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Avenir incertain pour le caucus juif-Noir du Congrès après le départ de sa fondatrice

Alors que les propos antisémites de Kanye West ravivent l'importance du groupe, sa tête d'affiche est sur le point de partir, ainsi que son unique membre républicain

La représentante démocrate du Michigan Brenda Lawrence, avec la représentante démocrate de Floride Debbie Wasserman Schultz, et le représentant républicain de New York Lee Zeldin, lors du lancement du caucus réunissant afro-américains et Juifs lors du Forum global anuel de l'AJC, le 3 juin 2019 (Crédit :AJC via JTA)
La représentante démocrate du Michigan Brenda Lawrence, avec la représentante démocrate de Floride Debbie Wasserman Schultz, et le représentant républicain de New York Lee Zeldin, lors du lancement du caucus réunissant afro-américains et Juifs lors du Forum global anuel de l'AJC, le 3 juin 2019 (Crédit :AJC via JTA)

WASHINGTON (JTA) – Alors qu’elle est sur le point de quitter le Congrès, Brenda Lawrence sait que son travail pour rapprocher les Juifs et les Noirs est loin d’être terminé. Son dernier rappel : Kanye West.

Lorsque Lawrence, une démocrate de Detroit, s’est exprimée par Zoom mercredi dernier depuis le porche vitré de sa maison surplombant une ferme, elle aurait aimé pouvoir se concentrer sur les succès du Congressional Caucus on Black Jewish Relations, qu’elle a lancé en 2019. Mais la menace de West de jouer à « death con 3 sur les JUIFS » était encore trop fraîche.

« Je n’ai pas peur de me lever et de dire à Kanye West, qui est un influenceur très important en Amérique, ‘ce que tu fais est mal' », a-t-elle déclaré, la colère s’insinuant dans sa voix. « Et la maladie mentale ne saurait servir d’excuse au racisme et à la désinformation qui attise et encourage ceux qui ont cette haine [à dire] ‘Oui, je peux le faire’, sans craindre de conséquences, et à continuer de l’intensifier. »

Le caucus de 64 membres a pour objectif d’établir une définition bipartisane de ce qui est antisémite ou raciste, fixant des lignes rouges à une époque de plus en plus marquée par la polarisation – mais il ne compte à ce jour qu’un seul républicain : Lee Zeldin, de New York, qui est candidat au poste de gouverneur et sur le point de quitter le Congrès de toute façon. Lawrence se retire parce que sa circonscription a été englobée par une autre cette année.

Lee Zeldin, élu républicain à la Chambre des représentants pour l’état de New York. (Crédit : autorisation de JTA)

En tant que groupe parlementaire, nous nous sommes levés et avons dit : « On vous observe, on vous dénonce et on a la ferme intention de vous confronter jusqu’à ce que vous reconnaissiez que ce que vous faites est mal », a déclaré Lawrence.

Au-delà de l’antisémitisme auquel elle a été confrontée tout au long de son mandat, elle ajoute avoir été déçue par la réticence de ses collègues républicains à dénoncer le racisme anti-Noir.

« Ils ont juste baissé la tête parce qu’ils sont tellement engagés en faveur de l’agenda républicain », a-t-elle dit. « Ils ne sont pas enclins à se lever et à interpeller un collègue dont la rhétorique encourage le racisme ou un comportement antisémite. »

Un examen des déclarations du caucus suggère qu’il n’a abordé l’antisémitisme que de manière superficielle, et seulement ses expressions les plus flagrantes, comme la prise d’otages dans une synagogue à Colleyville, au Texas, cette année, l’attaque à l’arme blanche lors d’une célébration de Hanoukka à Monsey, New York, en 2019, et l’anniversaire du massacre de fidèles juifs à Pittsburgh en 2018.

