Des bénévoles américains enseignent l’anglais aux jeunes israéliens – par vidéo
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Des bénévoles américains enseignent l’anglais aux jeunes israéliens – par vidéo

Pour les élèves de la périphérie défavorisée au sein de l'Etat juif, Israel Connect est une porte ouverte sur la culture, l'excellence académique et la réussite professionnelle

Une lycéenne israélienne en vidéoconférence avec un baby-boomer nord-américain pour une leçon d'anglais hebdomadaire (Autorisation : Israel Connect/via JTA)
Une lycéenne israélienne en vidéoconférence avec un baby-boomer nord-américain pour une leçon d'anglais hebdomadaire (Autorisation : Israel Connect/via JTA)

JTA — Il n’y avait aucune raison que Hodaya Koskas et Barrett Brickell soient amenées à se connaître.

Koskas, 14 ans, est élève dans un lycée du centre d’Israël qui prend des cours de danse et rêve d’être danseuse. Brickell, 71 ans, est une enseignante retraitée d’Ottawa, au Canada.

Mais elles chattent par vidéo chaque semaine depuis le mois de septembre. Ce duo d’amies improbable s’est formé la première fois lorsque Koskas a lu la description en anglais d’une page d’un site israélien – peut-être le mur Occidental, peut-être un centre commercial. Puis elles ont parlé de leurs vies.

Koskas évoque un prochain concours de danse qui, si elle le gagne, pourrait mener à un voyage à New York City. Barrett, elle, parle de la vie au Canada – la neige derrière sa fenêtre, les particularités des centres de shopping locaux, là-bas. Koskas déclare qu’elle a dorénavant compris qu’au Canada, les gens vont faire les courses avec un sac bien plus grand qu’en Israël pour pouvoir y glisser plus de produits.

« J’ai le sentiment d’avoir un lien avec un autre monde », s’exclame Koskas en se confiant à JTA. « Je parle de ce qu’on fait ici, de ce qui est poli ici. On a parlé de la manière dont on fait les courses au Canada et de la façon dont on les fait ici ».

La majorité des conversations qui ont lieu via le programme Israel Connect se passent à l’école (Autorisation : Israel Connect)

L’adolescente israélienne et la retraitée canadienne participent au projet Israel Connect, un programme où des tuteurs – des personnes âgées nord américaines – prennent en charge des élèves pour leur faire travailler leur anglais une fois par semaine à travers un chat vidéo. Pour des seniors comme Brickell, c’est un moyen relativement aisé d’entrer en lien avec la vie israélienne et d’aider les adolescents. Pour des jeunes comme Koskas, les sessions élargissent leur vocabulaire, améliorent leur prononciation et leur présentent la culture nord-américaine (elle sait maintenant, par exemple, comment prononcer le mot « read » au passé).

« Je veux découvrir des choses sur leur vie », dit Brickell, qui a enseigné au cours moyen et en sixième pendant presque vingt ans et qui s’occupe dorénavant de donner des cours à trois enfants dans le cadre d’Israel Connect. « Et je finis par beaucoup les apprécier. Le temps que je passe avec des jeunes a énormément de sens à mes yeux et j’ai le sentiment qu’ils l’apprécient beaucoup, eux aussi ».

Un militaire israélien apprend l’anglais par vidéoconférence avec un bénévole nord-américain (Autorisation : Israel Connect/via JTA)

Le programme a été lancé en 2011 en tant que projet parallèle imaginé par Sarah Gordon, une Canadienne dont les parents enseignaient l’hébreu à Ottawa. Une ancienne camarade de classe qui était professeure d’anglais en Israël lui avait parlé de certains élèves arabes israéliens qui rencontraient des difficultés à apprendre ce qui devait être leur troisième langue. Gordon les a donc mis en contact avec des personnes âgées, au Canada, dont elle savait qu’elles pourraient leur donner des cours à distance.

Depuis lors, Israel Connect s’est démultiplié. L’initiative s’est propagée à Toronto et dans quelques secteurs des Etats-Unis, depuis le New Jersey à Baltimore et jusqu’en Floride. Le programme compte dorénavant 400 bénévoles, majoritairement des baby-boomers et des seniors, et 500 élèves de lycées israéliens issus de 35 établissements. Gordon affirme que les baby boomers sont un bon choix parce qu’ils se lèvent tôt et ont généralement du temps libre.

