Ex-n°1 du Mossad : les électeurs de Netanyahu sont « ignorants », dénués de morale
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Ex-n°1 du Mossad : les électeurs de Netanyahu sont « ignorants », dénués de morale

Face aux critiques, Shabtai Shavit refuse de retirer ses propos ; "La condescendance de la gauche vis-à-vis des électeurs du Likud est sans fin", affirme Netanyahu

Shabtai Shavit, ancien directeur du Mossad, pendant une conférence de presse organisée par les "Commandants pour la sécurité d'Israël", à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Shabtai Shavit, ancien directeur du Mossad, pendant une conférence de presse organisée par les "Commandants pour la sécurité d'Israël", à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un ancien dirigeant du Mossad s’est attiré les foudres des Israéliens ayant voté pour le Likud lors des élections d’avril, en disant d’eux qu’ils étaient « ignorants » et avaient peu de valeurs morales. Des propos qui ont également suscité la condamnation du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

“Ces électeurs [ceux de Netanyahu] sont des gens ignorants, dénués de compréhension. Sa base politique est composée de gens dont les valeurs morales sont presque inexistantes », s’est lâché Shabtai Shavit dans le quotidien Maariv dont des extraits de cette longue interview à paraître vendredi ont été divulgués jeudi. Ces commentaires faisaient suite à une question sur le ministre des Transports nouvellement nommé, Bezalel Smotrich, ce à quoi il a répondu en disant que le problème était le Premier ministre, qui a bénéficié d’un vaste soutien lors du scrutin d’avril malgré des menaces de mise en examen pour corruption.

« Vous avez envie de vivre dans l’État d’Israël qu’il décrit ? Je ne resterai pas une minute dans l’Israël de Smotrich », a critiqué Shabtai Shavit. « Mais je fais la guerre au Likud dirigé par Netanyahu, pas à Smotrich. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie en mémoire des présidents israéliens et des Premiers ministres décédés à la résidence du président de Jérusalem, le 17 juin 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Lundi, Bezalel Smotrich a déclaré : « Je travaille pour Dieu » — et pas pour Netanyahu, qui l’a nommé — après avoir été vivement attaqué et moqué pour avoir faire part de son souhait qu’Israël soit régi par la loi juive religieuse, comme à l’époque biblique.

L’Union des partis de droite du ministre a livré une bataille féroce pour qu’il obtienne le portefeuille de la Justice au sein du gouvernement, estimant que son expérience en matière de droit en faisait un candidat naturel. Mais après ses propos controversés sur la place de la religion, Benjamin Netanyahu a attribué le poste à un fidèle du Likud, Amir Ohana.

Smotrich fait pression sur plusieurs factions de droite en faveur d’une alliance, qui permettrait la présence d’une seule liste aux élections afin de renforcer le nombre de sièges obtenus et mieux représenter l’ordre du jour nationaliste, avec notamment en vue l’annexion de la Cisjordanie.

Selon Shavit, de nombreux habitants des implantations de Cisjordanie seraient d’accord pour quitter leurs maisons si les circonstances étaient appropriées.

« Mais en Judée et Samarie se trouve une force religieuse, presque messianique », a-t-il dit, utilisant le nom biblique pour la Cisjordanie. « Et les institutions religieuses en Judée et Samarie sont commandées par Dieu. Je les méprise, car il ne s’agit pas du vrai judaïsme. »

En réaction aux commentaires de l’ancien directeur du Mossad, Benjamin Netanyahu a rappelé une série d’occurrences passées où les électeurs ou militants du Likud avaient fait l’objet de propos désobligeants.

« Ils nous ont appelés chah’chahim, embrasseurs d’amulette et robots, et maintenant, nous sommes des ‘gens ignorants' », a-t-il déclaré dans un court communiqué. « La condescendance de la gauche vis-à-vis des électeurs du Likud est sans fin. Notre réponse sera dans les urnes. »

Le premier terme faisait référence à un incident mémorable survenu à l’approche des élections de 1981, qui avait vu une personnalité de la télévision israélienne, Dudu Topaz, qualifier les électeurs du Likud de « chah’chahim » lors d’un rassemblement du Parti travailliste, entraînant un discours féroce du dirigeant du parti de droite de l’époque, Menachem Begin. Le deuxième renvoyait à un discours de l’artiste Yair Garbuz peu avant les élections législatives de 2015, dans lequel il avait décrit les Israéliens de droite comme des « embrasseurs d’amulette ». Enfin, le terme « robots » évoquait un article paru à l’approche du scrutin au sujet de faux comptes de réseaux sociaux qui soutenaient la campagne de Benjamin Netanyahu.

Le député Bezalel Smotrich, de l’Union des partis de droite, prend la parole lors de Yom Yeroushalayim à la yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, le 2 juin 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Bezalel Smotrich a également réagi aux propos de Shavit, tweetant : « La peur vient de l’ignorance. allons prendre un café — je suis certain qu’au bout d’une heure de discussion, vous serez ravi de rester dans ma Terre d’Israël. Et je pense que vous devriez vous excuser pour votre déclaration condescendante à l’égard de ceux qui ont voté pour Netanyahu. »

Dans une interview ultérieure jeudi matin, Shavit a refusé de retirer ses propos, mais s’est néanmoins excusé d’avoir été blessant. Faisant allusion aux déboires judiciaires de Benjamin Netanyahu, il a indiqué à la radio militaire « que quelque chose n’allait pas dans les valeurs morales » de ceux qui lui ont apporté leur vote.

« Aucune personne vraiment dotée de valeurs morales ne peut tolérer d’être gouverné par des gens ayant peu d’éthique morale », a-t-il dénoncé, ajoutant que, par définition, les Premiers ministres devaient incarner de grands principes moraux.

Âgé de 79 ans, l’ancien directeur du Mossad de 1989 à 1996 avait déjà critiqué le chef du gouvernement. En 2015, il l’avait fustigé pour son attitude vis-à-vis de l’Iran et sa gestion des relations avec le président américain d’alors, Barack Obama, ainsi que pour ce qu’il a qualifié d’échec de l’administration Netanyahu à défendre les résidents du sud d’Israël contre les attaques de l’organisation terroriste du Hamas, basée dans la bande de Gaza.

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