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InterviewLa politique israélienne est "plus bruyante" qu’il y a 7 ans

Danny Danon trouve légitime de détrôner Netanyahu du Likud en cas d’échec au 5e vote

L'ex-candidat à la tête du Likud dit que lui et le chef de l'opposition ont "appris à s'apprécier", et dénonce "le manque d’inexpérience" de Lapid

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Dans cette photo du 13 juin 2018, l’Ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies, Danny Danon, s’adresse à l’Assemblée générale avant un vote pour condamner les actions israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, au siège de l’ONU à New York. (Crédit : Don Emmert/AFP)
Dans cette photo du 13 juin 2018, l’Ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies, Danny Danon, s’adresse à l’Assemblée générale avant un vote pour condamner les actions israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, au siège de l’ONU à New York. (Crédit : Don Emmert/AFP)

De nombreux politiciens du Likud qui ont eu des prises de bec avec le chef du parti Benjamin Netanyahu se sont retrouvés en peu de temps au ban de la faction. Certains ont entamé une carrière politique ailleurs, d’autres se sont éloignés de l’agitation de la Knesset. Peu d’entre eux y sont revenus.

Mais parmi les candidats qui ont une chance réaliste d’entrer à la Knesset après le vote du 1er novembre, on retrouve un visage autrefois familier du Likud : Danny Danon, un ancien politicien de haut rang qui occupe désormais la 15e place sur la liste du parti à la Knesset.

Malgré leurs précédents accrochages, Danon a déclaré que Netanyahu et lui avaient « appris à s’apprécier d’une manière différente », lors d’une interview accordée au Times of Israel à Raanana la semaine dernière. Danon s’est néanmoins demandé si le moment n’était pas venu de désigner un nouveau leader en fonction des résultats du vote de novembre.

Si Netanyahu ne parvient pas à former une coalition en novembre, « la question de savoir s’il faut ou non le remplacer au sein du parti deviendrait légitime », a déclaré Danon.

Danon a défié Netanyahu à deux reprises pour la tête du parti et il a perdu les deux fois. En 2014, il a été démis par Netanyahu d’un poste de vice-ministre après avoir critiqué la gestion par le Premier ministre de l’époque de l’opération Bordure protectrice contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Quelques mois après son deuxième échec à la tête du Likud, fin 2014, Danon a été nommé ambassadeur d’Israël aux Nations unies.

Bien que cette nomination soit des plus prestigieuses, elle a également constitué une forme d’exil politique, écartant Danon des allées du pouvoir et l’éloignant physiquement de la base du parti. Avec cette nomination, Netanyahu a pu limiter les capacités de critique et d’opposition de Danon au sein du parti.

Revenu après cinq ans passés à New York et actuellement président de l’organisation de sensibilisation de la diaspora World Likud, Danon est prêt pour un retour sur le devant de la scène politique et beaucoup s’attendent à ce qu’il réintègre la Knesset après les élections du 1er novembre.

Tout comme les quatre élections qui ont eu lieu depuis 2019, le scrutin à venir est largement considéré comme un référendum sur Netanyahu, qui espère revenir au pouvoir grâce au soutien d’une coalition religieuse de droite. Cela place Danon dans la situation quelque peu embarrassante, celle de devoir marcher sur les traces d’un leader qu’il a critiqué et qui l’a envoyé en Sibérie politique.

Danny Danon, ancien ministre du Likud et récent ambassadeur auprès des Nations unies, avec l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu sur une photo non datée. (Crédit : Eyal Eliyahu)

Les sondages israéliens, notoirement peu fiables mais ayant une grande influence politique, prédisent une impasse, ni l’alliance droite-religieuse de Netanyahu ni le bloc de partis qui lui sont opposés n’étant susceptibles d’obtenir une majorité.

Danon s’est entretenu avec le Times of Israel pour donner son point de vue sur certaines des questions les plus brûlantes des prochaines élections, y compris l’avenir du Likud, les raisons pour lesquelles former un gouvernement qui inclut des politiciens d’extrême droite parmi ses ministres ne l’inquiète pas, son soutien à l’extension de la souveraineté israélienne à la Cisjordanie, et ses critiques sur la façon dont le gouvernement actuel gère l’Iran et ses ambitions nucléaires.

Remplacer Netanyahu après un échec aux élections est une « question légitime »

Netanyahu risque de subir des pressions au sein de son parti et du bloc plus large des factions d’extrême droite et haredi s’il ne parvient pas à les ramener au pouvoir après les élections de novembre. Au début de l’été, un sondage publié dans Mishpacha, un magazine en hébreu destiné aux ultra-orthodoxes, a révélé que 51 % des Israéliens haredi préféreraient que Netanyahu se retire s’il ne parvient pas à former la prochaine coalition.

Au sein du Likud, l’excitation fugace à l’idée d’évincer Netanyahu est retombée après que le leader du Likud, en procès, a renoncé à un accord de peine. Tous les parlementaires ont fini par se ranger derrière lui comme chef du Likud, y compris le législateur principal Yuli Edelstein, qui n’a retiré sa candidature à la direction du parti qu’en juin.

