Christchurch: Le chef d’une mosquée néo-zélandaise accuse le Mossad de la tuerie
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Christchurch: Le chef d’une mosquée néo-zélandaise accuse le Mossad de la tuerie

Ahmed Bhamji a laissé entendre lors d'un rassemblement que l'agence d'espionnage israélienne et des "entreprises sionistes" avaient financé le tireur

Des fidèles se préparent à entrer dans la mosquée Al Noor une semaine après la fusillade de de Christchurch en Nouvelle Zélande, le 23 mars 2019. (AP Photo/Mark Baker)
Des fidèles se préparent à entrer dans la mosquée Al Noor une semaine après la fusillade de de Christchurch en Nouvelle Zélande, le 23 mars 2019. (AP Photo/Mark Baker)

Le président de la plus grande mosquée de Nouvelle-Zélande a été critiqué pour avoir suggéré que l’agence d’espionnage israélienne du Mossad et des « entreprises sionistes » étaient derrière le massacre de Christchurch au cours duquel 50 croyants musulmans ont été tués.

La communauté juive du pays et l’institution nationale de défense des droits de l’homme ont tous deux condamné les remarques formulées samedi lors d’une marche à Auckland. L’événement avait été organisé par un groupe appelé Amour Aotearoa et Haine du racisme et diffusé en direct sur la page Facebook de la chaîne Apna TV.

L’un des intervenants de la marche était l’homme d’affaires fidjien Ahmed Bahmji, qui est aussi le président de la mosquée E Umar située dans la banlieue d’Auckland de Mont Roskill – qui se décrit elle-même sur sa page Facebook comme la mosquée « la plus grande et la plus active » en Nouvelle-Zélande.

Jacinda Ardern, la Première ministre du pays, avait rendu visite à cette mosquée le même jour, pour pleurer les victimes du massacre commis par le suprémaciste blanc australien Brenton Tarrant, âgé de 28 ans.

Capture d’écran d’une vidéo retransmise le 15 mars 2019 montre le tireur Brenton Tarrant dans une voiture avant les fusillades massives dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande (Capture d’écran : Shooter’s Video via AP)

« Je veux vraiment dire quelque chose aujourd’hui, a déclaré Bahmji à une foule de centaines de personnes qui ont participé à ce rassemblement.

« Pensez-vous que ce gars a agi seul ? Je veux vous demander – d’où venaient ses financements ?… Il est ici [depuis] deux ans, en Nouvelle-Zélande. Dites-moi, qu’a-t-il fait ici pendant deux ans ? Où travaillait-il ? D’où recevait-il son argent ? »

On peut entendre un homme dans la foule crier : « C’est la vérité. Israël est derrière tout cela. C’est vrai ! »

Bahmji a continué : « Et pas seulement eux. Il y a aussi certaines entreprises qui sont autour… vous savez, des entreprises sionistes qui sont derrière lui. Et je pense que quand les enquêtes avanceront, les enquêteurs devront aussi regarder de ce côté. D’où a-t-il reçu tout cet argent pour acheter toutes ces armes ? »

Un homme dans la foule est alors intervenu et a hurlé : « Israël ! »

Plus tôt lors du rassemblement, l’activiste socialiste Joe Carolan, le co-fondateur du groupe qui a organisé la manifestation, a déclaré que la guerre entre Israël et les Palestiniens était « arrivée dans le pays » puisque, selon lui, six des victimes de Christchurch étaient d’origine palestinienne.

La vidéo des commentaires incendiaires a refait surface sur les réseaux sociaux mardi, entraînant des réactions d’indignation et une importante couverture médiatique.

« Ces théories conspirationnistes sont de dangereux mensonges, a déclaré la porte-parole du conseil juif de Nouvelle-Zélande Juliet Moses au site web local Newshub. Elles mettent en danger la communauté juive, alors que le pays est confronté à d’importants problèmes de sécurité ».

« Des théories conspirationnistes – en particulier l’idée que les Juifs (que ce soit l’Etat juif ou autre) correspondent à une force maléfique de contrôle du monde – sont au cœur de l’antisémitisme », a ajouté Moses.

La Commission des Droits de l’homme, l’institution nationale de défense des Droits de l’homme en Nouvelle-Zélande a déclaré : « Les préjugés contre le peuple juif n’ont aucune place en Nouvelle-Zélande. Nous devons condamner le racisme, la haine et l’antisémitisme où que nous les voyons ».

Interrogé pour savoir s’il était d’accord avec la théorie selon laquelle le Mossad était derrière l’attaque, Carolan, l’organisateur de la manifestation, a déclaré « absolument pas », mais il a défendu la manifestation en déclarant qu’il s’agissait seulement d’un intervenant sur trente.

Moses a répondu en affirmant que les organisateurs auraient dû dénoncer publiquement Bahmji.

« Il est regrettable de constater qu’ils n’ont pas semblé mettre en pratique ce message contre le racisme, en s’opposant ou en condamnant le racisme dans leurs rangs, a-t-elle déclaré à Newshub. Nous devons dénoncer ces propos de haine, peu importe leur origine, leur cible ou leurs circonstances, et ce, même si ce n’est pas politiquement correct de le faire ».

Certaines personnalités publiques musulmanes ont également dénoncé les déclarations Bhamji, comme l’avocat Umar Abdul Kuddus qui les a qualifées de « totalement absurdes et inacceptables », et certains participants du rassemblement ont déclaré avoir été choqués par l’accusation, selon Newshub.

Bahmji a refusé de retirer ses propos et a réitéré ses déclarations quand il a été contacté par Newshub.

« Le Mossad est capable de faire toutes ces choses, a-t-il dit. Quand je parle du Mossad, pourquoi les Juifs devraient-ils être en colère ? J’ai fait une déclaration, beaucoup de gens ont fait des déclarations ».

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