Des centaines de manifestants réunis près de la résidence du Premier ministre
Rechercher

Des centaines de manifestants réunis près de la résidence du Premier ministre

Les protestataires ont juré de continuer à se rassembler ; des dizaines de personnes devant la Knesset ont lancé de la bouse de vache sur le bâtiment

Suivant les règles de distanciation sociale, les manifestants rassemblés pour réclamer la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle, le 24 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Suivant les règles de distanciation sociale, les manifestants rassemblés pour réclamer la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle, le 24 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des centaines de personnes ont pris part à un mouvement de protestation réclamant la démission du Premier ministre jeudi dans tout le pays, alors que les organisateurs de ces rassemblements ont juré de ne pas lever le pied dans le cadre du durcissement du confinement national qui imposera des limitations controversées aux manifestations et qui visent à tenter de reprendre le contrôle de l’épidémie de coronavirus.

Certains se sont retrouvés sur des ponts autoroutiers. Le regroupement le plus vaste a eu lieu aux abords de la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem.

Clin d’œil aux restrictions d’ores et déjà appliquées, les manifestants, à Jérusalem, ont installé des chaises pour garantir le respect de la distanciation sociale, contrairement à des événements précédents au cours desquels les personnes présentes s’étaient regroupées de manière plus serrée – ce qui avait entraîné des accusations selon lesquelles les rassemblements étaient un vecteur de la circulation du coronavirus.

Les restrictions qui seront mises en vigueur vendredi dès 14h prévoient que les Israéliens seront dorénavant dans l’obligation de rester dans un périmètre d’un kilomètre de leurs habitations pour manifester et que les rassemblements se limiteront à 20 personnes.

Les mouvements de protestation organisés à proximité de la résidence de Netanyahu pourront continuer avec un nombre maximum de 2 000 participants qui devront se diviser en « capsules » de vingt personnes.

Des critiques ont accusé le Premier ministre de chercher à imposer des limitations démesurées aux déplacements et aux activités économiques pour venir à bout du mouvement de protestation organisé à son encontre.

Jeudi, les unes après les autres, d’éminentes personnalités ayant travaillé dans le secteur de la défense par le passé se sont exprimées depuis le podium central installé sur la place de Paris. Un grand nombre a comparé l’échec du gouvernement à contenir l’épidémie de coronavirus qui ravage Israël aux échecs qui avaient précédé, en 1973, la guerre de Yom Kippour.

L’ex-général de brigade de l’armée de l’air Amir Haskel, activiste vétéran dont la brève arrestation, fin juin, avait servi de déclencheur à la nouvelle vague de rassemblements, a déclaré que les restrictions imposées aux mouvements de protestation étaient politiques et sans aucun lien avec la santé publique.

« Je pense que la décision prise hier par le Premier ministre relève d’un conflit d’intérêt flagrant. Il ne peut tout simplement pas imposer des restrictions sur les manifestations organisées pour lui demander de démissionner », a confié Haskel au Times of Israël. « Cette décision se base exclusivement sur son désir de nous réduire au silence. »

Des manifestants anti-Netanyahu assis sur des chaises pour faire respecter la distanciation sociale lors d’un rassemblement aux abords de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 24 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Haskel a expliqué que les organisateurs prévoyaient de porter plainte devant la Haute-cour pour pouvoir contourner cette décision. Il a précisé toutefois que les rassemblements continueront, dans tout le pays, conformément aux limitations mises en place.

« Moi-même, je me suis tenu pendant quatre ans à un carrefour – seul ou en petit groupe – pour manifester. Et si nécessaire, nous pourrons retourner à ces carrefours », a continué Haskel. « Peut-être va-t-il parvenir à nous faire taire une semaine ou deux. Mais c’est le chant du cygne de Netanyahu. »

Yuval Carminovich, avocat à Tel Aviv, est un habitué de ces rassemblements dans la ville sainte. Il a expliqué au Times of Israël avoir l’intention d’adhérer aux nouvelles restrictions, qu’il juge néanmoins « scandaleuses ».

« Je compte obéir à la loi. Si on me dit que manifester ici est illégal, alors je ne le ferai plus. Mais c’est une pente glissante et on ne sait pas clairement comment ça peut se terminer », a déclaré Carminovich.

Aux abords directs de la manifestation, des images ont montré le correspondant de la Douzième chaîne, Moshe Nussbaum, et son caméraman, chahutés avec agressivité par un petit groupe de protestataires entonnant des slogans de droite pro-Netanyahu. Les perturbateurs, dont certains se sont retrouvés nez à nez avec Nussbaum, l’ont interpellé, le qualifiant de « répugnant », « journaliste puant » et « traître de gauchiste », entre autres.

Les deux hommes sont finalement parvenus à quitter le secteur après l’intervention d’un policier. Selon la chaîne, l’un des contre-manifestants a été arrêté.

Une autre manifestation a été organisée devant l’habitation du ministre de la Justice Avi Nissenkorn, issu des rangs de Kakhol lavan, en raison de l’approbation par le cabinet des limitations sur les rassemblements anti-gouvernementaux.

Le mouvement des Drapeaux noirs, un groupe de protestation anti-Netanyahu, a juré de continuer à manifester ce week-end et ce malgré le confinement.

« Il n’y a pas de Premier ministre en exercice en Israël, il y a un accusé traduit devant les juges qui détruit tout ce qu’il y a de bien dans le pays », a déclaré le mouvement dans un communiqué. « Aujourd’hui, il est déjà clairement établi, pour tous les citoyens, que le problème dans le pays, ce ne sont pas les synagogues, ce ne sont pas les manifestations : C’est l’accusé numéro un, Benjamin Netanyahu. »

Le chef du groupe Ministre du Crime, Gonen Ben Yitzhak, s’est aussi engagé à continuer de manifester même s’il n’a pas été aperçu sur la place de Paris.

Ce mouvement de protestation vise essentiellement Netanyahu, actuellement traduit devant les juges pour corruption, ainsi que pour sa prise en charge jugée défaillante de l’épidémie de coronavirus.

Des dizaines de personnes se sont également regroupées devant le bâtiment de la Knesset. Certains ont lancé des sacs contenant de la bouse de vache en direction de l’édifice, a fait savoir la Douzième chaîne.

Le ministre des Affaires numériques David Amsalem, qui est aussi chargé de la liaison entre la Knesset et le gouvernement, a été pris à parti par les manifestants alors qu’il quittait la Knesset pour se rendre au ministère des Finances voisin, a noté la chaîne. Alors que la foule se livrait à des huées de plus en plus importantes, les gardes du corps d’Amsalem l’ont fait entrer précipitamment dans le ministère.

Amsalem, qui a présenté la proposition de confinement au vote en séance plénière de la Knesset, a accusé les députés de l’opposition de « diriger l’anarchie » par le biais des mouvements de protestation anti-gouvernement.

Se référant apparemment à son accrochage avec les manifestants, il a déploré le manque de respect affiché à l’égard d’un ministre, déclarant devant la plénière que certains l’avaient qualifié de « voleur, escroc », disant que « je t’ai payé 10 000 shekels, va donc en prison » et que d’autres l’avaient interpellé, déclarant qu’il était « gros » et qu’il « puait ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...