Mais Danon, lui, n’a pas exclu l’idée.

« Nous avons une démocratie et une constitution très fortes et nous les respectons », a déclaré Danon, faisant référence aux organes internes du Likud qui régissent le fonctionnement du parti. « Au bout du compte, nous nous en remettrons à la constitution, nous nous adresserons aux membres du parti et ils décideront s’ils veulent que Netanyahu continue, s’il veut continuer ou pas. »

Danon a noté que le Likud a toujours été fidèle à ses dirigeants, qui n’en a connu que cinq depuis sa fondation en 1977 : Menachem Begin, Yitzhak Shamir, Ariel Sharon et Netanyahu.

« Aux Nations unies, j’ai parlé avec de nombreux dirigeants. Je n’ai pas trouvé de précédent d’un parti qui, au cours des 75 dernières années, n’a eu que quatre dirigeants, dans le monde entier. Uniquement le Likud », a-t-il déclaré.

Benjamin Netanyahu et Danny Danon à la Knesset en juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Danon a déclaré se considérer comme « faisant partie du futur leadership du parti, l’après Netanyahu », et a laissé entendre qu’il aspirait à accéder un jour au poste de Premier ministre lui-même.

D’autres membres du parti ont été plus réticents à l’idée de parler d’un leader autre que Netanyahu. La semaine dernière, le directeur de la faction du Likud et confident de Netanyahu, Yariv Levin, a rejeté les questions concernant les plans alternatifs pour la direction du parti si Netanyahu ne parvenait pas à former un gouvernement cet automne.

« C’est notre candidat au poste de Premier ministre », a déclaré Levin à propos de Netanyahu, après avoir soumis la liste du Likud à la commission centrale électorale.

La décision du parti de rester fidèle à Netanyahu a restreint la liste des partis vers lesquels il pourrait se tourner pour les négociations en vue de la formation d’une coalition, avec des factions de droite, du centre et de gauche qui ont promis de ne pas soutenir le leader du Likud, trois fois condamné, bien que certains, comme le parti HaMahane HaMamlahti du ministre de la Défense Benny Gantz, restent ouverts à une collaboration avec le parti si un autre législateur prenait la tête du gouvernement.

Danon a précisé qu’il estimait que le Likud était en bonne position pour former un gouvernement et qu’il serait favorable à l’élargissement d’une coalition potentielle en incluant Gantz et « certaines parties » de HaMahane HaMamlahti dans le prochain gouvernement.

Gantz s’était déjà associé au Likud dans un gouvernement d’union de courte durée en 2020, qui a échoué lorsque Netanyahu a convoqué des élections anticipées, balayant ainsi les chances de Gantz de devenir Premier ministre dans le cadre de la rotation prévue.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’exprime lors d’un événement du ministère dans la ville de Katzrin, dans le nord du pays, le 21 septembre 2022. (Crédit : Ministère de la Défense)

Il a également déclaré qu’il était prêt à envisager la participation de l’actuel partenaire politique de Gantz, Gideon Saar, qui a fui le Likud après avoir perdu une course pour la tête du parti en 2019, à condition qu’il « accepte les idées du futur gouvernement. »

La composition de la liste du Likud à la Knesset n’a été finalisée que la semaine dernière, mais les résultats des primaires d’août ont semé la panique chez les commentateurs après que les électeurs ont puni les élus de longue date du parti et récompensé certaines des voix les plus fortes du Likud.

Après sept années passées loin de la Knesset, Danon a déclaré qu’il avait retrouvé une scène politique plus agitée.

« Je pense que cela ne concerne pas seulement le Likud, je pense que la politique en Israël, en général, est devenue plus bruyante », a déclaré Danon, ajoutant que lorsqu’il est parti, le volume politique général « était de 5 sur 10, aujourd’hui, c’est un 9 sur 10. »

De plus en plus à droite

L’une des voix les plus fortes et les plus incendiaires de la scène politique est celle du leader d’extrême droite d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, un habitant extrémiste de Cisjordanie dont la rhétorique anti-arabe belliqueuse et les positions ultra-conservatrices ont fait de lui l’un des politiciens les plus populaires du bloc de Netanyahu.

Des politiciens du centre et de la gauche, dont la dernière en date est la dirigeante d’Avoda, Merav Michaeli, ont averti que Ben Gvir, un ancien protégé du défunt politicien extrémiste Meir Kahane, pourrait obtenir un poste ministériel dans le prochain gouvernement.

Danon a déclaré qu’il préférait ne pas regarder les choses de cette manière, car si les coalitions doivent parfois inclure des extrêmes politiques, le contenu de la politique doit être défini par le Likud.

Le député Itamar Ben Gvir assiste à une marche de militants de droite dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

 » Ben Gvir [sera] membre d’un des partis formant la coalition, au même titre que Meretz fait aujourd’hui partie de la coalition sans que personne ne se focalise sur les idées de Yair Golan de Meretz. Des idées radicales, des idées absurdes », a déclaré Danon, établissant un parallèle avec l’ancien général et député de gauche dont les opinions ont été critiquées par les partis de droite et du centre.

