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Des législateurs Démocrates juifs reprochent à Netanyahu son refus d’un État palestinien

Ils sont quinze à s'être dits « en fort désaccord » avec le Premier ministre pour son opposition à la souveraineté palestinienne. Pour eux, la solution à deux États « est la voie à suivre »

Illustration : Le président de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants, Adam Schiff, démocrate de Californie, à l'avant gauche, et le président de la commission judiciaire de la Chambre, le représentant Jerrold Nadler, démocrate de New York, et d'autres responsables de la procédure de destitution, se dirigent vars le Sénat, au Capitole, à Washington, le 16 janvier 2020. (Crédit : Matt Rourke/AP)
Illustration : Le président de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants, Adam Schiff, démocrate de Californie, à l'avant gauche, et le président de la commission judiciaire de la Chambre, le représentant Jerrold Nadler, démocrate de New York, et d'autres responsables de la procédure de destitution, se dirigent vars le Sénat, au Capitole, à Washington, le 16 janvier 2020. (Crédit : Matt Rourke/AP)

WASHINGTON (JTA) – Quinze Démocrates juifs, parmi lesquels des figures pro-israéliennes de longue date, ont critiqué le refus du Premier ministre Benjamin Netanyahu de créer un État palestinien indépendant après la guerre entre Israël et le Hamas.

« Nous sommes en profond désaccord avec le Premier ministre », indique le bref communiqué publié vendredi matin par le cabinet du Représentant Jerry Nadler, Représentant de New York et doyen officieux des Démocrates juifs de la Chambre des Représentants. « La solution à deux États est la voie à suivre. »

Cette déclaration – qui fait suite aux appels au cessez-le-feu de législateurs juifs – est le signe de l’impatience grandissante des Démocrates envers Netanyahu et face à une guerre qui s’installe dans le temps. Le Premier ministre, qui dirige une coalition composée d’éléments d’extrême droite, a officiellement douché les espoirs de l’administration Biden de dessiner un après-guerre avec deux États.

Lors d’une conférence de presse donnée jeudi dernier, Netanyahu a tenu des propos inhabituellement clairs pour s’opposer aux initiatives de l’administration Biden.

« Par conséquent, je précise que dans le futur – qu’il y ait ou non accord – l’État d’Israël conservera le contrôle sur la sécurité de toute la zone à l’Ouest du Jourdain », a-t-il déclaré en parlant du territoire qui constitue aujourd’hui Israël, la Cisjordanie et Gaza. « C’est absolument nécessaire ; cela se heurte à la notion de souveraineté mais que peut-on y faire ? »

Il a poursuivi : « Cette vérité, je la dis à nos amis américains. Je me suis également opposé à une réalité que l’on voulait nous imposer mais qui nuirait à la sécurité d’Israël. Un Premier ministre israélien doit être capable de dire non, même à ses meilleurs amis, dire non quand c’est nécessaire et oui quand c’est possible. »

Cette déclaration de Netanyahu est le signe d’un rejet particulièrement fort de toute idée de souveraineté palestinienne – un rejet qu’il exprime depuis des années à propos de l’avenir de la Cisjordanie. En 2018, il proposait un « proto-État » pour les Palestiniens dans lequel Israël conserverait une présence militaire en Cisjordanie. La même idée avait été reprise en 2020 par le plan du président américain de l’époque, Donald Trump, qui prévoyait qu’Israël conserverait le contrôle de la sécurité du futur État palestinien. Les dirigeants palestiniens avaient catégoriquement rejeté cette proposition.

En 2009, Netanyahu avait accepté l’idée d’un État palestinien dans un discours qui avait fait date, avant de faire machine arrière avant les élections qui avaient eu lieu six ans plus tard.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse, à Tel Aviv, le 18 janvier 2024. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

John Kirby, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, n’a pas été surpris par la déclaration de Netanyahu.

« Cela n’est pas une surprise de la part du Premier ministre Netanyahu », a-t-il déclaré aux journalistes jeudi. « Nous voyons évidemment les choses différemment. Nous pensons que les Palestiniens ont tout à fait le droit de vivre dans un État indépendant, en paix et en sécurité. Le président et ses proches continuent de travailler sur cette question. »

Netanyahu et Biden se sont entretenus vendredi, pour la première fois depuis le 23 décembre dernier.

Les propos intransigeants de Netanyahu semblent avoir été à l’origine de cette déclaration laconique et des propos de réprobation tenus par les Démocrates pro-israéliens. Il s’est également attiré les foudres d’un Démocrate juif du Sénat, Brian Schatz, d’Hawaï. « Il ne fait qu’empirer les choses à chaque occasion », a déclaré Schatz à NBC.

Le Représentant Ritchie Torres, Démocrate progressiste de New York qui n’est pas juif mais dont le soutien ouvert à Israël est connu de tous, a déclaré que fermer la porte à toute perspective d’État palestinien n’était pas viable.