Un véhicule des forces de l’ordre est vu près de la synagogue Congregation Beth Israel, le 16 janvier 2022, à Colleyville, au Texas. (Brandon Bell/Getty Images/AFP)

Quand le groupe fait référence au racisme anti-Noir, le caucus en parle comme s’il s’agissait d’une chose appartenant au passé, par exemple lors de la commémoration de la coopération entre Juifs et Noirs dans le domaine des droits civiques dans les années 1960, lors d’une séance d’ouverture en 2019, ou lors d’une célébration du Juneteenth, la fête marquant la fin de l’esclavage.

Lawrence a décrit avec frustration ses tentatives pour amener les républicains à parler davantage du racisme anti-Noir. Elle a évoqué le cas d’un républicain noir qu’elle n’a pas voulu nommer et qui lui avait dit : « Regardez-moi, je suis noir et j’ai réussi », ainsi que la façon dont les conversations avec d’autres républicains se sont transformées en des appels aux démocrates pour qu’ils condamnent Antifa, le réseau informel de manifestants d’extrême gauche, ou le mouvement Black Lives Matter.

Elle a reconnu que Zeldin, qui est proche de l’ancien président Donald Trump et de certains de ses partisans d’extrême droite, était disposé à s’engager avec elle, bien que, selon elle, son intérêt se porte plutôt sur le sectarisme anti-juif.

« Il nous arrive, à Lee Zeldin et moi, d’avoir des conversations, vous savez, il est prêt à dénoncer les comportements antisémites », a-t-elle déclaré. « Mais cela nous demande de considérables efforts pour arriver à le faire condamner le racisme anti-noir. »

L’élu John Lewis, de l’état américain de Géorgie, s’exprime à Capitol Hill à Washington. (Crédit photo: AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

« Mais le mérite de Lee, c’est qu’il est prêt à avoir cette conversation. Et il m’a permis de revenir sur certaines questions que j’avais besoin de comprendre », a-t-elle ajouté.

Lawrence a déclaré qu’elle avait lancé le caucus au lendemain d’une discussion à la Chambre avec John Lewis, l’ancien membre du Congrès de Géorgie et icône des droits civiques. Elle lui avait demandé pourquoi il n’avait jamais transformé son dîner annuel pour les membres juifs et noirs de la Chambre en un caucus officiel.

John Lewis lui aurait alors répondu : « Non, il n’y a jamais eu de caucus juif noir, mais il devrait y en avoir un », raconte-t-elle.

Elle a alors sollicité l’aide de la représentante Debbie Wasserman Schultz, une démocrate de Floride, pour créer le caucus et a également consulté des organisations juives. Le caucus a été lancé en juin 2019 lors de la conférence annuelle de l’American Jewish Committee (AJC). Il comprenait Lawrence, Wasserman Schultz, Lewis et les républicains Zeldin, qui est juif, et Will Hurd du Texas, qui est noir.

La représentante démocrate Debbie Wasserman Schultz. (Crédit  : AP/Richard Drew)

Bien qu’il n’ait pas remporté de victoires législatives significatives et concrètes, le véritable travail du groupe a été réalisé dans le cadre d’un certain nombre de forums conjointement dirigés en personne et virtuellement, avec des membres des deux communautés, ont déclaré Lawrence et Wasserman Schultz. Lawrence a fait valoir que le caucus a joué un rôle déterminant dans l’adoption d’une loi visant à accroître le financement des poursuites judiciaires pour les crimes de haine.

« Le racisme et l’antisémitisme sont tous deux en augmentation », a déclaré Wasserman Schultz dans une interview. Avec les départs de Lawrence et de Zeldin, elle restera la seule présidente du caucus. « Nous avons eu une bonne relation sur laquelle nous avons pu nous appuyer au sein de ce caucus, et c’est vraiment à la fois une bénédiction que nous ayions pu nous réunir et un crève-cœur que nous ayons même eu besoin de le faire. »

Lawrence a déclaré qu’elle était prête à affronter les préjugés anti-juifs de son camp, décrivant les conversations qu’elle a eues avec la représentante Rashida Tlaib, une autre démocrate du Michigan qui, selon certaines organisations juives et un certain nombre de démocrates juifs, a fait largement preuve d’antisémitisme dans ses critiques envers Israël.