« Je pense que l’objectif des partis de gauche est de faire en sorte que la discussion porte sur Ben Gvir, et nous ne devrions pas y contribuer. Le Premier ministre sera Netanyahu et non Ben Gvir », a-t-il poursuivi, ajoutant que « la politique sera dictée par le Likud. »

Pression pour appliquer la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie

Un domaine dans lequel l’idéologie de Danon rejoint celle de Ben Gvir est celle l’extension de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie. Danon soutient depuis longtemps l’annexion de la Cisjordanie, où vivent quelque 3 millions de Palestiniens, et a déclaré par le passé qu’il était opposé à la création d’un État palestinien.

Danny Danon, ancien ministre du Likud et récent ambassadeur auprès des Nations unies. (Crédit : Erez Barkatz)

Sans pour autant préciser les détails de sa vision de la Cisjordanie, Danon a déclaré qu’il désirait maintenir « un contrôle maximal des terres en Judée et Samarie avec un contrôle minimal des Palestiniens en Judée et Samarie », en utilisant les noms bibliques utilisés par les partisans des implantions. « Tel est mon objectif, contrôler la majorité des terres avec un contrôle minimum du peuple palestinien ».

Il a préconisé, à titre d’étape intermédiaire, l’annexion immédiate des implantations et des blocs importants qu’Israël devrait conserver dans le cadre d’un éventuel accord avec les Palestiniens, faisant écho à une position défendue par d’autres politiciens du Likud importants et favorables aux implantations.

« Nous savons qu’Ariel, Maale Adumim et Gush Etzion ne bougeront pas », a-t-il déclaré. « Alors pourquoi ne pas y appliquer la souveraineté et nous pourrions ensuite avancer vers d’autres parties. »

« Et en faire de même dans la vallée du Jourdain, et les grandes villes « , a-t-il ajouté.

Danon était moins certain de ce qu’il convenait de faire avec les Palestiniens qui resteraient sous le contrôle d’Israël en l’absence d’une solution à deux États, qualifiant la question de « très délicate ».

« Nous ne voulons pas d’une entité terroriste dans notre arrière-cour », a déclaré Danon. Mais il a ajouté : « Nous ne voulons pas gérer la vie quotidienne des gens à Jénine, Naplouse et Ramallah. »

Le manque d’expérience de Lapid manifeste dans le contexte des négociations avec l’Iran

En matière de politique étrangère, Danon a affirmé que le Premier ministre Yair Lapid manquait d’expérience en diplomatie, affirmant que la stratégie du gouvernement actuel, qui est contre la relance du pacte sur le nucléaire iranien, était erronée, même si un accord ne semble plus être sur la table.

Lapid et d’autres hauts fonctionnaires ont travaillé discrètement en coulisses avec les Américains et les Européens dans le but d’influencer ou d’annuler tout accord émergeant pour relancer le pacte de 2015 avec l’Iran, ne réagissant publiquement que lorsqu’un « mauvais » accord pour Israël était apparemment proche de la finalisation ces dernières semaines.

Cette approche diffère radicalement de celle de Netanyahu, qui avait clamé haut et fort son opposition à l’accord lorsqu’il a été conclu en 2015, créant ainsi un fossé profond avec la Maison Blanche, mais ne parvenant pas à empêcher les États-Unis d’y adhérer. Un nadir dans les liens entre Jérusalem et Washington a finalement conduit les États-Unis à ne pas opposer leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour une résolution anti-israélienne, sous la surveillance de Danon.

Yair Lapid s’adresse à la 77e Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre 2022 (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Je pense que Lapid manque d’expérience », a déclaré Danon au sujet du Premier ministre en poste depuis près de trois mois, qui assume le mandat de ministre des Affaires étrangères depuis un an. « Que vous l’aimiez ou non, vous ne pouvez pas contester ce fait. Je pense que nos adversaires en profitent. Prenez par exemple la question de l’accord avec l’Iran, sur laquelle il a choisi de rester silencieux pendant près d’un an. Ce qu’il a dit le mois dernier était très bien, tant lui que [le ministre de la Défense Benny] Gantz, mais c’était trop peu, trop tard. »

« Ils auraient dû se prononcer et agir contre l’accord avec l’Iran dès le premier jour de leur mandat. Ils auraient dû réunir tous ceux qui sont contre cet accord, y compris nos partenaires dans la région », a déclaré Danon.

Il a ajouté que d’autres pays de la région, qu’il a refusé de nommer, étaient « préoccupés et confus » par la position d’Israël.

« Les dirigeants arabes modérés qui étaient contre l’accord avec l’Iran s’attendaient à ce qu’Israël prenne la tête du mouvement contre cet accord, ce que nous n’avons pas fait », a-t-il déclaré. « Je pense que c’était une erreur. Je pense que se taire n’est pas une politique et je pense que Lapid a fait une erreur monumentale sur cette question. »

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