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Berlin: des tissus humains d’opposants tués et disséqués sous le nazisme inhumés

Ces 300 tissus restant ont été retrouvées par les héritiers d'un médecin nazi ; une équipe de scientifiques est parvenue à les identifier après 3 ans d'analyse

Le responsable de l'Institut d'anatomie de l'école de médecine du Brandenbourg, Andreas Winkelmann, pose près d'une affiche de 1926 détaillant le corps humain comme un "palais industriel", avril 2019. (Crédit : MACDOUGALL / AFP)
Le responsable de l'Institut d'anatomie de l'école de médecine du Brandenbourg, Andreas Winkelmann, pose près d'une affiche de 1926 détaillant le corps humain comme un "palais industriel", avril 2019. (Crédit : MACDOUGALL / AFP)

Des tissus humains appartenant à des prisonniers tués par les nazis et disséqués pour des expériences sont enterrés lundi à Berlin, après trois ans de recherches sur ces échantillons remis par les descendants d’un scientifique de l’époque hitlérienne.

De ces opposants au national-socialisme, il ne subsiste que 300 tissus posés sur des lamelles de laboratoires qui ont été retrouvées dans de petites boîtes par les héritiers du médecin controversé, Hermann Stieve.

Ces restes, à peine visible à l’œil nu, ont été confiés en 2016 au professeur d’anatomie Andreas Winkelmann pour tenter de leur redonner une identité.

« Des tissus aussi minuscules ne sont en général pas considérés comme valant la peine d’être enterrés (…) mais là l’histoire est particulière, puisqu’ils proviennent de personnes qui ont été délibérément privées de sépulture afin que leurs proches ne sachent pas où elles se trouvent », explique-t-il à l’AFP.

Hermann Stieve. (Domaine public)

S’il lui a été impossible de déterminer avec exactitude le nombre d’individus compris dans ces 300 échantillons, M. Winkelmann a néanmoins pu travailler sur vingt noms et des indices chiffrés établissant un lien clair avec la prison de Plötzensee, où quelque 2 800 personnes ont été pendues ou guillotinées par les nazis entre 1933 et 1945.

A la demande des familles, les victimes dont les restes seront inhumés le 13 mai au cimetière berlinois de Dorotheestadt, ne seront pas publiquement identifiées. Mais l’on sait que la plupart étaient femmes.

Car Hermann Stieve, qui fut directeur de l’Institut universitaire d’anatomie de Berlin de 1935 jusqu’à à sa mort en 1952, avait une spécialité : l’étude des effets du stress et de la peur sur le système reproductif féminin.

« De simples objets »

Pour avancer dans ses recherches, ce scientifique de renom étudiait en particulier les tissus histologiques génitaux prélevés sur des femmes ayant été exécutées par le régime nazi.

Mildred Fish Harnack, exécutée pour espionnage en 1943. Son corps est l’un des rares parmi les 182 que Stieve utilisa pour ses recherches dont le lieu de sépulture est connu. (Crédit : Wikimedia Commons)

Parmi ses sujets, 13 des 18 résistantes du groupe berlinois « l’Orchestre rouge », y compris l’Américaine Mildred Fish Harnack, guillotinée en 1943 à la demande expresse d’Hitler.

Contrairement à d’autres scientifiques plus célèbres pour leur cruauté comme Josef Mengele, « l’Ange de la mort » d’Auschwitz, Hermann Stieve n’appartenait pas au Parti national-socialiste (NSDAP) et n’a pas fait d’expériences sur des personnes vivantes. Mais il savait parfaitement que ses défunts cobayes avaient été mis au supplice.

« Cela démontre à quel point il était froid. Il voyait ces personnes comme de simples objets », souligne Andreas Winkelmann.

Le médecin a « coopéré avec le système judiciaire nazi pour (faire avancer) ses recherches », assène-t-il.

Jamais inquiété

Le régime hitlérien, guère intéressé par son domaine scientifique, y trouvait son compte « parce que c’était une nouvelle manière d’humilier les victimes » et de les priver d’une sépulture où proches et partisans auraient pu se recueillir ou se rassembler. Les corps ont probablement été jetés dans des fosses communes.

Après la guerre, Hermann Stieve n’a pas pour autant été inquiété par la justice et a poursuivi sa carrière, comme de nombreux autres scientifiques ayant travaillé avec et pour les nazis. Car seuls les plus hauts responsables médicaux du IIIe Reich ont été condamnés lors du « procès des médecins » de Nuremberg, organisé par les Alliés victorieux.

Aujourd’hui encore, ses résultats, malgré les conditions de ses recherches, restent considérés comme importants pour la gynécologie moderne. Il est toujours « membre d’honneur à titre posthume » de la Société allemande pour la gynécologie et l’obstétrique.

Les funérailles de lundi, co-organisées par le Mémorial de la Résistance allemande et le grand hôpital berlinois de la Charité, héritier de l’Institut d’anatomie du docteur Stieve, doivent ainsi mettre un coup de projecteur sur la carrière de ce scientifique.

« Certaines questions doivent encore être résolues concernant Hermann Stieve et la façon dont il a mené ses recherches », insiste M. Winkelmann, qui étudie depuis de nombreuses années les travaux de l’anatomiste.

« Je ne veux pas boucler ce chapitre (de l’histoire allemande), parce que les générations futures doivent savoir ce qui s’est passé et pourquoi nous considérons cela comme inacceptable ».

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