Avec des millions de non-vaccinés les Palestiniens craignent la rentrée scolaire
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Avec des millions de non-vaccinés les Palestiniens craignent la rentrée scolaire

Le nombre de cas en Cisjordanie et à Gaza en hausse mais restent faibles; un responsable de la santé à Gaza spécule qu'il y a eu assez de cas pour atteindre l’immunité collective

Les Palestiniens du ministère de la Santé reçoivent une cargaison de doses du vaccin russe Spoutnik V contre le coronavirus, envoyée par les Émirats arabes unis, après que les autorités égyptiennes ont autorisé leur acheminement à Gaza par le passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 21 février 2021. (Abed Rahim Khatib / Flash90)
Les Palestiniens du ministère de la Santé reçoivent une cargaison de doses du vaccin russe Spoutnik V contre le coronavirus, envoyée par les Émirats arabes unis, après que les autorités égyptiennes ont autorisé leur acheminement à Gaza par le passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 21 février 2021. (Abed Rahim Khatib / Flash90)

Alors que les écoles et universités palestiniennes devraient ouvrir lundi, les responsables de la santé en Cisjordanie et dans la bande de Gaza craignent qu’une nouvelle vague de coronavirus ne frappe bientôt des millions de personnes non-vaccinées.

« Nous craignons une nouvelle vague dans les semaines à venir avec la réouverture des écoles. Cela pourrait provoquer une augmentation des cas, c’est que nous craignons », a déclaré Majdi Daher, un médecin du ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, qui a coordonné une grande partie de la réponse au coronavirus de l’enclave côtière.

L’année scolaire s’ouvre pour les Palestiniens dans le contexte d’une flambée de coronavirus chez leurs voisins israéliens. Les infections proviennent principalement du variant Delta, qui est beaucoup plus contagieux que le coronavirus d’origine.

Shadi al-Laham, qui dirige la direction de Bethléem au ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, a fait écho aux préoccupations de Daher.

« Nous pensons qu’une quatrième vague pourrait arriver après la réouverture des écoles et des universités », a déclaré al-Laham lors d’une conversation téléphonique.

Alors qu’il y a eu très peu de cas enregistrés depuis plusieurs semaines, la courbe des infections commence déjà à augmenter à travers la Cisjordanie, selon al-Laham.

Le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne a déclaré dimanche qu’il y avait 3 273 cas actifs de coronavirus en Cisjordanie et à Gaza. Quelque 388 nouveaux cas y ont été découverts au cours des dernières 24 heures, a indiqué le ministère de la Santé.

« Petit à petit, la situation recommence à empirer », a déclaré al-Laham, affirmant qu’il s’attend à ce que la vague à venir culmine à la mi-septembre.

Des personnels soignants d’un hôpital de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, dont les employés ont été vaccinés contre la COVID-19 dans la matinée après la livraison de doses de vaccin depuis Israël, le 3 février 2021. (Crédit : Nasser Ishtayeh / Flash90)

En Israël, des ministres ont proposé de retarder le début de l’année scolaire jusqu’en octobre, après les fêtes juives, afin d’éviter que le variant Delta à forte propagation ne frappe le système éducatif.

En revanche, lors d’une conférence de presse dimanche, de hauts responsables de l’Autorité palestinienne ont affirmé que l’année scolaire commencerait lundi comme prévu. Selon la ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne, Mai al-Kaila, 82 % des employés du gouvernement dans les écoles ont été vaccinés pour tenter de conjurer le virus.

À partir de la sixième, les élèves devront porter des masques dans les espaces fermés, a déclaré al-Kaila. Tout élève présentant des symptômes de coronavirus sera sommairement envoyé pour être testé, a-t-elle déclaré.

Imposer de telles restrictions sera un défi. On constate peu de masques et encore moins de distanciation sociale dans la plupart des villes palestiniennes, que ce soit en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza.

« À Khan Younis, dans ma ville, il est rare de voir quelqu’un avec un masque. Et lorsque la police réprime, elle le fait pendant peut-être une semaine, puis ça se calme », a déclaré l’ancien ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne Jawad al-Tibi lors d’un entretien téléphonique début août.

Les cas enregistrés en Cisjordanie et à Gaza sont restés relativement faibles au cours des dernières semaines, bien que la plupart des Palestiniens ne soient toujours pas vaccinés – et malgré la recrudescence des cas en Israël.

Dimanche, seulement 5,5 % des Gazaouis et 18 % des Palestiniens de Cisjordanie avaient reçu au moins une dose de vaccin contre le coronavirus – respectivement 116 530 Gazaouis et 518 677 Cisjordaniens.

Cependant, peu de tests sont faits. Le responsable de la santé de l’AP, Wisam Sbeihat, a déclaré dimanche matin à Voice of Palestine que le nombre de cas enregistrés « ne reflète pas la réalité », étant donné le peu de Palestiniens qui sont testés en Cisjordanie.

Mais Daher a émis l’hypothèse qu’au moins à Gaza, tant d’habitants ont été infectés par le virus que cela a généré une forme d’immunité collective, avec ou sans vaccins.

« La deuxième vague dans la bande de Gaza a été brutale. Les taux d’infection étaient extrêmement élevés et nous considérons que la plupart des habitants de Gaza aient été infectés au cours de cette deuxième vague », a déclaré Daher.

« Il pourrait y avoir une sorte d’immunité collective généré par le nombre d’infections, car nombreux sont ceux qui sont tombés malades », a-t-il ajouté.

Daher a averti que ceux qui avaient contracté le virus pendant la première vague à Gaza pourraient potentiellement être réinfectés, vu le temps considérable qui s’est écoulé depuis, car leurs anticorps pourraient s’être épuisés.

Les Palestiniens ont combiné des doses de coronavirus provenues d’envois au coup par coup à partir d’un éventail de sources. À Ramallah, la plupart des doses proviennent de COVAX, un mécanisme international de partage de vaccins soutenu par les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’Autorité palestinienne, qui a une autonomie limitée dans certaines zones de Cisjordanie, a également signé un contrat avec Pfizer pour importer quelque 4 millions de doses. Environ 1 million sont déjà arrivées, selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne.

Des élèves assises lors du premier jour de classe de l’année scolaire dans une école élémentaire dirigée par l’ONU du camp de réfugiés Shati à Gaza City, le 8 août 2020. (Crédit : AP Photo / Adel Hana)

105 000 autres Palestiniens qui travaillent en Israël ont été vaccinés par le gouvernement israélien à des postes de contrôle à travers la Cisjordanie. Plusieurs autres pays – la Chine, la Russie et l’Inde – ont également envoyé des quantités symboliques de leurs vaccins nationaux contre le coronavirus en gage de leur bonne volonté.

A Gaza, les Palestiniens ont reçu des vaccins de COVAX. Ils ont également reçu des cargaisons de vaccin russe Spoutnik V en provenance des Émirats arabes unis. Les doses ont été coordonnées par Mohammad Dahlan, un homme politique palestinien en exil considéré comme un proche associé des dirigeants d’Abou Dhabi.

Pendant des mois, cet approvisionnement en patchwork a retardé le déploiement du vaccin palestinien. Mais à présent, selon al-Laham, certains Palestiniens, au moins en Cisjordanie, rechignent à se faire vacciner.

« Pour le moment, nous avons des doses disponibles. Toute personne de plus de 18 ans qui souhaite se faire vacciner peut se faire vacciner, avec les vaccins Pfizer, AstraZeneca et Sputnik. Mais il n’y a pas assez de gens qui viennent se faire vacciner », a déclaré al-Laham.

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