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Volodymyr Zelensky demande à Israël de lutter contre la « solution finale » russe

S'adressant aux législateurs israéliens via Zoom, le président ukrainien a déclaré que l'État juif devra "vivre avec" sa décision de ne pas imposer de lourdes sanctions à Moscou

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé aux députés israéliens via Zoom dimanche en fin d’après-midi. Son discours a également été retransmis sur des écrans géants sur la place Habima à Tel Aviv

Les députés se sont connectés par le biais d’une connexion ultra-sécurisée et les députés de la Liste arabe unie Omer Cassif et Sami Abou Shahadeh avaient annoncé en amont qu’ils boycotteraient l’allocution.

Selon la Douzième chaîne, 119 parlementaires et ministres qui ne sont pas membres de la Knesset étaient présents à Zoom pendant le discours de Zelensky.

Les députés israéliens connectés sur Zoom pour l’allocution du président israélien Volodymyr Zelensky à l’adresse de la Knesset, le 20 mars 2022. (Capture d’écran YouTube)

Avant le discours, qui a été également retransmis sur les principales chaînes de télévision israéliennes, le président de la Knesset, Mickey Levy, a remercié Zelensky d’avoir pris le temps de s’adresser aux législateurs israéliens « en ces jours difficiles ».

« En ma qualité de président du corps législatif de l’État d’Israël, je voudrais exprimer ma sympathie pour la douleur du peuple ukrainien… et envoyer d’ici, Jérusalem notre capitale, des condoléances aux familles des victimes et aux Ukrainiens blessés dans la guerre. »

Levy a qualifié l’invasion russe de « violation flagrante de l’ordre international et tout doit être fait pour parvenir rapidement à un cessez-le-feu et à la fin de la guerre. »

Il a également exprimé l’espoir que les efforts de médiation du Premier ministre Naftali Bennett « et d’autres personnalités internationales porteront leurs fruits » et mettront fin aux combats, avant de donner la parole à Zelensky.

En commençant son discours devant les membres de la Knesset, Zelensky a noté que le 24 février – date de l’invasion de l’Ukraine par la Russie – est aussi la date de la fondation du parti nazi en Allemagne en 1920.

Dans ce discours également retransmis sur grand écran dans une grande place de la métropole israélienne Tel-Aviv, le président ukrainien a estimé que l’invasion russe de l’Ukraine était une tragédie pour « les Juifs et le monde entier ».

« Cent deux ans après les nazis, l’ordre a été donné de commencer l’invasion russe de l’Ukraine, qui a déjà tué des milliers de personnes et laissé des millions de personnes sans domicile », a-t-il dit, dans une allocution en ukrainien traduite en hébreu aux députés israéliens.

« Notre peuple est maintenant en train d’errer dans le monde, à la recherche d’une place, tout comme vous avez erré autrefois », a ajouté Zelensky. « C’est une guerre totale et injustifiée qui vise à détruire notre nation, nos villes, notre culture, nos enfants. »

« Le Kremlin utilise la terminologie nazie, les nazis parlaient de ‘solution finale’ pour la question juive, vous ne l’oublierez jamais et maintenant Moscou parle de ‘solution finale’ pour l’Ukraine », a-t-il martelé.

Zelensky a rappelé l’attaque de missiles russes qui a frappé près du mémorial de la Shoah de Babi Yar dans la capitale ukrainienne, Kiev, et a lancé un appel à l’aide aux législateurs israéliens.

« Je suis sûr que vous ressentez notre douleur, mais pouvez-vous expliquer pourquoi nous demandons encore de l’aide ? » a-t-il dit.

Il a demandé pourquoi Israël n’a pas fourni d’armes à l’Ukraine ni imposé de sanctions à la Russie.

« Vous devez apporter des réponses à ces questions et vivre avec. L’Ukraine a décidé il y a 80 ans et a sauvé des Juifs. Le peuple d’Israël, vous avez aussi le choix », dit-il.

« L’Ukraine a fait son choix il y a 80 ans et nous avons des Justes qui ont caché des juifs, il est temps pour Israël de faire son choix (…) l’indifférence tue », a déclaré Zelensky, invoquant sur ses propres racines juives.

« Il est possible de faire la médiation entre les pays, mais pas entre le bien et le mal », a-t-il ajouté, alors que l’Etat hébreu a adopté une position prudente après l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février, faisant valoir des liens privilégiés avec les deux pays.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett a tenté de lancer une médiation entre l’Ukraine et la Russie, se rendant à Moscou pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine, peu après le début de l’invasion, et multipliant les entretiens téléphoniques avec M. Zelensky.

« Nous nous demandons pourquoi l’Etat Israël ne nous donne pas d’armes et pourquoi il n’impose pas de sanctions à la Russie », s’est demandé M. Zelensky.

Selon les médias israéliens, M. Bennett a rejeté à plusieurs reprises les demandes d’assistance militaire de Kiev.

Dans sa quête d’équilibre entre l’Occident et la Russie, l’Etat hébreu n’a pas rejoint le train des sanctions occidentales à l’encontre de la Russie et d’oligarques jugés proches du président Poutine. Certains d’entre eux ont aussi la nationalité israélienne, à l’instar de Roman Abramovitch, propriétaire du club anglais de football de Chelsea.

Israël s’est engagé lundi à ne pas permettre à Moscou et aux oligarques visés de « contourner » les sanctions.

L’AFP a contribué à cet article.

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