Fidèles et touristes désenchantés devant les portes closes du Saint-Sépulcre
Rechercher

Fidèles et touristes désenchantés devant les portes closes du Saint-Sépulcre

La mairie de Jérusalem réclame des arriérés d'impôt sur les biens que les églises possèdent

Stepping up protest against Israel, fuming church leaders shutter Holy Sepulchre

The Church of the Holy Sepulchre is closed for the second day to protest what church leaders call a 'systematic campaign' by Israel's government to harm its Christian community http://bit.ly/2HNzeG4

Posted by The Times of Israel on Monday, 26 February 2018

Déconfits, des centaines de pèlerins et de touristes du monde entier ont trouvé lundi les portes du Saint-Sépulcre fermées pour le deuxième jour consécutif.

Les vastes battants en bois du site le plus saint de la chrétienté, franchis quotidiennement par des milliers de personnes en temps normal, sont obstinément clos depuis dimanche midi en réponse à des mesures fiscales de la municipalité de Jérusalem et à une proposition de loi touchant les biens des Eglises chrétiennes.

La mesure est exceptionnelle, à la mesure de la crispation qu’entendent exprimer les chefs des Églises grecque orthodoxe, arménienne et catholique, qui partagent la garde des lieux.

Personne ne peut dire quand les vantaux antiques rouvriront pour laisser les fidèles s’agglutiner dans une lumière sépulcrale, là où la tradition situe la crucifixion et le tombeau du Christ.

Sur le parvis devant la vaste bâtisse séculaire, les visiteurs, prévenus ou pris de court, affrontent la réalité avec déception, résignation et parfois humour, mais toujours sans tapage.

Beaucoup, venus de loin et pour la première fois, se promettaient un des moments les plus intenses de leur séjour en Terre sainte. Tous ne comprennent pas. Des groupes improvisent une prière en plein air autour d’une croix en bois.

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, au sommet du musée de la Tour de David, le 14 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Mauvais » pour le tourisme

Aleana Doughty, une Américaine de 35 ans venue en groupe, n’a appris la nouvelle qu’une vingtaine de minutes auparavant, sans connaître les tenants et les aboutissants de la querelle.

« On nous a dit que c’était politique. C’est désolant, c’est un site tellement saint », dit-elle.

Michael Katten, déjà là quand il était adolescent, est revenu d’Inde 40 ans après avec sa femme Vanagakshi, chrétienne. « Les touristes sont pris en otage par les politiciens », s’exclame-t-il avec humour pour conjurer leur mauvaise fortune. Son épouse, elle, a l’air plus sérieusement démontée : « J’avais promis à ma mère de lui rapporter quelque chose de ce lieu saint et de dire une prière. »

Le coup est « très mauvais pour les touristes », déplore leur guide sous couvert de l’anonymat. Comme ses collègues, il essaie de répondre aux demandes d’explication de son groupe, sans entrer dans les considérations politiques et compliquées propres à la ville trois fois sainte.

Les chefs des Eglises dénoncent la récente décision de la municipalité israélienne de leur faire payer des impôts sur une partie de leurs biens immobiliers. Les taxes ne porteraient pas sur les lieux de culte comme le Saint-Sépulcre, mais les biens qui génèrent des revenus, des loyers par exemple d’hôtels, de boutiques, dit la municipalité.

Les arriérés sont chiffrés par la mairie à quelque 150 millions d’euros. Autant d’argent qui ne financerait plus leurs importantes oeuvres sociales, affirment les Eglises.

Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Théophile III lit un communiqué à la presse aux côtés du gardien de la terre sainte, le frère Francesco Patton et de l’évêque arménien Siwan,à gauche, devant les portes closes de l’église du saint-sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 février 2018 (Crédit : AFP/ GALI TIBBON)

Elles s’insurgent aussi contre une proposition de loi qui permettrait à l’Etat hébreu d’exproprier des terres vendues par l’Eglise orthodoxe à des investisseurs privés. Le texte, qui prévoit de compenser financièrement les investisseurs, vise à rassurer les habitants qui craignent de voir les investisseurs les expulser pour des programmes plus rentables.

« Fermer tous les sanctuaires »

La loi n’hypothèque pas seulement les activités des Eglises, affirment celles-ci : on cherche selon elles à amoindrir la présence chrétienne.

Les quelque 50 000 chrétiens de Cisjordanie et de Jérusalem partagent largement avec les musulmans palestiniens une vision nationale de Jérusalem.

Le Saint-Sépulcre se trouve dans la Vieille Ville, à Jérusalem-Est, contrôlée par Israël.

Cette fermeture a très peu de précédents au cours des 25 dernières années. Les responsables des Eglises restent discrets mais laissent entendre leur détermination. Même si l’échéance est lointaine, les chrétiens célèbrent dans un mois Pâques, qui draine des masses de visiteurs et de revenus.

« Nous avons fermé l’église pour des raisons précises et jusqu’à nouvel ordre », dit un responsable sous couvert de l’anonymat.

La représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a l’espoir qu’une « solution sera trouvée rapidement », a-t-elle dit à la presse à Bruxellles.

Le père Kevin Peek, venu des Etats-Unis, est lui aussi déçu, mais dit « comprendre » cette décision. « Les dirigeants d’ici doivent comprendre que leur réussite dépend aussi du tourisme », dit-il, et s’ils persistent, « je crois qu’il serait bienvenu de fermer tous les sanctuaires » dans le monde, y compris le Vatican.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...