Des militants du sud de Tel Aviv en colère contre la volte-face du gouvernement
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Des militants du sud de Tel Aviv en colère contre la volte-face du gouvernement

Un groupe de résidents reproche à Netanyahu de les avoir exclus d'une réunion qu'il a tenue avec des habitants locaux qui soutiennent l'expulsion

Des demandeurs d'asile africains et des militants israéliens protestent devant le ministère de la Défense à Tel Aviv, contre leur expulsion, le 3 avril 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Des demandeurs d'asile africains et des militants israéliens protestent devant le ministère de la Défense à Tel Aviv, contre leur expulsion, le 3 avril 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Les résidents du sud de Tel Aviv qui s’opposent à l’expulsion des demandeurs d’asile africains ont tenu mardi une conférence de presse au cours de laquelle ils ont critiqué la volte-face du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur un accord de réinstallation avec l’ONU.

Ils ont également accusé le gouvernement d’utiliser les migrants – dont beaucoup résident dans le sud de la ville – comme boucs émissaires pour les problèmes profonds des quartiers.

Aux côtés des migrants d’Erythrée et du Soudan, l’activiste israélienne Shula Keshet a accusé le gouvernement d’utiliser les difficultés des résidents pour justifier les expulsions.

« Nos quartiers ont été négligés pendant des décennies, a-t-elle dit. « Benjamin Netanyahu et d’autres ministres viennent cyniquement ici et disent s’inquiéter pour nous et nos problèmes – ils ont eux-mêmes créé les problèmes ici. »

Elle a dit que les ministres ne comprenaient vraiment pas la situation dans le sud de Tel Aviv. « Il y a une compétition là-bas… qui trouvera grâce auprès de ceux qui crient ‘Expulsion, expulsion, expulsion, expulsion’. C’est une obsession ».

Mme Keshet a déclaré que les quartiers du sud nécessitaient l’attention du gouvernement en raison de leur pauvreté, de la criminalité, de la prostitution et du problème endémique de la drogue, et non de leurs migrants.

Shula Keshet, résidente du sud de Tel Aviv, parle lors d’une conférence de presse le 3 avril 2018 avec d’autres militants contre l’annulation par le gouvernement d’un accord avec le HCR qui aurait permis la réinstallation de 16 000 demandeurs d’asile africains dans les pays occidentaux. (Capture d’écran/Ynet)

Elle a ajouté que la réunion de Netanyahu avec les résidents du sud de Tel Aviv mardi matin, après laquelle il a annoncé qu’il annulait l’accord, n’avait pas inclus les opposants aux expulsions.

« Nous avons été exclus d’une réunion que le Premier ministre a eue avec des marchands ambulants, des gens qui ont des intérêts politiques, qui n’ont rien à voir avec ce que nous voulons », a-t-elle dit.

L’activiste Sapir Slotzker-Amran a déclaré que Netanyahu « récompensait les racistes qui ne se soucient pas du sud de Tel Aviv ».

Elle a souligné que le sud de Tel Aviv avait besoin d’un vaste plan de réhabilitation, et non d’un plan axé sur les demandeurs d’asile. « Nous avons présenté des solutions. Le gouvernement sait très bien ce qu’il faut faire et choisit de ne pas le faire ».

Bisrat Agbaria, 33 ans, une demandeuse d’asile érythréenne, a également pris la parole lors de la conférence de presse.

Agbaria a appelé le gouvernement israélien à cesser d’exploiter les demandeurs d’asile. « Nous sommes des êtres humains… Ne nous faites pas participer à un jeu… N’utilisez pas notre nom pour atteindre vos objectifs ».

« Je veux dire à tous les Juifs et Israéliens et à tous les Israéliens du sud de Tel Aviv : merci pour tout… Cette interruption ne va pas nous briser le moral… ensemble nous ferons du sud de Tel Aviv un endroit très paisible pour tout le monde », a-t-elle ajouté.

Plus tôt mardi, les députés de l’opposition ont fustigé Netanyahu pour son annulation d’un accord de réinstallation pour les migrants africains qui avait été signé avec l’agence des Nations Unies pour les réfugiés un jour plus tôt, le qualifiant de « lâche » qui n’était pas capable de gouverner.