« Je ne me fais pas d’illusions, je sais que la solution à deux États ne se produira pas dans un proche avenir, mais de là à dire que cela n’arrivera JAMAIS – que les Juifs ou les Palestiniens n’auront jamais le droit à l’autodétermination – c’est moralement répréhensible », a-t-il déclaré vendredi sur X, anciennement Twitter, sans nommer directement Netanyahu.

La liste des 15 démocrates juifs qui ont publié la déclaration de vendredi est importante car elle comprend pas moins de sept législateurs adoubés par le comité d’action politique affilié à l’American Israel Public Affairs Committee. L’AIPAC invite à ne pas exprimer de désaccords ouverts avec les gouvernements israéliens sur les questions de sécurité.

Il s’agit de Jake Auchincloss, du Massachusetts, de Suzanne Bonamici de l’Oregon, de Dan Goldman de New York, d’Elissa Slotkin du Michigan et de Mike Levin, Adam Schiff et Brad Sherman, tous les trois de Californie. (L’AIPAC a soutenu Schiff et Slotkin en 2022 ; ils se présentent au Sénat cette année, et l’AIPAC attend de voir qui émergera des primaires avant d’accorder son soutien.)

Le député démocrate de Californie, Brad Sherman, s’entretenant avec des journalistes dans un couloir au sous-sol du Capitole, à Washington, le 4 janvier 2019. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

Longtemps l’un des plus farouches défenseurs d’Israël au Congrès, Sherman a eu une action exceptionnelle : il a en effet contribué à créer le défunt Projet Israël, qui avait été lancé début 2000 pour lutter contre les représentations négatives du pays dans les médias. Lors d’une primaire très disputée entre deux candidats juifs sortants, en 2012, il avait accusé son rival, Howard Berman, de faiblesse vis-à-vis de l’Iran, et il avait fait partie de la minorité de Démocrates qui, en 2015, s’était opposée à l’accord sur le nucléaire iranien.

Sherman est aujourd’hui l’une des voix les plus critiques de Netanyahu. Sur X, il s’en est pris au Premier ministre.

« Le Premier ministre #Netanyahu a mené #Israël à l’échec en ôtant une partie des troupes de Tsahal près de Gaza dans les mois qui ont précédé le 7 octobre », a écrit Sherman, reprenant un argument avancé par les critiques israéliens de Netanyahu.

« Puis il a ignoré les avertissements, le 6 octobre. Et aujourd’hui, ça », a-t-il ajouté, renvoyant vers un article du Guardian consacré aux déclarations de Netanyahu.

Selon plusieurs sources, les instances dirigeantes de la sécurité israélienne ont ignoré les multiples renseignements que leur avaient fait remonter leurs subalternes quelques jours avant le 7 octobre, qui montraient que les terroristes du Hamas se préparaient au massacre qu’ils ont perpétré ce jour-là, prélude à la guerre actuelle.

Slotkin, qui est une ancienne de la CIA, a également été très franche dans une de ses publications.

« C’est absolument faux », a-t-elle écrit. « La solution à deux États est la position officielle des États-Unis depuis des dizaines d’années, et ce pour une bonne raison : parce que, même si cela semble très éloigné en ce moment, c’est le seul moyen de garantir la dignité des Israéliens et des Palestiniens, et la stabilité durable au Moyen-Orient. »

Elissa Slotkin, membre de la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des Représentants, Démocrate du Michigan, pose une question lors d’une audience de la commission de la sécurité intérieure de la Chambre sur les « menaces mondiales pour la patrie », au Capitole à Washington, le 15 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Mariam Zuhaib)

Sherman et Slotkin n’ont pas souhaité s’exprimer, pas plus que les porte-parole d’un certain nombre d’autres législateurs, Nadler y compris.

Il y a 24 Démocrates juifs à la Chambre. Parmi les neuf qui n’ont pas signé la déclaration, il y a certains des défenseurs les plus virulents d’Israël, comme Brad Schneider de l’Illinois, Jared Moskowitz et Debbie Wasserman Schultz de Floride ou Josh Gottheimer du New Jersey.

« Je suis d’accord avec le Secrétaire d’État [Antony] Blinken pour dire qu’une paix future entre Israël et les Palestiniens, et un avenir meilleur pour tous les peuples de la région, passent par l’existence d’un État d’Israël juif démocratique sûr et la perspective, pour les Palestiniens, d’un État pacifique et viable », a déclaré Schneider dans un document remis à la Jewish Telegraphic Agency.

Le porte-parole de Moskowitz a laissé entendre qu’une déclaration pourrait être faite plus tard. Les porte-parole de Wasserman, Schultz et Gottheimer n’ont pas souhaité s’exprimer.

Quatre des signataires ont déjà clairement exprimé leur mécontentement vis-à-vis de la manière de mener la guerre, et ils ont ajouté leur voix aux appels à un cessez-le-feu, à l’instar de Becca Balint du Vermont, Jamie Raskin du Maryland, Jan Schakowsky de l’Illinois ou Dean Phillips du Minnesota, par ailleurs candidat aux présidentielles.

Les trois autres signataires sont Steve Cohen du Tennessee, Seth Magaziner du Rhode Island et Kim Schrier de Washington.

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