En Jordanie, un savon au lait d’ânesse fait fureur
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En Jordanie, un savon au lait d’ânesse fait fureur

L'entreprise familiale a connu des débuts difficiles en 2020, mais après une distribution gratuite, les commandes affluent désormais pour atteindre 4 500 savons par mois

Un ouvrier trait une ânesse dans une ferme gérée par "Atan Donkey Milk Soaps" à Madaba, à environ 35 kilomètres au sud-ouest de la capitale jordanienne Amman, le 12 août 2021. (Crédit :  Khalil MAZRAAWI / AFP)
Un ouvrier trait une ânesse dans une ferme gérée par "Atan Donkey Milk Soaps" à Madaba, à environ 35 kilomètres au sud-ouest de la capitale jordanienne Amman, le 12 août 2021. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

« Du lait d’ânesse sur mon corps, quelle folie ! » Au lancement du savon au lait d’ânesse en Jordanie, le produit a souvent été tourné en dérision. Mais un an plus tard, l’entreprise familiale de Salma al-Zohbi croule sous les commandes.

Les ingrédients de ce succès : une petite ferme, 12 ânesses et leur lait.

Mais les débuts en 2020 ont été difficiles, raconte Imad Atiyat, le fils de Mme Zohbi et l’un des partenaires de l’entreprise Atan (ânesse en arabe) Donkey Milk Soaps.

Les producteurs ont alors eu l’idée de distribuer ce savon gratuitement pendant un certain temps. Et ça a bien marché.

Les commandes ont commencé à affluer pour atteindre aujourd’hui 4 500 savons par mois. « Nous recevons des éloges comme ‘que Dieu bénisse vos efforts’ ou ‘continuez comme ça' », se félicite M. Atiyat, 32 ans.

Il trait trois fois par jour ses ânesses avec des trayeuses électriques. Chaque animal produit quotidiennement deux litres de lait. Une moitié est destinée à nourrir les ânons et l’autre à la production de savon.

Le lait est congelé puis transféré à l’atelier à Amman. Un litre de lait permet de fabriquer 30 savons.

C’est le seul endroit en Jordanie et au Moyen-Orient où le savon est produit à partir de lait d’ânesse, déjà connu en Turquie et en Europe.

« J’adore » 

« L’idée a germé quand j’ai appris l’importance et l’utilité du lait d’ânesse qui ressemble au lait de la femme », raconte Mme Zohbi, vêtue d’une tenue de protection et portant des gants et un masque, en mélangeant les ingrédients dans un grand bol en métal.

(De droite à gauche) Emad Attiyat, cofondateur de « Atan Donkey Milk Soaps », aux côtés de sa mère et de sa partenaire commerciale Salma al-Zubi, mélange des ingrédients naturels avec du lait d’ânesse pendant la production de savon dans le laboratoire de l’entreprise à Amman, en Jordanie, le 12 août 2021. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

D’après elle, « des recherches sont en cours pour confirmer que le lait d’ânesse aide à la régénération des cellules de la peau, à la diminution des signes de vieillissement mais aussi à soigner des maladies de la peau comme l’eczéma ».

Vantant ses bienfaits, la sexagénaire affirme qu’il permet aussi d’hydrater la peau, d’estomper les taches et de diminuer l’acné.

Cliente fidèle, Isra al-Turk, une avocate de 48 ans, est ravie. « En tant que militante écologique, j’adore ce genre de produits naturels. »

« Depuis que j’utilise le savon, je suis plus confiante et je sors de chez moi sans maquillage », dit cette femme qui porte le voile.

La diététicienne Susanna Haddad, du centre de beauté « Reviva » à Amman, partage sa satisfaction. Ce lait est plus riche en substances hydratantes et protège la peau contre les rayons UV, ajoute-t-elle.

100 % naturel et jordanien 

Emad Attiyat, cofondateur de « Atan Donkey Milk Soaps », verse dans un moule un mélange d’ingrédients naturels avec du lait d’ânesse lors de la production de savon au laboratoire de l’entreprise à Amman, capitale de la Jordanie, le 12 août 2021. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

Debout près de l’étable construite avec des matériaux recyclés, M. Atiyat évoque fièrement son produit composé aussi d’huile d’olives, d’amandes, de noix de coco et de beurre de karité. « Tous les ingrédients sont naturels et 100 % jordaniens ».

Les savons, vendus sur le compte Facebook de l’entreprise, ne sont pas très bon marché. Un bloc de 85 grammes coûte huit dinars (9,50 euros) et celui de 125 grammes 10 dinars (près de 12 euros).

A titre de comparaison, en Europe, un litre de lait d’ânesse peut être vendu 60 euros et les fromages les plus chers sont produits avec ce lait.

Selon Mme Zohbi, le projet a en outre permis la création d’emplois pour plusieurs membres de sa famille. « Comme pour mon fils Imad qui a été confronté au chômage pendant de longues années » dans un pays où il touche 50% des jeunes.

Devant le « succès » de son savon, M. Atiyat veut lancer de nouveaux produits. « Crèmes pour le visage et crèmes pour les mains » sont les prochains défis.

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