En plongée avec les Croisés de Galilée dans un jeu de rôle grandeur nature
Rechercher
Reportage'Mon téléphone affichait 28 % et le pantalon pour la reconstitution grattait davantage que des moufles en fibre de verre'

En plongée avec les Croisés de Galilée dans un jeu de rôle grandeur nature

Un reporter du Times of Israel a rejoint un groupe de reconstitution historique pour (une partie de) sa marche annuelle dans le Nord afin de simuler la bataille de Hattin

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, dans le Nord d'Israël, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, dans le Nord d'Israël, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Caché par l’obscurité, je suis sorti furtivement du campement de Croisés à côté de la source de Saffuriya et me suis enfoncé dans la nuit de Galilée. Le roi Guy de Lusignan et ses hommes avaient conclu leur congrès, au cours duquel ils s’étaient résolus à marcher vers Tibériade pour y affronter l’armée de Saladin. Écoutant leur plan pour affronter la chaleur brûlante enveloppé dans une armure de métal et des vêtements de laine lourde, j’ai réexaminé ma participation dans ce qui serait à coup sûr une mission ratée.

En outre, mon portable affichait 28 % et le pantalon de reconstitution du 12e siècle me grattait davantage que des moufles en fibre de verre.

Haïfa la contemporaine n’était qu’une étape d’auto-stop plus loin et je pouvais y arriver à temps si je me dépêchais.

Revenons en arrière de quelques heures.

Plus tôt, jeudi, j’étais arrivé au siège du Royaume de Jérusalem – la maison de Nizhnik Genadiy, un guide touristique et étudiant en archéologie qui organise tous les ans une reconstitution de la bataille historique de Hattin.

La porte de l’appartement, ouverte, laissait apercevoir un Ukrainien torse-nu, au ventre tel une barrique, à la barbe grisonnante, avec des yeux brillants et une énorme cicatrice à l’estomac – sans doute les stigmates d’une grande blessure de bataille.

Nizhnik, qui jouerait le rôle du Roi Guy, a pris une pose majestueuse malgré le collant cuirassé bleu serré par une ceinture en cuir qu’il portaient. Il m’a ordonné de passer une Djalaba (vêtement traditionnel arabe) et un foulard arabe et de me frayer un chemin vers le bus à l’extérieur.

Depuis quelques années, Nizhnik et un petit groupe d’adeptes revêtent leur costume médiéval, enfilent une armure et passent plusieurs jours en juillet à retracer les étapes de l’armée des Croisés, s’affrontant dans des batailles simulées sur le terrain, à l’ouest de la mer de Galilée. Cela fait partie d’un jeu de rôle en temps réel – une sorte d’hommage et une leçon d’histoire.

Participants de la reconstitution annuelle de la bataille de Hattin, en 1187, dans le Nord d'Israël (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Participants de la reconstitution annuelle de la bataille de Hattin, en 1187, dans le Nord d’Israël (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

La bataille menée 589 ans jour pour jour avant que les États-Unis ne proclament leur indépendance, a opposé l’armée des Croisés du royaume de Jérusalem contre celle du sultan Saladin, le chef musulman de la dynastie ayyubide. Les troupes chrétiennes ravagées par la soif ont été tourmentées par les hommes de Saladin alors qu’elles se dirigeaient vers Tibériade où elles pourraient se mettre à l’abri. L’armée de Lusignan a établi un camp à Hattin au lieu de continuer vers le lac. L’armée musulmane les a encerclés, mettant les champs en feu, et « la catastrophe a frappé la chrétienté à un endroit appelé les Cornes de Hattin », selon les écrits du chroniqueur Guillaume de Tyr après la bataille fatidique.

À peine trois mois plus tard, Saladin a pris Jérusalem et l’interlude de près de 100 ans des Croisés en Terre Sainte était tout sauf finie.

Participants de la reconstitution annuelle de la bataille de Hattin, en 1187, dans le Nord d'Israël (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Participants de la reconstitution annuelle de la bataille de Hattin, en 1187, dans le Nord d’Israël (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Une équipe hétéroclite d’Israéliens, en provenance majoritairement de l’ex Union soviétique, qui comprenait l’hôte du roi Guy et le gros de la troupe a pris part à cette randonnée de trois jours, cette année en Galilée. Six Russes et deux Allemands ont également pris l’avion pour participer à cet événement, portant le total des participants à un peu plus de 30 hommes et femmes.

« Il y en avait 18 l’année dernière [de Russie] et seulement six cette année », a remarqué Nizhnik alors que notre convoi partait de Jérusalem, citant l’inflation galopante en Russie comme cause de cette baisse d’effectifs. Si le français était la langue commune du royaume des Croisés, le russe prédominait parmi les participants à la reconstitution historique, la plupart des phrases étant ponctuées par le juron blyat, universellement applicable. Seuls trois Israéliens n’étaient pas russophones.

