« Donnez tout à Sara, Netanyahu se tue pour moi », aurait dit Elovitch à Yeshua
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« Donnez tout à Sara, Netanyahu se tue pour moi », aurait dit Elovitch à Yeshua

L'ex-dirigeant du site Walla s'est souvenu qu'Elovitch lui avait dit que le Premier ministre "se surpassait" pour aider son entreprise et qu'il fallait lui "rendre" ses efforts

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ancien directeur-général du site Walla a continué, mardi, à apporter un témoignage déterminant dans le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu, déclarant qu’il lui avait été demandé de céder aux exigences de l’épouse du chef de gouvernement, Sara, parce que Shaul Elovitch, propriétaire du site d’information, avait bénéficié d’avantages en termes de régulation.

A la Cour de district de Jérusalem, le parquet a présenté un message écrit par le propriétaire de Walla, Shaul Elovitch, à l’ancien directeur-général du site d’information, Ilan Yeshua, révélant l’ampleur de l’influence exercée sur le processus éditorial par le Premier ministre.

« Donnez tout à madame, il est en train de se tuer pour moi », disait le message.

Yeshua a déclaré devant les juges que « madame » était une référence à Sara Netanyahu et que le « il » désignait le Premier ministre.

L’ancien directeur-général de Walla, Ilan Yeshua, devant la cour de district de Jérusalem pendant le procès pour corruption de Benjamin Netanyahu, le 13 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il aidait Shaul [Elovitch] en lui accordant des choses importantes en termes d’avantages » régulatoires, a expliqué Yeshua.

Dans ce dossier, Netanyahu est accusé d’avoir utilisé son pouvoir, alors qu’il était Premier ministre et ministre des Communications, pour illicitement avantager le magnat des télécommunications Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq, en échange d’une couverture médiatique positive du Premier ministre et de sa famille sur le site Walla, propriété d’Elovitch. Les faits auraient eu lieu entre 2014 et 2017.

Dans un autre échange avec Elovitch, Yeshua a expliqué que son épouse avait remarqué, sur le site, un article consacré à Sara Netanyahu.

« Mon épouse m’a dit : ‘Je vois que tu as bien travaillé, aujourd’hui. J’ai vu un bel article sur Sara’. Je viens au bureau aujourd’hui pour ça. En fin de compte, nous sommes un média très amical », avait écrit Yeshua à Elovitch.

A une autre occasion, Elovitch avait transmis un message à Yeshua écrit par un proche de Netanyahu, Zeev Rubinstein, qui avait déclaré que Sara n’était pas satisfaite du site.

« Elle est en colère, elle bougonne, il faut faire quelque chose. Shaul [Elovitch], tous les articles et toutes les informations doivent passer par Ilan [Yeshua]. Vous devez attendre, par ailleurs, quand il s’avère qu’il y a des contenus négatifs concernant son mari. Et faites vraiment très attention à ce que je vous demande maintenant, c’est très important », avait écrit Rubinstein à Elovitch.

Yeshua a précisé que le fils du couple Netanyahu, Yair, avait aussi tenu un rôle en montrant à sa mère les articles susceptibles de la mettre en colère.

L’épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Sara Netanyahu, avec leur fils Yair lors d’un événement de Hanoukka, le 13 décembre 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Iris et Shaul [Elovitch] me disaient en permanence, dans des messages, que Yair, le fils, quand il se réveillait le matin, contrôlait tout et qu’il mettait en colère Sara en lui disant ce qui n’allait pas », a noté Yeshua. « La réalité, c’est que dans la relation que nous entretenions avec le couple Netanyahu, nous appartenions à ce dernier et nous devions faire absolument tout ce qu’il nous disait. »

Dans un autre échange présenté aux magistrats, Elovitch avait dit à Yeshua que Netanyahu faisait tout ce qui était en son pouvoir pour aider la compagnie.

« Le patron me surprend positivement dans ce qui est le plus important », avait déclaré Elovitch. « Nous devons trouver un moyen de lui rendre tout ça. Ce qui m’ennuie, c’est qu’il se surpasse pour nous aider, et nous ne pouvons pas l’aider en retour à cause d’une bande de nazes ».

Yeshua avait dit au préalable à la cour que le « patron » était Netanyahu.

Yeshua avait répondu que « je comprends bien et je m’y tiens. Finalement, il y a toujours des choses à améliorer ».

« En fin de compte, ça va saigner », avait ajouté Yeshua. « Mais nous devons construire un dispositif complètement différent, sans Dubik [le journaliste Dov Gil-Har] et sans [l’ancien rédacteur de Walla] Avi [Alkalay].”

Yeshua a noté devant les juges que cet échange avait eu lieu dans le cadre d’une discussion pendant laquelle les responsables du site d’information, très en colère, avaient déploré le fait que les journalistes ne s’étaient pas conformés à leurs demandes. Il a précisé qu’en évoquant « ce qui est le plus important », il avait voulu parler des avantages de régulation octroyés à Elovitch dans le cadre de Bezeq, et que ce dernier avait estimé que Netanyahu « devait être récompensé par une couverture partiale ».

Les procureurs ont aussi diffusé des enregistrements dans lesquels Elovitch semble faire référence à des conversations directes avec Netanyahu.

« Simplement pour que vous compreniez bien, il parle avec moi », dit ainsi Elovitch sur la bande, faisant apparemment référence au Premier ministre.

« Ce ne sont pas des demandes anormales qui me sont soumises, elles sont complètement normales », continue Elovitch.

Yeshua répond alors : « Écoutez, vous lui avez donné les élections. Ce n’est pas une plaisanterie ».

Après la diffusion de l’enregistrement, Yeshua a expliqué que des changements étaient souvent faits sur le site.

« La norme, auparavant, était que nous ne modifions pas le site, en fait. Après, quand on voulait publier quelque chose, il fallait faire des améliorations. Dans le titre, dans le sous-titre, dans l’image utilisée, concernant l’autorisation donnée aux lecteurs de faire des commentaires », a continué Yeshua. « Je savais que je pouvais mettre en ligne et qu’il y aurait toujours des changements, des améliorations. C’était la nouvelle norme ».

Lundi, Yeshua avait fourni des informations supplémentaires concernant l’implication présumée du Premier ministre dans le processus éditorial aux environs de 2015.

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