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Enfants yéménites : L’identité du bébé mort confirmée par l’ADN du corps exhumé

Les médecins légistes ont confirmé que la tombe était bien celle de Yosef Melamed ; il s’agit du premier résultat parmi les 9 décès faisant l’objet d’analyses ADN

Tombe de Yosef Melamed, au cimetière Nahalat Yitzhak, Tel Aviv. (Capture d’écran de la Douzième chaine, utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)
Tombe de Yosef Melamed, au cimetière Nahalat Yitzhak, Tel Aviv. (Capture d’écran de la Douzième chaine, utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Le ministère de la Santé a annoncé samedi que le profil génétique de l’enfant décédé, né d’immigrants yéménites, correspondait a celui des membres de sa famille, confirmant que le bébé était bien mort de maladie et n’avait pas été enlevé par l’État, comme le soupçonnaient ses proches.

Les restes de Yosef Melamed, déclaré mort à l’hôpital après avoir succombé à une maladie, il y a près de 75 ans, ont été exhumés en juillet et ont fait l’objet de tests ADN par l’Institut national israélien de médecine légale dans l’affaire dite des enfants yéménites. D’autres tests concernant 8 autres enfants devraient suivre.

Les immigrants arrivés du Yémen et d’autres pays du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord affirment depuis des décennies que certains de leurs enfants ou frères et sœurs leur ont été enlevés lorsqu’ils étaient bébés pour être confiés à l’adoption, dans les années 1940 et 1950, après qu’on leur ait dit que les enfants étaient morts.

Les résultats des tests effectués sur l’ADN prélevé sur le corps exhumé et la sœur de Melamed, Ruth Sharabi, ont démontré une « probabilité de 97,8 % » qu’ils soient frères et sœurs. Le test a par ailleurs établi que l’ADN de la mère de Melamed, Shulamit, indiquait une « probabilité de 99,99 % » que le corps soit celui de son fils.

Sharabi a déclaré qu’il était « important » que le doute sur le sort de Melamed ait finalement été levé, regrettant toutefois les souffrances endurées par sa mère, âgée de 91 ans, pendant toutes ces années.

« Nous n’avons toujours pas pleuré, mais aujourd’hui, cette nuit, nous allons pouvoir pleurer. Aujourd’hui, nous savons que Yossi est mort », a déclaré Ayelet Sharabi, la nièce du garçon.

Des membres de la famille observent l’équipe médico-légale en train d’ouvrir la tombe de Yosef Melamed, au cimetière Nahalat Yitzhak, le 27 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Yosef est le le fils de Shalom et Shulamit Melamed, arrivés du Yémen en terre d’Israël en 1943. Shalom, qui combat dans la brigade Givati pendant la guerre d’indépendance, est tué en avril 1948 en escortant un convoi militaire à Jérusalem.

Un peu plus tard cette même année, Shulamit, âgée de 17 ans, conduit son fils de 1 an et demi à l’hôpital Hadassah de Tel Aviv. L’enfant est malade. Le lendemain matin, le personnel de l’hôpital lui annonce que son bébé est mort pendant la nuit et a été enterré au cimetière Nahalat Yitzhak, pour lui épargner un chagrin supplémentaire.

Shulamit croit son fils mort jusqu’en 1963, date à laquelle elle reçoit un avis de conscription le concernant. Après avoir demandé des explications au ministère de l’Intérieur, elle reçoit un document indiquant que son fils avait « quitté » le pays cette année-là.

Pendant longtemps, elle pense que son fils a été enlevé puis adopté, et qu’il est toujours en vie.

Dans une déclaration à la Douzième chaîne, le ministère de la Santé a promis « de venir en aide aux familles » et de faire le nécessaire pour « faire toute la lumière sur le sort de leurs proches et soulager leur douleur ».

Une tentative similaire de recueil des profils ADN de 10 autres tombes exhumées, il y a environ 25 ans, alors que la technologie en était à ses débuts, n’avait pas abouti à des résultats concluants.

Elle permet en revanche aujourd’hui d’identifier des profils complets à l’aide d’échantillons d’ADN très limités et souvent endommagés, typiques des corps enterrés depuis longtemps.

Des Israéliens manifestent lors de la journée de commémoration de l’Affaire des enfants yéménites à Jérusalem, le 31 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au fil des ans, les enquêtes officielles de l’État ont rejeté l’une après l’autre les accusations d’enlèvements massifs par le personnel médical ou les employés du gouvernement.

Mais le doute a persisté, contribuant au creusement d’une ligne de fracture de longue date entre Juifs d’origine européenne et d’origine moyen-orientale.

Trois commissions d’enquête très médiatisées ont rejeté les accusations de complot et constaté que la plupart des enfants étaient morts de maladies dans les camps d’immigration.

L’enquête la plus récente, en 2001, a révélé qu’il était possible que certains enfants aient été donnés à l’adoption par des travailleurs sociaux, agissant de leur propre chef, mais jamais dans le cadre d’un complot national.

Invoquant les lois sur la protection de la vie privée, cette dernière commission d’enquête a ordonné que les témoignages recueillis demeurent scellés pendant encore 70 ans.

En février 2021, le gouvernement a approuvé un programme d’indemnisation de 162 millions de shekels pour la question des enfants yéménites.

L’exposé des faits, accompagnant ce programme, indique : « Le gouvernement d’Israël regrette les événements qui se sont produits dans les premiers jours de l’État et reconnaît la souffrance des familles dont les enfants sont au cœur de cette question douloureuse. »

Un certain nombre de familles impliquées exigent que le gouvernement divulgue les documents confidentiels relatifs à cette affaire, qualifiant le programme d’indemnisation d’« argent du silence ».

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