Cette année, la mission du Royaume de Jérusalem comprenait également de mener une bataille contre un plan du gouvernement visant à construire une nouvelle ville druze au sommet du site de la bataille historique. Le plan menace d’enterrer le champ de bataille, et avec lui une partie importante de l’histoire, a rapporté Nizhnik. En janvier, lui et ses chevaliers ont protesté contre le projet devant la résidence du Premier ministre, revêtus de leur armure complète.

La zone près de Kfar Hittim en Galilée où le gouvernement a prévu de construire une nouvelle ville juste à côté du site historique (Crédit : Jack Guez/AFP)
La zone près de Kfar Hittim en Galilée où le gouvernement a prévu de construire une nouvelle ville juste à côté du site historique (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le compartiment à bagages de l’autobus s’est rempli à ras bord de fûts en bois, lances, épées, arcs, flèches, tentes en tissu, matériel de cuisson en fonte et d’armures.

Bientôt, nous avons pris la route. Une tête en papier mâché striée de faux sang occupait un siège dans la rangée en face de moi.

“C’est la tête d’un Arabe”, m’a expliqué Nizhnik.

Ce n’était que le début de l’après-midi mais des bouteilles de bière ont commencé à s’entrechoquer à l’arrière de l’autobus pendant que nous nous dirigions vers la côte.

Une tête en papier-mâché et une casquette de feutre jaune, quelques accessoires pour la reconstitution historique de la bataille de Hattin de 1187 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Une tête en papier-mâché et une casquette de feutre jaune, quelques accessoires pour la reconstitution historique de la bataille de Hattin de 1187 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

Portant une robe arabe me couvrant jusqu’aux chevilles, des sandales en cuir et un keffieh blanc autour de mon cou, je me suis approché du point de contrôle de sécurité d’un centre commercial bordant la route, à l’extérieur de Haïfa. Les personnes présentes sont restées bouche bée à la vue de l’entrée d’un groupe de participants à une reconstitution historique, habillés avec neuf siècles de retard. Le garde, intrigué par ma tenue, m’a demandé si j’avais des armes. J’ai répondu que je n’en avais pas.

« Ah, eh bien, votre ami en a », a-t-il rétorqué, désignant un chevalier se dirigeant à grandes enjambées vers la zone réservée à la restauration. L’autre garde a soulevé un petit couteau de fabrication artisanale avec un manche en bois et une liasse de cuir protégeant la pointe.

“C’est tout ?”, ai-je demandé. “Vous devriez voir l’épée qu’il a dans le bus ».

Quelques dames de compagnies se dirigeaient vers le bar à jus de fruits pendant qu’un groupe de Sarrasins se tenait près du bus, tirant sur leurs cigarettes.

Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, habillés de vêtements médiévaux, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, habillés de vêtements médiévaux, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

Juste à l’extérieur de Nazareth, le bus s’est immobilisé et les troupes ont commencé à s’installer pour la nuit tandis que le soleil était toujours dehors.

Sa cigarette se promenant allègrement sous sa moustache aux poils raides et un chapeau rouge ressemblant à un sex-toy sur sa tête, Pavel Khromov a aboyé quelques ordres en russe et mis un peu d’ordre dans le camp.

Quand il ne participe pas à la reconstitution, il travaille comme programmeur dans une grande banque.

Tous les objets modernes ont dû être cachés et tout le monde a dû revêtir sa tenue médiévale – y compris un soldat israélien de Tsahal qui écrit pour la publication de l’armée, Bamahane. Quelques participants ont enveloppé leur canette de bière dans des housses de tissu et ont continué à boire à petites gorgées, comme des ivrognes.

Bien que le tabac soit une plante du nouveau monde, qu’il n’ait été introduit au Moyen-Orient que plusieurs siècles après la bataille de Hattin, aucune objection ne s’est élevée contre les fumeurs. Les téléphones portables sortaient malgré tout des poches pour une photo occasionnelle ou un court sms.

Un participant à la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187 boit sa bière à petites gorgées, pendant qu'un journaliste vêtu d'un jalabiya interviewe un autre participant, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Un participant à la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187 boit sa bière à petites gorgées, pendant qu’un journaliste vêtu d’un jalabiya interviewe un autre participant, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

Khromov m’a tendu une casquette de feutre jaune avec un bout pointu qui donnait l’impression qu’elle pouvait capter un signal de téléphone portable et m’a dit que puisque je n’étais ni un Sarrasin ni un Croisé, je pourrais jouer le rôle de Juif du camp.

