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Des familles de disparus critiquent le gouvernement le Jour du Souvenir

Un tract signé par des dizaines de proches de victimes tombées au combat a été critiqué par Eli Ben Shem, président de Yad Labanim, l'accusant de mêler deuil et politique

Le 13 avril 2021, au cimetière militaire de Kiryat Shaul, dans la ville côtière méditerranéenne de Tel-Aviv, des soldats placent des drapeaux israéliens arborant des ceintures noires au-dessus du mot hébreu « Souvenir » sur des tombes, en hommage aux soldats tombés le jour du Yom HaZikaron. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Le 13 avril 2021, au cimetière militaire de Kiryat Shaul, dans la ville côtière méditerranéenne de Tel-Aviv, des soldats placent des drapeaux israéliens arborant des ceintures noires au-dessus du mot hébreu « Souvenir » sur des tombes, en hommage aux soldats tombés le jour du Yom HaZikaron. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Des dizaines de familles endeuillées ont lancé un appel cette semaine exigeant que les ministres du gouvernement n’assistent pas aux cérémonies organisées dans le cadre de Yom HaZikaron en hommage à leurs proches.

Dans une publicité pleine page publiée par le journal Makor Rishon, des proches de personnes disparues à la défaveur de la guerre ou du terrorisme ont accusé le gouvernement d’être soutenu par des partisans du terrorisme et ont appelé les ministres à se tenir à l’écart des cérémonies commémoratives organisées, comme chaque année en Israël, entre mardi soir et mercredi, en hommage aux soldats tombés au combat et aux victimes du terrorisme.

La phrase « Nous ne voulons pas de votre accolade » a été imprimée en gros caractères sous une photo du Premier ministre Naftali Bennett, du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et du dirigeant du Raam Mansour Abbas. Le tract – qui a également été affiché en différents endroits de Jérusalem – dit in extenso : « Nous, familles endeuillées, qui avons perdu ce qui nous était le plus précieux, exigeons que les membres d’un gouvernement comptant en son sein des soutiens du terrorisme n’assistent pas aux commémorations en hommage à nos proches, assassinés par des terroristes. »

La participation de Raam, parti politique islamiste, au gouvernement actuel suscite régulièrement des attaques de la part de l’opposition de droite, accusant la coalition d’être incapable de lutter contre le terrorisme. Abbas, du parti Raam, a dénoncé à plusieurs reprises le terrorisme, indiquant s’être entretenu avec l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu avant la formation de cette coalition, ce que le chef de l’opposition a minimisé et nié être lié à la formation de la coalition.

D’autres proches de victimes se sont prononcés contre les signataires de ce tract. « Je ressens l’obligation morale et éthique de dire clairement qu’il n’y a pas de place pour les déclarations politiques dans le deuil, en particulier à la veille de Yom HaZikaron, date sacrée pour nous tous », a déclaré Eli Ben Shem, président de Yad Labanim, organisation mémorielle pour les soldats israéliens, selon la Douzième chaîne. Ben Shem a perdu son fils, le lieutenant Kobi Ben Shem, dans la collision de deux hélicoptères israéliens en 1997.

Herzl Hajaj, un père endeuillé signataire du tract, a déclaré à la Douzième chaîne que les autres familles endeuillées étaient, comme lui, « opposés au gouvernement formé par Bennett avec des soutiens du terrorisme », accusant les députés de Raam d’être des « soutiens déclarés du terrorisme ».

Aucun ministre ne semble avoir changé ses projets en réaction à ce mouvement. Selon cette même source d’information, cela aurait toutefois provoqué un sentiment de malaise chez certains ministres, qui pourraient finalement limiter leur participation aux cérémonies afin d’éviter des confrontations avec les proches des disparus animés de tels sentiments.

Par ailleurs, des membres de la coalition sont critiqués pour leur participation à une cérémonie du Jour du Souvenir conjointe, israélo-palestinienne, événement qui suscite la controverse chaque année. Lundi, il a été révélé que la députée travailliste Ibtisam Maraana et le député du Meretz Mossi Raz avaient prévu d’y prendre part. En réaction, le parti d’opposition Likud a publié une déclaration appelant Bennett à interdire aux membres de sa coalition d’assister à l’événement.

La réalisatrice Ibtisam Mara’ana-Menuhin lors de la projection d’un film documentaire de 2017 qu’elle a produit. (Crédit : Autorisation)

« Bennett doit condamner et empêcher les membres de sa coalition d’assister à une cérémonie commémorant les terroristes et de les comparer aux soldats de Tsahal, le jour du Souvenir », a déclaré le Likud dans le communiqué.

Cette cérémonie est profondément controversée depuis sa création, en particulier par les sympathisants de droite. Les critiques l’accusent de légitimer le terrorisme et d’assimiler les soldats israéliens tombés au combat à ceux qui les ont attaqués.

Des participants à la cérémonie commémorative conjointe israélo-palestinienne près de Bethlehem, le mardi 13 avril 2021. (Crédit : Ghassan Bannoura/Combattants pour la paix)

Pour ses soutiens, cette cérémonie permet à ceux qui ont perdu ce qui leur était le plus cher dans le conflit de donner un sens à la mort de leurs proches en tournant le dos à la violence.

Lors d’une session houleuse de la Commission des finances de la Knesset lundi, Raz a riposté aux critiques du député du Likud Ofir Katz.

« Qui êtes-vous pour dire aux familles qui ont perdu des êtres chers comment exprimer leur chagrin ? », a interrogé Raz. « Quelle audace et quelle haine pour oser exprimer les choses ainsi. »

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