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Des fidèles de Netanyahu accusés d’avoir harcelé un témoin de l’accusation

Un porte-parole du Likud et le directeur de campagne auraient été interrogés au sujet d'une vidéo accusant Shlomo Filber d'avoir incriminé le Premier ministre

Le porte-parole du Likud Jonatan Urich pendant une conférence de presse du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Kfar HaMaccabiah, à Ramat Gan, le 29 août 2019. (Crédit : Flash90)
Le porte-parole du Likud Jonatan Urich pendant une conférence de presse du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Kfar HaMaccabiah, à Ramat Gan, le 29 août 2019. (Crédit : Flash90)

La police israélienne a confirmé jeudi l’ouverture d’une enquête sur des membres de l’équipe de campagne du Likud, car elle soupçonne qu’un témoin de l’accusation dans l’une des enquêtes contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait été victime de harcèlement.

Les militants en question sont suspectés d’avoir harcelé Shlomo (Momo) Filber, un ancien proche de Netanyahu, qui avait dirigé la campagne électorale de 2015 avant de témoigner contre le Premier ministre dans une affaire de corruption présumée.

Les suspects ont été identifiés par la Treizième chaîne. Il s’agit de Jonatan Urich et du chef de campagne du parti Ofer Golan, également porte-parole de la famille Netanyahu.

Filber est un témoin clé de l’affaire 4000, dans laquelle Netanyahu est accusé d’avoir adopté des lois en faveur de Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq, en échange d’une couverture médiatique positive par le site d’information Walla du géant des télécoms.

Filber était à l’époque directeur-général du ministère des Communications, que Netanyahu dirigeait, sous l’oeil minutieux des procureurs. Il a été arrêté et interrogé sur son implication dans cette affaire avant de devenir témoin de l’accusation.

Shlomo Filber, directeur général du ministère des Communications, lors d’une réunion de la Commission de la Knesset, le 24 juillet 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu risque d’être mis en examen pour fraude, abus de confiance et corruption dans cette affaire. Il risque également une mise en examen pour fraude et abus de confiance dans deux autres affaires. Il nie tout méfait. Au début du mois, le bureau du procureur général Avichai Mandelblit a organisé une audience préliminaire pour Netanyahu, après avoir annoncé en février son intention de le mettre en examen.

Golan a été interrogé sous caution pendant le week-end. Il est soupçonné d’avoir donné l’ordre, en août, d’envoyer une camionnette équipée de hauts-parleur devant la maison de Filber, qui proférait des accusations, notamment d’avoir menti pendant l’enquête pour incriminer Netanyahu, et le taxer de « traître », a fait savoir la Treizième chaîne.

Dans une vidéo de l’incident, on aperçoit un véhicule arborant des slogans de la mouvance hassidique Breslev garé devant le domicile de Filber, et une voix proclame : « Momo, sois un homme ! Sors, dis la vérité. Momo Filber, que t’ont-ils fait pour que tu mentes contre le Premier ministre ? Que t’ont-ils promis ? Momo, la gauche t’utilises pour renverser le Likud ! Ecoute ce que tu disais avant que la police ne fasse pression sur toi. »

Un enregistrement de Filber est ensuite diffusé, dans lequel il dit : « Il n’y a pas de crime ici, d’où ça vient ? Tout ce que j’ai soutenu rentrait dans le cadre de ma mission en tant que directeur général. »

Urich et d’autres militants du Likud ont été ou vont être interrogés, précise le reportage.

La police a confirmé l’existence d’une enquête et a déclaré dans un communiqué qu’elle se déroule secrètement depuis plusieurs semaines.

« L’enquête se déroule sous la supervision du procureur d’Etat et avec l’accord du procureur général », indique le communiqué.

Le bureau de Netanyahu a répondu par un communiqué musclé, qualifiant l’enquête de « scandaleuse » et a réaffirmé être victime d’une chasse aux sorcières lancée par la police, les procureurs, l’avocat-général, au nom de la gauche et des médias.

