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Depuis Moscou, des rabbins Habad russes appellent à la paix

La déclaration de la conférence comprend une critique à peine voilée des rabbins qui ont fui la Russie en raison de leur opposition ouverte à l'invasion de l'Ukraine

Des rabbins russes se réunissent à Moscou pour discuter des défis auxquels leurs communautés sont confrontées, le 5 septembre 2022. (Crédit : Fédération des communautés juives de Russie)
Des rabbins russes se réunissent à Moscou pour discuter des défis auxquels leurs communautés sont confrontées, le 5 septembre 2022. (Crédit : Fédération des communautés juives de Russie)

Des dizaines de rabbins russes se sont réunis lundi pour discuter des défis auxquels ils sont confrontés, eux et leurs communautés, suite à l’invasion brutale de l’Ukraine voisine par leur pays et pour critiquer subtilement l’ancien grand rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt, qui a fui le pays en raison de ses positions explicitement anti-guerre.

Le rassemblement de quelque 75 rabbins – dont la plupart appartiennent à la mouvance Habad-Loubavitch – était organisé par la Fédération des communautés juives de Russie, l’une des deux plus grandes organisations juives du pays.

Outre la répression générale de la société civile et de la liberté d’expression en Russie depuis le début de l’invasion, la communauté juive en particulier s’est sentie attaquée ces derniers mois, les autorités russes ayant cherché à mettre un terme aux activités de l’Agence juive dans le pays.

Lors de la conférence, qui s’est tenue à Moscou, les rabbins ont publié une résolution appelant « à la paix et à l’arrêt de l’effusion de sang ».

« Nous appelons les dirigeants du monde à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour apporter la paix entre les nations. La paix est une valeur divine et constitue le fondement de l’existence de l’humanité dans le monde », ont-ils rappelé.

La résolution ne mentionne toutefois pas explicitement l’Ukraine et n’attribue pas de responsabilité pour la guerre.

Des rabbins russes se réunissent à Moscou pour discuter des défis auxquels leurs communautés sont confrontées, le 5 septembre 2022. (Crédit : Fédération des communautés juives de Russie)

La déclaration de la fédération parle du conflit comme d’une « invasion », ce qui constitue un geste de rébellion modéré en Russie, où la guerre est généralement désignée par l’euphémisme « opération militaire spéciale ».

Parmi les 75 rabbins présents à la réunion figuraient le grand rabbin russe Habad, Berel Lazar, qui a timidement condamné la guerre, et le président de la fédération, le rabbin Alexander Boroda, qui avait appelé à mettre un terme à l’emploi de références nazies alors que le gouvernement russe dit lutter contre la montée du nazisme en Ukraine. L’ambassadeur d’Israël en Russie, Alexander Ben Zvi, s’est également adressé à la conférence en lisant une lettre envoyée par le président Isaac Herzog.

A LIRE – Invasion de l’Ukraine : le centre Habad de Russie entre le marteau et l’enclume

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, quelque 20 000 Russes ont immigré en Israël, fuyant un régime toujours plus oppressif sous la direction du dictateur russe, Vladimir Poutine. Près de 200 000 Juifs vivent actuellement en Russie, mais environ trois fois plus peuvent prétendre à la citoyenneté israélienne, car ils ont au moins un grand-parent juif.

« Les relations entre la Russie et le reste du monde se sont rapidement détériorées depuis le début de l’invasion en février, entraînant une incertitude économique et, ce qui préoccupe beaucoup la communauté juive en particulier, un sentiment de peur et d’isolement jamais ressenti depuis des décennies », indique le communiqué de la fédération.

Lors de la conférence, ont dit les organisateurs, les rabbins ont « réitéré leur promesse de continuer à diriger leurs communautés et de ne pas les abandonner en ces temps difficiles ».