Des membres du groupe de reconstitution, vêtus de leurs costumes médiévaux, au camp près de Tzippori, le 30 juin 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Des membres du groupe de reconstitution, vêtus de leurs costumes médiévaux, au camp près de Tzippori, le 30 juin 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Le champ à côté de la source de Saffuriya, connue en hébreu sous le nom de Tzippori et durant la période romaine comme Sepphoris, m’a expliqué Nizhnil, fut apprécié par les armées au cours des siècles en raison de l’abondance d’eau douce et de l’accès aux routes se dirigeant à l’intérieur des terres à travers la Galilée et au sud le long de la côte.

« Les Romains, Napoléon, et bien sûr nos amis les Croisés se sont tous arrêtés ici », s’est-il exclamé.

Le plan, m’a-t-il expliqué, alors qu’une tente était installée et qu’un petit feu de cuisson s’allumait, était de lever le camp le lendemain matin et de parcourir environ 20 kilomètres sous le soleil de ce milieu d’été, subissant la même marche exténuante faite par les Croisés 800 ans plus tôt. Samedi matin, on commencerait par une courte randonnée vers Hattin, puis la simulation de la bataille commencerait.

« Les archers doivent tirer à au moins 25 mètres de distance », a-t-il noté. Un des chevaliers a été chargé d’encoller des bouts en caoutchouc à l’extrémité des flèches. Puis nous avons tous pris part à une séance d’information sur la façon de manier une lance.

Une leçon rapide pour apprendre à manier une lance lors de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Une leçon rapide pour apprendre à manier une lance lors de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que je faisais partie de la petite minorité de gens habillés en costume musulman, alors que la plupart avaient choisi de jouer le rôle des guerriers chrétiens. Les djihadistes médiévaux utilisaient deux expressions arabes bizarrement juxtaposées – Allahou akbar – « Dieu est grand » – et kusumuk – « le vagin de ta mère ».

« Il y a quelque chose de très important dans le fait de crier aux [Croisés] : kul kalb biji youmo – à chacun son heure de gloire », a expliqué au groupe un Sarrasin au crâne surmonté de dreadlocks, utilisant une deuxième expression anachronique moderne.

Yuri Kardashenko, un homme de 38 ans originaire d’Ashdod, affichait une ressemblance frappante avec l’acteur jouant Samwell Tarly de « Game of Thrones ». Il a déclaré que son implication avait commencé par un simple intérêt pour l’histoire des croisades mais que, après quelques recherches sur Google, il était tombé sur le groupe Facebook du Royaume de Jérusalem, le club de reconstitution.

C’était la deuxième année où il prenait part à la bataille et il jouait une fois de plus le rôle d’un membre de l’armée de Saladin.

Des participants de la reconstitution vêtus de leurs costumes, dans leur camp, le 30 juin 2016, avant la simulation de la bataille de Hattin (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Des participants de la reconstitution vêtus de leurs costumes, dans leur camp, le 30 juin 2016, avant la simulation de la bataille de Hattin (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

« Les gens ne veulent pas être Musulmans », a-t-il dit. Les nouveaux arrivants sont redirigés pour jouer les Sarrasins, qui sont toujours en quantité limitée. Certains Francs devraient changer de camp à la mi-bataille de sorte que les Sarrasins puissent gagner.

Anton Malikov, venu de Saint-Pétersbourg, a fait son tout premier voyage en Israël juste pour la reconstitution. Il portait un chapeau de paille et une tunique beige qui le faisaient ressembler à un épouvantail post-soviétique. Comme nous remplissions un tonneau en bois avec de la vinasse, il m’a raconté que c’était une chance pour lui de pouvoir vivre une autre vie, de s’échapper vers une autre époque, un autre lieu – un sentiment partagé par beaucoup de membres.

Un groupe de jeunes Arabes accompagnés par leurs pères est arrivé à la source pour prendre une pause de la chaleur dans les dernières heures avant la fin du jeûne du Ramadan. Quelques adolescents montés sur des chevaux arabes gris tachetés sont passés en trottant devant nous. Ils se sont ensuite amusés à se faire la course, à se pourchasser, autour de la périphérie du camp des Croisés.

Je leur ai lancé « salaam aleikum » alors que je m’approchais de la source (j’étais, après tout, toujours vêtu de vêtements arabes).

Un jeune Arabe monté sur son cheval passe devant le camp des Croisés près de Tzippori en Galilée avant la reconstitution de la bataille de Hattin de 1187, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Un jeune Arabe monté sur son cheval passe devant le camp des Croisés près de Tzippori en Galilée avant la reconstitution de la bataille de Hattin de 1187, le 30 juin 2016 (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

“Aleikum as-salaam. Qu’est-ce qu’ils sont en train de tourner là-bas ? » m’a demandé un homme d’âge mûr, perplexe, pointant du doigt le groupe en costumes s’affairant dans le camp. Un étudiant en cinéma qui allait filmer le voyage venait d’arriver, et un drone portant une caméra bourdonnait au-dessus de nous.