« L’accusation ne s’arrête jamais », ajoute le communiqué. « L’encre des milliers de pages d’arguments de la défense déposés par les avocats du Premier ministre lors de l’audience n’a pas eu le temps de sécher qu’ils interrogent déjà tous les proches du Premier ministre. »

« Leur objectif est claire : neutraliser la possibilité pour le Premier ministre de lutter contre l’opinion publique face au déluge incessant de fuites contre lui en portant atteinte à ses proches. C’est scandaleux. »

Une image composite du Premier ministre Benjamin Netanyahu (D) et de l’actionnaire majoritaire de Bezeq Shaul Elovitch. (Flash90 / Ohad Zwigenberg / POOL)

Amid Hadad, l’avocat de Golan – qui représente également Netanyahu – a émis un communiqué qualifiant les soupçons d’accusations de « fausses et infondées, qui aurait mieux fait de ne pas faire l’objet d’une enquête. Si M. Golan n’est pas autorisé à s’exprimer sur la question pour éviter de faire obstruction à l’enquête, l’existence de l’enquête a illégalement fuité. »

« Nous n’avons aucun doute que le dossier contre M. Golan sera clôturé pour la simple raison qu’il n’a jamais harcelé le témoin de l’accusation Filber ni aucun autre témoin », a ajouté Hadad.

Les enquêtes contre le Premier ministre ont fait l’objet de nombreuses fuites de témoignages par les enquêteurs.

En août, la Douzième chaîne a publié une transcription d’un entretien dans lequel Filber, nommé par Netanyahu au poste de directeur-général du ministère des Communications, a expliqué à la police que le Premier ministre lui avait personnellement dit que l’homme d’affaires Shaul Elovitch n’était pas satisfait des réformes entreprises dans le secteur des communications et d’internet dans le pays, déclarant à Filber qu’il devait faire quelque chose pour y remédier.

Le compte personnel de Netanyahu, sur Twitter, avait répondu au reportage en qualifiant la Douzième chaîne de « chaîne de propagande », ajoutant que l’affaire relevait « d’une calomnie du sang, basée sur aucun fait ou document mais bien sur les mensonges du témoin de l’accusation [Shlomo] Filber ».

Netanyahu est soupçonné d’avoir conclu un accord de compromis illicite avec Elovitch, qui aurait duré environ quatre ans, jusqu’au début de l’année 2017.

Par le biais de cet accord présumé, Netanyahu aurait obtenu une couverture médiatique favorable sur le site Walla – le deuxième site d’information israélien – assortie d’une couverture critique de ses adversaires, en particulier pendant les périodes électorales de 2013 et de 2015.

Le longue description, par le procureur-général Avichai Mandelblit, des accords de compromis présumés conclus avec Elovitch dans « l’Affaire 4000 », représente la majorité du document de 57 pages qui avait été diffusé au mois de février et dans lequel Mandelblit avait fait part des allégations qui l’avaient amené à annoncer une inculpation pénale du Premier ministre, sous réserve d’une audience.

Le procureur général Avichai Mandelblit assiste à une cérémonie pour le nouveau ministre de la Justice Amir Ohana au ministère de la Justice à Jérusalem, le 23 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’Affaire 1000 porte sur des cadeaux et des avantages illicites dont Netanyahu aurait bénéficié de la part de bienfaiteurs milliardaires. Mandelblit a fait savoir qu’il avait l’intention d’inculper Netanyahu pour fraude et abus de confiance dans le dossier.

Dans l’Affaire 2000, Netanyahu aurait convenu avec Arnon Moses, propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, d’affaiblir un quotidien rival en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth. Dans ce dossier, Mandelblit va aussi chercher à inculper le Premier ministre pour abus de confiance tandis que Moses devra répondre de pots-de-vin. L’audience de pré-inculpation de Moses a eu lieu au début du mois.

Netanyahu, pour sa part, nie tout méfait dans l’ensemble des dossiers.

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