comportant, à des dates entourant l’attentat, des tampons d’entrée et de sortie d’Espagne, pays d’où serait parti le commando selon les renseignements, avait été saisi en 1981 à Rome sur un membre présumé du FPLP-OS. Son existence n’avait été révélée que dix-huit ans après les faits.

La cour a considéré que cette « pièce centrale » prouvait l’appartenance de Hassan Diab à cette organisation et que « des éléments matériels accréditent le renseignement » le désignant comme le poseur de la bombe.

Elle a par conséquent écarté les « alibis » présentés par le Libano-Canadien, qui a toujours assuré qu’il ne pouvait être en France au moment des faits puisqu’il passait ses examens à l’université de Beyrouth.

« On ne peut pas se réjouir qu’un homme soit condamné », a déclaré à l’AFP Corinne Adler, qui célébrait à 13 ans sa bat-mitzvah dans la synagogue quand la bombe a explosé à l’extérieur. « Il fallait que ce procès ait lieu », a ajouté Mme Adler, qui ressort de trois semaines d’audience avec « beaucoup moins de zones d’ombre ».

Procédure d’extradition incertaine

« C’est un vrai soulagement, c’est réconfortant de voir que la justice a pu aller jusqu’au bout », a salué Patricia Barbé, dont le père a été tué dans l’attentat. « C’est vraiment une satisfaction ce soir de sortir du palais avec cette décision ».

Hassan Diab avait dans un premier temps bénéficié d’un non-lieu en janvier 2018 et était reparti libre au Canada. La cour d’appel avait ordonné trois ans plus tard la tenue de ce procès pour assassinats, tentatives d’assassinats et destructions aggravées en relation avec une entreprise terroriste.

« La première étape judiciaire a été franchie, reste à savoir demain ce qui va se passer, est-ce que le Canada va extrader M. Diab ? », s’est interrogé un avocat de parties civiles, Me David Père.

L’issue d’une éventuelle nouvelle procédure d’extradition est incertaine, la première, qui avait abouti au bout de six ans, ayant tendu les relations diplomatiques entre la France et le Canada.

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