Ces Israéliens combattent les nuées de criquets dans l’Éthiopie en guerre
Rechercher

Ces Israéliens combattent les nuées de criquets dans l’Éthiopie en guerre

Pour lutter contre la pire menace incarnée par les criquets pèlerins depuis 70 ans, la délégation de la Start-up Nation utilise notamment des techniques d'innovation et des drones

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Photo d'illustration : Une agricultrice regarde des nuées de criquets pèlerins dévorer ses récoltes dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
    Photo d'illustration : Une agricultrice regarde des nuées de criquets pèlerins dévorer ses récoltes dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
  • Photo d'illustration : Un criquet pèlerin sur un plant de maïs dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
    Photo d'illustration : Un criquet pèlerin sur un plant de maïs dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
  • Photo d'illustration : Des nuées de criquets pèlerins dans l'air dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
    Photo d'illustration : Des nuées de criquets pèlerins dans l'air dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
  • Photo d'illustration : Des criquets pèlerins agglutinés sur un arbre au sud de la ville de Lodwar, dans le comté de  Turkana, dans le nord du Kenya, le 23 juin 2020. (Crédit :  AP Photo/Boris Polo)
    Photo d'illustration : Des criquets pèlerins agglutinés sur un arbre au sud de la ville de Lodwar, dans le comté de Turkana, dans le nord du Kenya, le 23 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Boris Polo)
  • L'équipe chargée de lutter contre les invasions de criquets pèlerins quittent Israël pour l'Ethiopie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ambassade d'Israël en Ethiopie)
    L'équipe chargée de lutter contre les invasions de criquets pèlerins quittent Israël pour l'Ethiopie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ambassade d'Israël en Ethiopie)

A la requête du Premier ministre Abiy Ahmed, une équipe israélienne est arrivée au début du mois en Éthiopie, un pays brisé par les conflits, la tourmente et la famine pour apporter son aide contre un autre fléau – celui des criquets pèlerins.

La délégation qui se trouve actuellement sur le terrain, dans la région de Somali, à l’est du pays, teste actuellement des techniques innovantes – surveillance par drone, pulvérisations nocturnes – qui permettront de réduire la quantité de pesticides utilisée.

Alors que l’Éthiopie affronte la guerre civile dans le nord et des inondations massives entraînées par le cyclone Gati, ces nuées de criquets ont envahi le pays, touchant plus de 70 000 foyers.

Et c’est une équipe de quatre hommes, avec à sa tête le docteur Yoav Motro, spécialiste de ces insectes au sein du ministère israélien de l’Agriculture, qui a été envoyée par le ministre des Affaires étrangères Gabi Asheknazi pour combattre cette menace.

« La situation n’a jamais été aussi mauvaise depuis 75 ans. Et un cyclone tropical qui a frappé la partie est de la région, ces derniers jours, ne fait que rendre les choses encore plus complexes », déclare Motro au Times of Israel. « Il faut noter que ces régions ne prennent pas en charge le problème des criquets de façon régulière, ce qui entrave leurs capacités à le faire maintenant et ce qui compromet aussi leur résilience ».

Selon les médias éthiopiens locaux, l’équipe est arrivée avec deux tonnes d’équipements et notamment 27 drones de surveillance, deux groupes électrogènes et un important stock de pesticides.

Keith Cressman, spécialiste des invasions acridiennes à la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, décrit au Times of Israel que « alors que le cyclone Gati s’est développé au cours du week-end, la situation actuelle est similaire à celle d’il y a un an quand un autre cyclone, Pawan, avait apporté de fortes pluies sur le secteur. Ces pluies permettent aux criquets pèlerins de se développer et d’augmenter rapidement leur population ».

L’équipe chargée de lutter contre les invasions de criquets pèlerins quittent Israël pour l’Ethiopie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ambassade d’Israël en Ethiopie)

Sans mesures drastiques, la situation empirera probablement, selon un rapport consacré à l’Éthiopie par la FAO publié le 19 novembre, une nouvelle éclosion des œufs et la formation de nouvelles nuées devant continuer en novembre et au-delà, selon les projections.

La mission de l’équipe israélienne – qui comprend un chef logistique, un pilote de drone, un détecteur et un expert en pulvérisation – est, en partie, d’apprendre à 300 habitants locaux comment utiliser les équipements donnés pour continuer la guerre contre ces envahisseurs.

Pour Motro, chef des espèces vertébrées et des gastéropodes au sein du ministère de l’Agriculture, cette lutte mobilise le cerveau, mais nécessite aussi un investissement physique : l’équipe traque les insectes le jour et les asperge la nuit, quand ils dorment.

Un couple de criquets pèlerins. (Crédit : FAO/DLIS)

Lors d’une conférence de presse donnée au moment de leur arrivée en Éthiopie, le 11 novembre, Motro a déclaré : « nous avons découvert en Israël que pendant la nuit, les criquets bougent peu et que c’est donc le moment idéal pour intervenir pour nous. Nous exploitons ce point faible à notre avantage dans ce combat contre les criquets ; c’est comme une guerre. »

Cressman, de la FAO, explique que « Ces invasions de criquets pèlerins dans la région de Somali, dans l’est de l’Éthiopie, nous donnent l’occasion de tester une nouvelle technique ».