Sarah Gordon, fondatrice d’ Israel Connect. (Autorisation)

Ces écoles se trouvent dans leur majorité dans la périphérie d’Israël – des villes plus petites et souvent plus pauvres, distantes de Jérusalem et de Tel Aviv. Les lycéens eux-mêmes proviennent de milieux religieux, ethniques et socio-économiques différents. Gordon explique avoir une liste d’attente de 100 écoles désirant rejoindre le projet et elle espère élargir sa base de volontaires.

« La majorité de nos bénévoles est en lien avec des lycéens dans des villes dont ils n’avaient jamais entendu parler auparavant », explique Gordon qui co-dirige dorénavant à plein temps l’organisation avec son époux. « Nous prenons ceux qui ont les plus importants besoins. Certaines écoles dans lesquelles nous travaillons n’ont pas de professeur d’anglais. Nous avons des écoles où nous incarnons le programme d’anglais – nous ne le recommandons pas ».

L’anglais est habituellement une partie essentielle du programme scolaire en Israël et la matière est considérée comme la porte d’entrée à l’exposition culturelle, à l’excellence académique et à la réussite professionnelle.

Les élèves, dans les lycées israéliens, étudient chaque semaine l’anglais pendant quatre ou cinq heures et une section totale de la version israélienne du SAT (Scholastic Assessment Test) est consacrée à l’anglais. Mais Gordon explique que la majorité des connaissances des élèves en termes de pratique provient de la culture pop.

« Ils regardent beaucoup la télévision et écoutent beaucoup de musique », explique-t-elle. « Il n’est pas rare qu’ils se retrouvent la première semaine à discuter avec un dentiste à la retraite ou un neurochirurgien en leur disant : ‘Hé mon pote, ça va ?’ Et l’enseignant lui répondra : « On va commencer par : ‘Bonjour, comment allez-vous ? »

Un baby boomer nord-américain discute avec un lycéen israélien pour une leçon hebdomadaire d’anglais via Israel Connect. (Autorisation : Israel Connect)

Au coeur du programme Israel Connect, le polycopié d’une page sur les locaux israéliens, qui vient avec des images. Les bénévoles aideront les élèves à lire et à comprendre les paragraphes avant d’en débattre et de passer à une conversation plus habituelle.

La seule restriction donnée par Gordon est d’éviter de parler politique. Certaines des écoles participantes se trouvent au sein d’implantations en Cisjordanie et Gordon souligne que le programme n’adopte pas de positionnements politiques, ambitionnant d’aider les enfants israéliens où qu’ils soient. Les médecins à la retraite ont également pour consigne de ne pas donner d’avis médical.

« Ils n’ont pas choisi de naître dans ce conflit », dit Gordon des élèves. « Ils n’ont pas choisi d’aller dans l’armée dans deux ans. Nous devons simplement montrer de l’empathie pour ce qui est leur réalité ».

Beverly Grostern, bénévole d’Ottawa, rencontre un élève du programme Israel Connect lors de sa première visite en Terre sainte depuis des décennies (Autorisation : Israel Connect)

Mais Gordon souligne que l’objectif du programme est rigoureusement l’enseignement de l’anglais, pas seulement de créer des correspondants informels par vidéo. La plus grande partie des discussions entre élèves et tuteurs ont lieu alors qu’ils se trouvent au lycée, sous la surveillance d’un enseignant. Gordon explique que sur 300 anciens élèves du programme, tous – à part quatre – ont eu une note de plus de 90 % à la section de compréhension de l’examen standard d’anglais.

« Ils ont plus confiance pour la lecture, dans leurs interactions avec les bénévoles », constate Ofira Mor, enseignante dans le lycée de Koskas. « Ils ont un vocabulaire plus large ».

Mais les bénévoles racontent qu’au-delà du simple travail de tutorat, ils sont ravis d’être directement exposés à ce qu’est la vie israélienne à travers les yeux d’adolescents. Beverly Grostern, une bénévole originaire d’Ottawa, a fait son premier voyage depuis des décennies en Israël après avoir donné des cours pendant un an à une jeune israélienne.

« J’ai été ainsi réintroduite à la vie israélienne, à la nourriture, aux attitudes », raconte-t-elle. « Ils sont comme tous les ados typiques qu’on trouve partout dans le monde. Je leur demande quelque chose, ce qu’est leur activité préférée, ce qu’ils aiment faire et, neuf fois sur dix, c’est : ‘J’aime faire du shopping, j’aime rendre visite à ma grand-mère, j’aime l’informatique’. »

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