Bisrat Agbaria, demandeuse d’asile d’Érythrée, s’exprime lors d’une conférence de presse le 3 avril 2018 avec d’autres militants contre l’annulation par le gouvernement d’un accord avec le HCR qui aurait permis la réinstallation de 16 000 demandeurs d’asile africains dans les pays occidentaux. (Capture d’écran/Ynet)

Dans une volte-face spectaculaire lundi soir, Netanyahu a annoncé qu’il annulait un nouvel accord avec l’agence des Nations Unies pour les réfugiés qui aurait permis à des milliers de migrants africains de se réinstaller dans les pays occidentaux et à des milliers d’autres de se voir accorder un permis de séjour temporaire en Israël. Netanyahu avait gelé l’accord le lundi soir, quelques heures seulement après l’annonce du plan.

« Chaque année, je prends des milliers de décisions pour le bien de l’État d’Israël et des citoyens israéliens. Parfois, une décision est prise qui doit être reconsidérée », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec des activistes anti-migrants du sud de Tel Aviv.

Les députés de l’opposition ont fustigé le Premier ministre pour cette annulation, le qualifiant de « lâche » inapte à gouverner.

Le chef du parti travailliste Avi Gabbay a posté sur Facebook que Netanyahu avait fait preuve d’un manque de leadership, de lâcheté, d’avoir fui ses responsabilités, d’incitation contre les communautés, de slogans vides, d’une incapacité à prendre des décisions et d’incompétence.

Entre-temps, des dirigeants de droite tels que le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, du parti HaBayit HaYehudi, ont salué la décision du Premier ministre.

« Je félicite le Premier ministre pour la sage décision d’annuler l’accord d’absorption des infiltrés », a-t-il ajouté. « Maintenant, nous devons agir pour nous débarrasser des infiltrés illégaux. »

Lundi après-midi, lors d’une conférence de presse aux côtés du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, Netanyahu avait fait l’éloge du plan, affirmant qu’il verrait quelque 16 250 migrants africains en Israël réinstallés dans les pays occidentaux « développés », tandis qu’un nombre similaire se verrait accorder un permis de séjour temporaire.

« Cet accord permettra le départ d’Israël de 16 250 migrants vers des pays développés comme le Canada, l’Allemagne ou l’Italie », a déclaré Netanyahu, sans plus de détails. D’autres rapports indiquaient que les États-Unis et la Suède prendraient une partie du quota.

Le discours télévisé de Netanyahu faisait suite à l’annonce par le gouvernement qu’il avait abandonné un plan controversé d’expulsion des migrants et l’avait remplacé par un nouveau plan, négocié discrètement avec l’ONU, qui verrait des milliers de personnes envoyées dans les pays occidentaux.

Des migrants africains se rassemblent lors d’une manifestation devant la Cour suprême de Jérusalem le 26 janvier 2017 (Yonatan Sindel/Flash90).

Dans le cadre de l’accord annulé, que Netanyahu avait qualifié lundi dernier de « meilleur possible », les demandeurs d’asile restés en Israël devaient être répartis dans des régions du pays à l’extérieur du sud de Tel Aviv, où ils sont actuellement concentrés. Netanyahu s’était engagé à donner la priorité à la réhabilitation des quartiers du sud de Tel Aviv, parallèlement à la mise en œuvre de l’accord international.

M. Netanyahu a déclaré qu’un plan antérieur visant à expulser les migrants vers le Rwanda n’était plus réalisable. Il a souligné que « les contraintes juridiques ainsi que les difficultés politiques de la part du Rwanda » ont conduit à l’annulation des politiques d’expulsion précédentes.

La politique antérieure d’Israël, qui offrait à chaque migrant 3 500 dollars et un billet d’avion, avait été condamnée par les militants israéliens et l’ONU comme étant chaotique, mal exécutée et dangereuse. Les demandeurs d’asile précédemment expulsés vers l’Ouganda et le Rwanda ont déclaré au Times of Israel qu’ils étaient confrontés à un grave danger et même à l’emprisonnement après leur arrivée en Afrique sans documents en bonne et due forme.

La Cour suprême a ordonné le gel des expulsions à la mi-mars en réponse à une pétition.

Dans sa déclaration annonçant l’accord, le Cabinet du Premier ministre avait déclaré que la plupart des migrants qui seraient restés en vertu de l’accord auraient pu rester en Israël, de toute façon, même sans lui.

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