« Je comprends sa douleur à cause de sa grand-mère et de l’endroit où elle vit », a déclaré Lawrence à propos de Tlaib, qui est une Américaine d’origine palestinienne dont la grand-mère vit en Cisjordanie. Mais Lawrence est irritée par ce qu’elle considère comme les accusations générales de Tlaib contre les Israéliens, les comparant aux généralisations de Trump sur les Noirs.

La représentante Rashida Tlaib, à la 110e
NAACP National Convention, le 22 juillet 2019, à Detroit. (Crédit : AP Photo/Carlos Osorio)

Je n’oublierai jamais le moment où Donald Trump s’est levé et a dit : « Allez les Noirs, qu’avez-vous à perdre ? », a-t-elle dit, en faisant référence aux appels de Trump pour obtenir des votes noirs. « Alors mon Dieu, c’est comme ça qu’il nous voit – fauchés, sans éducation et sans emploi. Il ne voit pas les talents, il ne voit pas les contributions et toutes les autres valeurs apportées par la communauté noire. »

« Et c’est pour cela que je dis à Rashida : ‘Il y a des mauvaises personnes qui sont noires, il y a des mauvaises personnes qui sont juives, il y a des mauvaises personnes qui sont blanches, il y a des mauvaises personnes qui sont arabes. Mais il y a aussi des gens bien, et c’est à nous de nourrir, d’arroser et de pousser le bien qui est en chacun de nous ».

Aujourd’hui, en l’absence de Zeldin ou de Hurd – qui a quitté le Congrès lors du dernier cycle, en partie à cause de son dégoût pour Trump – le caucus est sur le point d’être entièrement composé de démocrates. Lawrence dit qu’elle n’a pas réussi à faire venir d’autres républicains pour maintenir le caucus après son départ.

« Nous avons remplacé les démocrates, mais nous avons du mal » à remplacer les républicains, dit-elle. « C’est vraiment frustrant ».

Le président américain de l’époque Donald Trump lors d’un rassemblement de campagne de candidats républicains au sénat à Valdosta, en Géorgie, le 5 décembre 2020. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci, File)

Dans une déclaration à la Jewish Telegraphic Agency, Zeldin a déclaré qu’il était essentiel que les républicains signent. Il a également félicité Lawrence pour avoir contribué à élargir le caucus.

« Ça a été un plaisir de travailler avec la députée Lawrence tout au long de cette initiative qui a grandement contribué à ce que le caucus augmente à la fois en nombre de membres et en influence », a-t-il déclaré. « J’espère sincèrement qu’au cours du prochain Congrès, davantage de membres des deux camps rejoindront et participeront activement aux efforts du caucus pour construire sur la relation unique entre les communautés noires et juives aux États-Unis. »

Lawrence dit ne pas perdre espoir. Elle a récemment assisté à une commémoration du massacre de Tulsa en Oklahoma en 1921 et a été accueillie par « une équipe entière de jeunes avocats juifs » qui sont en faveur des réparations raciales et qui, selon ses propres termes, « représentaient les descendants de ceux qui ont perdu leur vie et leur entreprise lors du massacre de Black Wall Street ». La leçon pour les deux communautés dans la recherche du courage, et non dans le fait d’être des victimes, a-t-elle dit.

« Nous ne sommes pas définis par l’esclavage, et nous ne sommes pas définis par la Shoah. Mais nous sommes définis par notre persévérance, notre survie, et notre capacité à pardonner », a-t-elle déclaré. « Nous sommes définis par notre capacité à garder les cicatrices comme preuve de notre excellence, mais aussi pour enseigner la compassion et notre histoire afin que nous n’oubliions jamais, jamais, jamais. »

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