Le rabbin Pinchas Goldschmidt assiste à la remise du Breakthrough Prize 2017 au centre de recherche Ames de la NASA à Mountain View, en Californie, le 4 décembre 2016. (Crédit : Kimberly White/Getty Images North America/AFP)

Il s’agissait d’une allusion à Goldschmidt, qui n’est pas affilié au mouvement Habad et qui a quitté la Russie pour Israël avec sa femme deux semaines après le début de la guerre en Ukraine, après avoir refusé de céder aux pressions pour soutenir l’invasion, puis après s’y être ouvertement opposé.

« Nous sommes choqués par le fait que certains individus ne se contentent pas de croire que les rabbins ont le devoir de mettre en péril leur communauté en s’engageant dans des activités politiques, voire d’abandonner purement et simplement leur communauté en guise de protestation politique », indique le communiqué.

« Certaines voix en Occident ont exigé que les rabbins sacrifient la sécurité de la communauté juive en attaquant publiquement le gouvernement », ont ajouté les rabbins, là encore sans nommer personne en particulier.

Dans son exil, Goldschmidt a été libre de critiquer la guerre et le régime de Poutine. Dans une interview accordée à la BBC le mois dernier, le rabbin a refusé de porter un jugement sur ceux qui sont restés en Russie ou qui ne se sont pas prononcés contre la guerre.

Dans une critique encore moins subtile de Goldschmidt, Lazar a déclaré à la conférence qu’un « rabbin doit toujours être avec ses Juifs, même dans les moments les plus difficiles ».

Interrogé sur les remarques des rabbins russes, Goldschmidt s’est abstenu de les commenter directement, mais a répondu par sa propre critique discrète sous la forme d’une bénédiction avant le Nouvel An juif An juif, Rosh Hashana, qui aura lieu plus tard ce mois-ci.

« Je souhaite à tous les rabbins Habad de Russie une nouvelle année bénie. Que Dieu les garde à l’abri du mal et qu’ils soient aussi utiles que possible pour aider les Juifs qui veulent quitter la Russie », a déclaré Goldschmidt au Times of Israel par l’intermédiaire d’un porte-parole mardi.

Herzog a relayé son soutien à la communauté juive russe dans une lettre lue au forum par l’ambassadeur Ben Zvi.

Herzog a fait l’éloge de la « force remarquable » des rabbins et de leur dévouement à leur travail en ces temps difficiles.

« Votre engagement en ces temps de peur, envers vos communautés ukrainienne et russe, est particulièrement courageux et impressionnant », a écrit le président.

Alexander Ben Zvi, ambassadeur d’Israël en Russie (Crédit: capture d’écran)

Natan Sharansky, qui a été emprisonné dans un camp de travail en Union soviétique avant d’être autorisé à s’installer en Israël en 1986, a également envoyé un message, soulignant l’importance du travail des rabbins en Russie.

Les grands rabbins ashkénazes et sépharades d’Israël, David Lau et Yitzhak Yosef, ont également exprimé leurs meilleurs vœux et leur soutien.

« Nous vous encourageons par la présente et vous informons de la règle de la Torah selon laquelle tout rabbin a l’obligation sacrée de rester avec son troupeau et il lui est interdit de quitter sa congrégation, Dieu l’en préserve », écrit Yosef.

Les récentes mesures prises par le gouvernement russe à l’encontre de l’Agence juive ont rappelé les mesures de répression prises par l’Union soviétique à l’encontre de cette organisation et de la vie communautaire juive pendant la guerre froide.

A LIRE : L’action de Gorbatchev en faveur des Juifs et d’Israël aujourd’hui menacée

Le Premier ministre Yair Lapid a averti que la fermeture de l’Agence juive par Moscou serait « un événement grave » avec des « conséquences » pour les liens russo-israéliens, mais il a ensuite semblé modérer sa critique en faveur d’une diplomatie discrète.

Le mois dernier, un tribunal moscovite a reporté sa décision concernant la requête du ministère de la Justice visant à fermer les bureaux de l’agence, dans une démarche dont Israël espère qu’elle lui donnera plus de temps pour parvenir à un accord avec Moscou et empêcher la fermeture de l’organisation en Russie.

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