« Non, ils reconstituent la bataille des Croisés contre Saladin », lui ai-je expliqué.

“Ah ». Il s’est gratté le menton. « Avec des épées ? Comme ça ? » m’a-t-il demandé, imitant le jeu de rôle à venir.

J’ai hoché la tête. Lui aussi, toujours perplexe.

« Ils vont faire tout le chemin à pied jusqu’à Hattin ? Demain ? Mais ils sont fous ? »

Abed, un homme d’âge mûr du village voisin de Kafr Manda, a demandé si des Arabes participaient. Il n’y en avait pas. Lui aussi s’est gratté le menton pensivement.

Saladin reste une figure légendaire parmi les Arabes locaux, a remarqué Abed, « un héros, un leader fort ».

Les habitants locaux continuent à dire « Qui crois-tu que tu es, Salah ad-Din al-Ayyubi ? » quand quelqu’un se prend pour un crack, a-t-il rapporté.

Bientôt, un camarade russe bégayant dans une chemise grise a fait sauter le bouchon d’un tonneau et commencé à faire passer des bols de vin. Des torches avec de l’huile de citronnelle ont été allumées et plantées autour du camp, offrant une lumière vacillante et un soulagement des moustiques envahissants. Les non-participants, à l’exception de l’équipe russo-israélienne à la caméra, ont reçu l’ordre de partir.

Alors qu’un ragoût de poulet mijotait à feu doux, plusieurs des chevaliers ont changé leurs tenues pour la deuxième ou la troisième fois, se versant de grandes coupes de vin. Nizhnik, maintenant drapé dans des vêtements royaux et flanqué de sa mère, s’est assis à côté de ses chefs. Ils tinrent un conseil en russe et établirent un plan.

Ils ont parlé de cette fameuse randonnée sans eau dans la chaleur de midi, comme si c’était un pèlerinage religieux. Endurer les douleurs, les vicissitudes et les difficultés de la pénible marche sous le soleil, vêtus de laine et d’acier, suivant les traces de l’armée des Croisés, était une façon de communier avec les anciens.

Genadiy Nizhnik (à gauche) et ses chevaliers en train de festoyer, le 30 juin 2016, avant la reconstitution de la bataille de Hattin de 1187 (Cradit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
Genadiy Nizhnik (à gauche) et ses chevaliers en train de festoyer, le 30 juin 2016, avant la reconstitution de la bataille de Hattin de 1187 (Cradit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

« Nous faisons partie de la même armée qui est partie d’ici cela fera 800 ans demain matin », a déclaré Nizhnik. « Un drame s’est produit, et nous faisons partie de ce même drame. C’est une histoire intéressante. Nous allons faire l’expérience de la même histoire ».

« Le Moyen-Âge a une magie qui lui est propre », a remarqué Nizhnik après le repas du soir, une chope de vin à la main. « Mais pas seulement le Moyen-Âge. Si j’avais le temps, je ferais d’autres périodes de l’histoire également. L’époque romaine, les années 1930 et le mandat britannique, mais je n’en n’ai pas le temps ».

« Je pense que ce fut la dernière période au cours de laquelle il y avait une appréciation de la pensée irrationnelle », a-t-il médité à voix haute alors que quelqu’un sortait une harpe juive. « Il n’y avait pas de culture de consumérisme. Au Moyen-Âge, il y avait de la magie. Dans les années modernes, il y avait de la magie. Aujourd’hui, dans le post-moderne il n’y a pas de magie. Donc, ici nous construisons un pont vers le Moyen-Âge ».

Qui sait, a-t-il souri, peut-être cette fois les Croisés arriveront-ils à Tibériade.

Peut-être, ai-je pensé mais je ne serais pas là pour voir ça. Réévaluant ma décision de passer trois jours en costume médiéval, j’ai repris la route. L’idée de célébrer la brutalité médiévale, de romancer la barbarie féodale et de jouer la comédie avec des adultes comme si j’avais six ans me laissait un goût amer dans la bouche. Bien que ça puisse aussi avoir été la faute de la vinasse.

Mon rôle dans la reconstitution serait celui d’un des membres les plus sages de l’armée des Croisés ayant anticipé ce qui allait se passer et par conséquent décidé de ne pas marcher vers Hattin pour y être abattu.

Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, dans le Nord d'Israël, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Des participants de la reconstitution historique annuelle de la bataille de Hattin de 1187, dans le Nord d’Israël, le 2 juillet 2016 (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Il y avait beaucoup moins de combattants dans la reconstitution de cette année que les années précédentes et ils ont été éclipsés par le nombre de spectateurs et de photographes, m’a rapporté un spectateur après l’événement de samedi. Ce fut une tragicomédie d’erreurs, s’est-il exclamé, un spectacle absurde.

En fin de compte, comme toujours, Saladin a gagné.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...