Attentats de Bruxelles : un juif raconte une amitié née avec un musulman
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Attentats de Bruxelles : un juif raconte une amitié née avec un musulman

"Aéroport de Bruxelles, le 22 mars 2016. Il est 7 h 58. Je suis sur le point d’embarquer lorsqu’un kamikaze se fait exploser à 3 mètres de moi." Et Hassan, qui le sert contre lui

Walter Benjamin, une des victimes de l'attentat de l'aéroport de Bruxelles du 22 mars 2016 (Crédit: capture d'écran de la couverture de son lire "J'ai vu la mort en face", éd. du Rocher)
Walter Benjamin, une des victimes de l'attentat de l'aéroport de Bruxelles du 22 mars 2016 (Crédit: capture d'écran de la couverture de son lire "J'ai vu la mort en face", éd. du Rocher)

Sur la photo, il est droit sur son lit. Un léger sourire vient adoucir son regard déterminé. Tout aussi souriant se tiennent le roi Philippe et la reine Mathilde de Belgique, de part et d’autre de son lit d’hôpital. Ils sont venus le réconforter, comme d’autres victimes des attentats de Bruxelles survenus le 22 mars 2016 et revendiqués par Daesh. Sous le drap, on devine la mutilation de Walter Benjamin. Il raconte, dans J’ai vu la mort en face, comment il s’est rendu compte qu’il avait perdu sa jambe.

« Aéroport de Bruxelles, le 22 mars 2016. Il est 7 h 58, raconte-t-il dans son livre dont France-Dimanche publie les bonnes feuilles. Je suis sur le point d’embarquer (pour Israël avec sa fille-ndlr) lorsqu’un kamikaze se fait exploser à trois mètres de moi. Violemment projeté en arrière, je découvre que je viens de perdre… ma jambe. »

Ce 22 mars, trois kamikazes déclenchent leur ceinture d’explosifs : deux à l’aéroport de Bruxelles, le troisième dans une rame du métro de Bruxelles. Le bilan de ces attaques s’élève à 35 morts (dont les trois terroristes) et 340 blessés.

Les scènes d’horreur que décrit Walter benjamin sont insoutenables, tout comme le sentiment qui l’étreint : « Hébété, assis contre une colonne, je regarde mon autre jambe ensanglantée avec un trou. Autour de moi règne le chaos. J’ai le sentiment d’être le seul survivant. »

Il raconte ensuite le sauvetage. Hassan un électricien qui le sert contre lui et qui lui propose d’appeler sa mère, le militaire qui lui fait un garrot.

Walter Benjamin raconte : « Du 22 mars au 1er août, cet homme de 40 ans, musulman pratiquant (moi, je suis juif non pratiquant !) viendra chaque jour – sans exception – me rendre visite dans ma chambre d’hôpital. Le lien qui s’est créé entre nous est indestructible et très particulier. » Walter l’emmenera en Israël, Hassan au Maroc.

Dans son livre, il explique comment ils se remémorent tous les deux ces minutes terribles, – cela leur tient lieu de thérapie.

« Au début et pendant des semaines, j’étais un peu à l’ouest évidemment. Et je n’avais pas envie moi non plus de discuter avec un psy qui ne pourrait jamais comprendre ce que j’avais vécu. Avec Hassan, on pouvait parler… des heures ! J’ai vu des choses ; il me les a confirmées. C’est fondamental de comprendre ce qui est arrivé si on veut s’en sortir. Cela permet par la suite d’avancer ».

« En quête de réponses, il est parti à la rencontre des jeunes de Molenbeek, pour comprendre qui ils sont, explique son éditeur. Et il se rend régulièrement dans le service où il a été soigné pour insuffler aux patients gravement handicapés l’espoir et l’envie de se battre ».

Walter Benjamin, J’ai vu la mort en face, édition du Rocher, 240 pages, 16,90 euros.

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