Nous exploitons ce point faible à notre avantage dans ce combat contre les criquets ; c’est comme une guerre

De son côté, l’ambassade israélienne en Éthiopie qualifie le criquet pèlerin de « l’un des plus grands fléaux, car il est hautement mobile et qu’il se nourrit d’importantes quantités de tous les types de végétation verte et notamment des récoltes, des pâturages et des fourrages ». La dernière invasion majeure en Israël a eu lieu en 2013.

Photo d’illustration : Des nuées de criquets pèlerins dans l’air dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)

Selon le service de Cressman, le spécialiste en invasions acridiennes à la FAO, une nouvelle génération de nuées de criquets devrait se former dans la corne de l’Afrique, début décembre. « S’ils ne sont pas contrôlés, les criquets pèlerins vont se diriger vers le sud et menacer le sud-est de l’Éthiopie, le sud de la Somalie et le nord du Kenya », avertit le rapport.

Keith Cressman, spécialiste en invasions acridiennes à la FAO (Food and Agriculture Organization) des Nations unies. (Autorisation : FAO)

Toutefois, tout n’est pas perdu. « Cette fois-ci, les pays sont bien mieux préparés et bien mieux équipés, les ressources sont là et les équipes mènent déjà des opérations sur le terrain et dans les airs dans les zones touchées, en Éthiopie et en Somalie, pour pouvoir réduire l’ampleur d’une potentielle invasion de nuée de criquets au Kenya, le mois prochain », dit Cressman.

En même temps, afin de lutter contre le double problème posé par les insectes et les destructions qu’ils laissent dans leur sillage, l’ONU estime qu’il faudrait une enveloppe, en Éthiopie seulement, de 79 millions de dollars – 30 millions de dollars ont été remis jusqu’à présent à la FAO pour contrôler le fléau, et 16,4 millions ont été débloqués pour aider les agriculteurs frappés de plein fouet.

« Jusqu’à aujourd’hui, la réponse a été très généreuse de la part de la communauté internationale au vu des crises qui touchent actuellement le monde », dit Cressman. « Il sera néanmoins absolument nécessaire de faire durer ces efforts et de maintenir les contrôles et les opérations vitales qui sont indispensables pour pouvoir procéder à un retour à la normale de la situation ».

« Mais pour que cela survienne, il doit aussi y avoir une interruption des pluies – ce qui ne s’est pas produit au cours des deux dernières années », continue-t-il.

A locust swarm near Eilat in 2004 (photo credit: Yehuda Ben-Itah/Flash90)
Une nuée de criquets près d’Eilat, en 2004. (Crédit : Yehuda Ben-Itah/Flash90)

La méthode la plus commune de contrôle de ces insectes est la pulvérisation aérienne. Selon la FAO, huit jours de tests de pulvérisation du biopesticide Novacrid ont montré une baisse de 50 % de la population de criquets.

L’une des plus grandes difficultés pour ceux qui traquent les nuées et qui tentent de les éradiquer est le manque de données appropriées sur leurs déplacements. « Les troubles sécuritaires et la non-disponibilité des moyens de communication continuent à affecter la collecte et la transmission des données dans certains secteurs », déplore le rapport de l’ONU.

La FAO a récemment élargi sa technologie de suivi eLocust3 pour permettre son fonctionnement sur les smartphones et sur les dispositifs GPS. « Toutes les options fonctionnent hors-ligne et transmettent les mêmes données géo-référencées en temps réel aux centres nationaux en charge des invasions de criquets. Les personnels qui peuvent manquer de connaissances sur les criquets pèlerins peuvent ainsi facilement utiliser toutes les options proposées », est-il écrit sur son site internet.

Prévisions des risques d’invasion des criquets pèlerins. (Crédit : FAO/DLIS)

Mais tout cela nécessitait la formation qui a lieu actuellement : selon l’ambassade israélienne en Éthiopie, le groupe de travail israélien mènera des opérations dans le pays pendant deux semaines, « au cours desquelles elle formera plus de 200 personnels éthiopiens qui seront chargés de combattre les criquets, mais aussi des agences gouvernementales et des représentants d’organisations internationales ».

Motro souligne que l’objectif de sa mission est de laisser derrière elle une « équipe éthiopienne qualifiée » et spécialiste des criquets. « L’initiative israélienne est différente de celle qui a été entreprise par la FAO et donc par l’ONU, dans la mesure où la mission israélienne va permettre de donner à des personnels locaux les capacités et les équipements nécessaires pour lutter contre les criquets au lieu que le travail soit réalisé par un tiers », ajoute-t-il.

« Nous nous sommes coordonnés avec la FAO et nous apprécions son travail, comme l’organisation apprécie également le nôtre », continue-t-il.

Souhaitant une bonne réussite à l’équipe israélienne, le ministre de l’Agriculture de l’État juif, Alon Schuster, a déclaré : « En plus de notre rôle qui est d’assurer la sécurité alimentaire pour les citoyens de l’État d’Israël et de renforcer l’agriculture locale, nous avons également la responsabilité de réparer le monde. Nous sommes très attachés à l’idée d’aider à améliorer la production alimentaire pour les êtres humains, où qu’ils se trouvent, et à prendre part au combat mondial visant à améliorer la qualité de vie dans les pays en voie de développement ».

Photo d’illustration : Une agricultrice regarde des nuées de criquets pèlerins dévorer ses récoltes dans le village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya, le 24 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...