Erdogan défend vigoureusement un chef religieux musulman accusé d’homophobie
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Erdogan défend vigoureusement un chef religieux musulman accusé d’homophobie

"L'islam considère la fornication comme l'un des plus grands péchés et condamne l'homosexualité", car "elles apportent avec elles les maladies", a déclaré Ali Erbas

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à droite, reçoit un cadeau de la part du chef des Affaires religieuses de Turquie Ali Erbas lors d'un Sommet religieux africain musulman à Istanbul, le samedi 19 octobre 2019. (Service de presse présidentiel via AP, Pool )
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à droite, reçoit un cadeau de la part du chef des Affaires religieuses de Turquie Ali Erbas lors d'un Sommet religieux africain musulman à Istanbul, le samedi 19 octobre 2019. (Service de presse présidentiel via AP, Pool )

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a vigoureusement défendu lundi le chef de l’autorité des affaires religieuses qui a déclenché une dangereuse polémique en faisant un lien entre l’homosexualité et les maladies.

« Une attaque contre lui est une attaque contre l’Etat », a déclaré M. Erdogan lors d’une allocution télévisée lundi.

L’affaire a débuté vendredi avec un sermon prononcé par le chef de l’autorité des affaires religieuses (Diyanet), Ali Erbas, à l’occasion du début du mois sacré de jeûne du ramadan.

« L’islam considère la fornication comme l’un des plus grands péchés et condamne l’homosexualité », car « elles apportent avec elles les maladies », a déclaré M. Erbas dans cette adresse aux fidèles, mentionnant notamment le virus du sida.

Ces déclarations ont très vite enflammé les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénonçant les propos « haineux » de M. Erbas ou lui reprochant de « diviser au lieu de rassembler » en ces temps de pandémie de coronavirus.

Ali Erbas, le chef des Affaires religieuses de Turquie, s’exprime aux médias à Ankara, en Turquie, le lundi 16 mars 2020. (AP Photo)

De l’autre côté, la présidence turque et les médias pro-gouvernementaux ont lancé une campagne de soutien à Ali Erbas, estimant qu’il n’avait fait qu’énoncer des principes du Coran.

Des milliers d’internautes lui ont exprimé leur soutien en utilisant le mot-dièse « Ali Erbas n’est pas seul ».

Dans ce contexte, le barreau d’Ankara, l’une des plus puissantes organisations d’avocats du pays, a fait part dans un communiqué publié dimanche de sa « sidération » et dénoncé les « déclarations d’un autre âge » de M. Erbas.

Il n’en fallait pas plus pour conduire le procureur général d’Ankara à ouvrir lundi contre ces avocats une enquête pour « dénigrement des valeurs religieuses ».

Dans son allocution lundi, M. Erdogan a enjoint au barreau d’Ankara de « rester à sa place », l’accusant d' »attaquer directement l’islam ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan
participe à un événement pour marquer la Journée de la Souveraineté nationale et des Enfants, à Istanbul, le jeudi 23 avril 2020. (Présidence turque via AP, Pool)

Ce que M. Erbas a dit « est entièrement vrai », a-t-il estimé.

Une ONG, la Fondation des droits de l’Homme (IHD), a de son côté indiqué lundi qu’elle allait porter plainte contre M. Erbas, estimant que « ses propos haineux constituent un délit ».

Pays très majoritairement musulman où la foi se vit de mille façons, la Turquie est régulièrement déchirée par des polémiques de ce genre.

L’expression du conservatisme religieux s’est libérée depuis l’arrivée au pouvoir en 2003 de M. Erdogan, accusé par ses détracteurs de détricoter les valeurs laïques héritées du fondateur de la République, Mustafa Kemal.

Si la Turquie est l’un des rares pays à majorité musulmane où l’homosexualité n’est pas illégale, les gays et transsexuels y sont fortement discriminés.

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