Condamné pour possession d’images pédophiles, il entre aux services scolaires
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Condamné pour possession d’images pédophiles, il entre aux services scolaires

Selon la Cour, Avraham Barkai, pédiatre condamné en 2011 pour possession d'images pédophiles, pourra se rendre dans les écoles mais ne sera pas autorisé à soigner les enfants

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Avraham Barkai devant la cour des magistrats de Haïfa, le 12 mai 2012 (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Avraham Barkai devant la cour des magistrats de Haïfa, le 12 mai 2012 (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Un pédiatre condamné pour possession et partage d’environ 190 000 images et vidéos de pédopornographie pourra devenir superviseur médical au département des services de santé scolaire, a fait savoir un tribunal la semaine dernière.

Avraham Barkai pourra se rendre dans les écoles mais ne pourra pas y soigner les enfants à ce nouveau poste qu’il est dorénavant en droit d’occuper, selon le tribunal du travail de Nazareth – un jugement qui va à l’encontre des recommandations émises par la Commission des services civils.

Barkai avait été condamné en 2011 pour appartenance à un réseau de distribution international de pédopornographie. Il avait été ultérieurement condamné à une peine de prison de 18 mois. La sanction avait été réduite en appel à six mois de travaux d’intérêt général, neuf mois de prison avec sursis et à une amende de 20 000 shekels.

Pendant plus d’un an, avant sa condamnation – mais après sa mise en accusation – Barkai avait continué à travailler dans une clinique de la Meuhedet de Haïfa, après la décision prise par une commission disciplinaire qui avait alors estimé qu’il pouvait continuer à voir des enfants en présence d’un parent ou d’un infirmier.

La commission disciplinaire avait statué que malgré les accusations, Barkai ne représentait aucun danger pour les enfants, n’ayant pas été accusé de violences physiques à l’encontre de mineurs. En résultat, elle avait décidé que l’autorisation du pédiatre à pratiquer ne devait être suspendue que pendant deux ans. Barkai avait récupéré sa licence au mois de juillet 2013.

Avraham Barkai. (Crédit : Association médicale israélienne)

Depuis, Barkai a cherché – en vain – à se porter candidat à différents postes. Il avait ainsi remporté un appel d’offre pour un poste de médecin dans une clinique pédiatrique à Haïfa, mais la commission des services civils était intervenue, affirmant qu’il n’avait pas les autorisations nécessaires. Il avait été sélectionné pour le même poste à Netanya, avant d’être écarté quand l’établissement avait eu connaissance de ses agissements criminels.

Toutefois, de hauts-responsables du ministère de la Santé avaient été amenés à prendre la défense de Barkai. En 2014, le vice-président de l’administration et des ressources humaines au sein du ministère, Dov Passat, avait envoyé un courrier à la commission disciplinaire selon lequel rien ne devait empêcher Barkai de se porter candidat à des appels d’offres pour des postes de pédiatre.

La lettre avait été présentée par Barkai devant la cour des magistrats de Petah Tivka, qui avait jugé, en 2018, qu’il devait bénéficier d’une exemption dans l’interdiction faite aux délinquants sexuels d’être employés parce qu’il ne représentait pas de risques pour le public, même pour un travail en pédiatrie.

Fin 2018, un conseil médical avait voté à l’unanimité l’octroi à Barkai d’un poste de superviseur médical au sein du département des services de santé scolaire au ministère de la Santé dans le district du nord.

La Commission des services civils était ensuite intervenue et avait bloqué cette nomination, affirmant lors d’une audience, en 2019, que « si l’emploi disponible n’exige pas d’apporter des soins médicaux aux enfants, il s’agit de superviser les services scolaires et certaines missions se déroulent dans les écoles, pendant la journée… En tenant compte de la nature des délits pour lesquels le docteur Barkai a été condamné, lui accorder cette fonction risque de grandement nuire à l’image de la Commission des services civils et à la confiance accordée par le public à ses institutions ».

Barkai avait fait appel de cette décision devant le tribunal des Prud’hommes, qui l’a renversée la semaine dernière. Le panel de juges, avec à sa tête la magistrate Orit Jacobs, a déterminé qu’un délai suffisant s’était écoulé depuis les crimes commis (qui s’étaient déroulés pendant 15 ans, selon l’acte d’inculpation de 2011) et que l’argument avancé par la Commission des services civils – qui clamait que le retour de Barkai nuirait à son image publique – n’aurait pas dû entrer en considération lorsque le poste lui a été refusé.

Un mouvement de protestation sous forme de poupées placées aux abords du ministère de la Santé à Jérusalem pour protester contre l’aide présumée accordée par le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman aux délinquants sexuels, le 4 mars 2019. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

La cour a estimé que Barkai avait « montré des regrets face à ses agissements et qu’il avait compris leur caractère impur ». Elle a ordonné à la Commission des services civils de verser une indemnisation de 11 000 shekels au médecin afin de couvrir ses frais de justice.

Répondant au jugement dans la journée de mercredi, le ministre de l’Education Rafi Peretz a émis un communiqué affirmant « qu’un individu condamné pour crimes sexuels ne franchira pas la porte d’un établissement scolaire, point final. Je travaille actuellement avec le ministère de la Santé et avec le ministère de la Justice pour vérifier tout cela ».

Le Conseil national pour l’enfance a qualifié de « scandaleux » le jugement émis par le tribunal, ajoutant qu’il envoyait un message très problématique et offensant pour les mineurs victimes d’abus sexuels, ainsi qu’aux délinquants.

« Il est intolérable qu’une instance gouvernementale [le ministère de la Santé] puisse chercher à faire approuver la nomination d’une personne qui a été condamnée pour possession d’images pédopornographiques criminelles à un poste où elle sera, d’une manière ou d’une autre, responsable de la santé physique et psychologique des enfants », a noté le groupe.

Interrogé sur les critiques émises contre le jugement, un porte-parole du ministère de la Santé a expliqué au Times of Israël que son bureau « réexaminait la décision avec la Commission des services civils », sans faire davantage de commentaires.

Le ministère de la Santé avait été âprement critiqué, l’année dernière, suite à des accusations lancées à l’encontre de son ministre sortant, Yaakov Litzman, qui aurait exercé des pressions sur des psychiatres pour qu’ils modifient leurs expertises médicales au sujet de la pédophile Malka Leifer, jugée inapte à une éventuelle extradition en Australie où elle est attendue afin de répondre de 74 chefs d’accusation de violences sexuelles sur des enfants.

Suite aux réactions furieuses qui ont suivi le jugement, mercredi, le Commissaire des services civils Daniel Hershkowitz a déposé une requête au bureau du procureur d’Etat lui demandant de faire appel de la décision de la cour de Nazareth.

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