Des hommes d’affaires gazaouis regrettent les restrictions à Kerem Shalom
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'La pauvreté engendre la violence’

Des hommes d’affaires gazaouis regrettent les restrictions à Kerem Shalom

Désapprouvant les attaques contre Israël, des marchands palestiniens fustigent les récentes restrictions au passage après une vague d’engins incendiaires lancés depuis la bande

Illustration : des Palestiniens vendent des vêtements qui ont été livrés via le point de passage de Kerem Shalom, entre Israël et Rafah, le 13 octobre 2010. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90
Illustration : des Palestiniens vendent des vêtements qui ont été livrés via le point de passage de Kerem Shalom, entre Israël et Rafah, le 13 octobre 2010. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90

Des marchands palestiniens et des responsables d’affaires de la bande de Gaza ont exprimé leur frustration mercredi après les nouvelles restrictions imposées par Israël au point de passage de Kerem Shalom, avertissant que les restrictions sur les importations et les exportations pourraient causer des dégâts importants à leurs activités et dégrader encore plus la situation économique d’autres Palestiniens dans l’enclave côtière.

Lundi, Tsahal a annoncé que seule l’aide humanitaire serait autorisée à entrer dans Gaza à travers le point de passage de Kerem Shalom en réponse aux dizaines d’objets aériens incendiaires que des Gazaouis ont lancé contre l’Etat juif, entraînant des dégâts importants pour les terres agricoles israéliennes, et d’autres activités violentes dans la région frontalière entre Israël et l’enclave côtière.

L’armée a également déclaré qu’elle ne permettrait plus aux Gazaouis d’exporter des produits à travers le point de passage.

Karem Shalom est un point de passage commercial entre Israël et Gaza, qui facilite le mouvement d’une grande diversité des biens qui entrent et sortent l’anclave côtière.

« Nous rejetons toute violence et nous n’y avons pas pris part. Alors pourquoi devrions-nous être punis ? a déclaré Taysir al-Ustaz, le président du Syndicat de l’Industrie de l’habillement et des textiles à Gaza, au Times of Israel. « Nous pensons aussi que la pauvreté engendre la violence. Si nous voulons empêcher la violence, nous avons besoin de nous assurer que les gens peuvent travailler et avoir un moyen de subvenir à leurs besoins ».

Au début 2015, Israël a permis aux Gazaouis d’exporter des vêtements et des textiles vers l’Etat juif et la Cisjordanie pour la première fois depuis 2007, quand le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza par un coup d’état violent.

Selon Ustaz, depuis qu’Israël a approuvé les exportations de vêtements et de textiles, l’industrie s’est fortement développée.

« Au cours des dernières années, nous avons exporté pour 10 millions de dollars de produits, embauché 2 000 employés supplémentaires et relancé plusieurs usines, a-t-il déclaré. Nous espérons que la décision d’Israël d’interdire les exportations n’est que temporaire parce que nous ne voulons pays licencier nos employés et fermer nos usines. Nous voulons continuer à travailler avec nos partenaires israéliens et développer nos activités ».

Des manifestants palestiniens brandissent des ballons avant de les équiper de matériel inflammable pour les faire voler vers Israël, à la frontière entre Israël et Gaza, dans la bande centrale de Gaza, le 14 juin 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Muhammed Abu Nahla, le propriétaire de Computer Connect, qui importe et vend des ordinateurs et du matériel informatique, a exprimé un sentiment similaire au sujet des engins incendiaires et de la violence dans la zone de la frontière.

« Nous ne soutenons pas la violence. Nous sommes contre, a-t-il déclaré lors d’un appel téléphonique mercredi. Mais pourquoi prennent-ils des mesures contre nous et non pas contre les gens qui posent problèmes ? »

Abu Nahla a déclaré que son entreprise attendait que des milliers de dollars d’équipements arrivent par le point de passage de Kerem Shalom mardi.

« Notre entreprise devait recevoir des équipements d’informatique et téléphonique pour achever un projet sur lequel nous travaillons pour le gouvernement du Qatar, mais ensuite nous avons appris la nouvelle des nouvelles mesures d’Israël, a-t-il dit. Sans l’équipement pour finir le projet, nous ne serons pas payés pour le travail que nous avons fait sur ce projet pendant l’année passée ».

Israël autorise les Gazaouis à importer des équipements informatiques depuis plusieurs années, mais il a aussi mis en place une surveillance renforcée de l’importation de ce type de produits.

Des camions chargés pénètrent dans la bande de Gaza depuis Israël par le passage de Kerem Shalom le 12 octobre 2014 à Rafah, dans le sud de Gaza. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Selon Abu Nahla, qui est également membre du comité de l’Association d’information palestinienne de Technologie, son entreprise doit faire des demandes auprès des ministères de l’Économie et des Communications pour obtenir la permission d’importer des équipements informatiques.

« Avant de pouvoir obtenir les produits, je dois prouver que je les ai vendus, fournir des détails sur qui les a achetés et comment ils comptent les utiliser, a-t-il déclaré. La procédure prend habituellement plusieurs mois et, contrairement à d’autres marchands, je n’ai pas de stock. C’est pourquoi nous espérons que le point de passage va ouvrir à nouveau pour tous les produits parce que mon activité en dépend ».

Abu Nahla a aussi averti qu’une interdiction à long-terme sur les importations d’objets informatiques pourrait conduire à la création d’un marché noir.

« Quand Israël a interdit les importations à travers le point de passage en 2007, cela a conduit à la création d’une économie souterraine, a-t-il expliqué. Il y a des gens qui trouveront un moyen de faire venir des biens à Gaza illégalement et profiter de notre souffrance ».

Après que le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007, Israël a permis à un nombre limité des produits d’entrer dans la bande de Gaza. Pendant cette période, des trafiquants ont fait venir en contrebande pour des millions de dollars de marchandises dans l’enclave côtière à travers de tunnels reliés à la Péninsule du Sinaï.

Les pompiers éteignent un incendie dans un champ allumé par des des combustibles attachés à des cerfs-volants envoyés depuis la bande de Gaza par des Palestiniens, le 27 juin 2018 (Crédit : Flash90)

Maher Tabaa, un officiel de la Chambre du Commerce de Gaza, a averti que si Israël ne levait pas ses nouvelles restrictions sur les produits importés, certaines marchandises pourraient se périmer.

« Il y a des conteneurs qui s’empilent du côté israélien et qui sont supposés venir à Gaza, a-t-il déclaré mercredi. Certains de ces conteneurs ont des produits, comme des piles, qui perdent de la valeur alors que leur date d’expiration se rapproche ».

Lundi, l’armée a dit que les restrictions à Kerem Shalom continueraient tant que les Palestiniens persisteront à lancer des cerfs-volants et ballons incendiares sur Israël.

« A la lumière de cette situation où le groupe terroriste du Hamas profite des résidents de la bande de Gaza pour lancer des cerfs-volants et ballons incendiaires explosifs sur les communautés dans la périphérie de Gaza… ces mesures sont prises », a déclaré l’armée.

« Si ce phénomène continue, ces mesures continurons et seront encore pires », a ajouté l’armée israélienne.

Tabba a déclaré qu’un marchand inquiet l’avait contacté au sujet de 100 000 dollars en batteries pour des panneaux solaires qu’il devait recevoir mardi.

« Ces mesures sont injustes. Les hommes d’affaires sont ceux qui travaillent à maintenir Gaza », a-t-il dit.

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