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France : Restitution de deux tableaux de Renoir et Sisley spoliés à un Juif

Il s'agit des "Cariatides" de Renoir, peint en 1909 ; et "Les Péniches" de Sisley, peint en 1870

La ministre française de la Culture Rachida Dati à côté du tableau d'Alfred Sisley intitulé "Les Péniches" lors d'une cérémonie marquant le processus de restitution de tableaux d'Auguste Renoir et d'Alfred Sisley spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, au ministère français de la Culture, à Paris, le 16 mai 2024. (Crédit : ALAIN JOCARD / AFP)
La ministre française de la Culture Rachida Dati à côté du tableau d'Alfred Sisley intitulé "Les Péniches" lors d'une cérémonie marquant le processus de restitution de tableaux d'Auguste Renoir et d'Alfred Sisley spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, au ministère français de la Culture, à Paris, le 16 mai 2024. (Crédit : ALAIN JOCARD / AFP)

La France a restitué jeudi deux tableaux d’Auguste Renoir et d’Alfred Sisley aux ayants droit d’un galeriste juif, Grégoire Schusterman (1889-1976), spolié pendant l’Occupation nazie.

Il s’agit des « Cariatides » de Renoir, représentant deux femmes nues dans un style art déco, peint en 1909 et qui est une variante d’autres panneaux décoratifs dont deux appartiennent à la collection Barnes aux Etats-Unis. Le galeriste l’avait acquis aux enchères en 1939.

Le deuxième tableau, intitulé « Les Péniches », a été peint en 1870 par le peintre britannique né en France Alfred Sisley et représente un port normand dans lequel sont amarrées des péniches.

« Aujourd’hui, nous faisons acte de réparation », a déclaré la ministre de la Culture Rachida Dati en retraçant le parcours de Grégoire Schusterman, né en Ukraine, qui a ouvert sa galerie à Paris en 1933 et a été victime d’une « double injustice » : la « spoliation de ses trésors » et le rejet « de toutes ses demandes d’indemnisation après guerre ».

« C’est un devoir de mémoire et de justice qui s’accomplit après presque un siècle », a dit à l’AFP, sous couvert d’anonymat, l’un des onze ayants droit, dont cinq étaient présents avec leurs familles, au ministère de la Culture, à Paris, les six autres vivant aux États-Unis.

« Si ce travail connaît l’achèvement présent, il le doit à des intervenants dont la contribution a été fondamentale », a ajouté en public ce neveu de M. Schusterman. Il a cité une chercheuse indépendante, Hélène Ivanoff, la mission créée en 2019 au sein du ministère qui permet de faciliter les recherches en provenance des œuvres et la commission d’indemnisation des victimes de spoliations antisémites (CIVS), « une exception française qui constitue un véritable service public de l’État au service des victimes des spoliations nazies et de leurs descendants ».

La CIVS a considéré que Grégoire Schusterman avait dû vendre les deux tableaux en raison des persécutions antisémites, pour fuir Paris et subsister pendant la guerre et qu’il s’agissait donc de « ventes forcées », a rappelé la ministre.

Des bénéficiaires posent devant un tableau de l’artiste français Auguste Renoir (1841-1919) intitulé « Cariatides » au ministère français de la Culture, à Paris, le 16 mai 2024, lors d’une cérémonie marquant le processus de restitution de tableaux spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : ALAIN JOCARD / AFP)

Ventes forcées

La Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS) a indiqué que Grégoire Schusterman « avait dû vendre les deux tableaux en raison des persécutions antisémites, pour fuir Paris et subsister pendant la guerre et qu’il s’agissait donc de ventes forcées ». Elle a dès lors recommandé leur restitution à ses ayants droit, a précisé à l’AFP le ministère de la Culture.

Après la Seconde Guerre mondiale, les « Cariatides » ont été récupérées par les Alliés au château de Thalhausen, en Bavière. « Les Péniches » de Sisley ont été retrouvées en Rhénanie.

Les tableaux ont ensuite été « transportés au (point de rassemblement des œuvres) de Munich pour le Renoir et à celui de Baden-Baden pour le Sisley, puis rapatriés en France. Ils ont été sélectionnés en 1950 parmi les 15 000 dernières œuvres revenues d’Allemagne et non restituées et sont devenus des œuvres ‘Musées nationaux récupération’ (MNR) », selon le ministère.

Depuis les années 1950, les œuvres MNR ont été confiées aux musées de France. Elles sont répertoriées et peuvent être rendues aux descendants des propriétaires spoliés, souvent après de très longues démarches, facilitées depuis 2019 par une mission créée spécifiquement au sein du ministère de la Culture afin d’accélérer les difficiles recherches sur leur provenance.

En 1950, « Les Péniches » et les « Cariatides » ont été confiées à la garde du musée du Louvre, puis, en 1986, du musée d’Orsay. L’œuvre de Sisley a été déposée au musée de Dieppe en 1954 et celle de Renoir a été conservée successivement au musée Masséna puis au musée des beaux-arts Jules-Chéret de Nice et, à partir de 1995, au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont pillé méthodiquement les œuvres d’art détenues par les juifs, qui ont été revendues, collectionnées par les hauts dignitaires ou destinées au mégaprojet de musée « Führermuseum » de Hitler.

Dans la France occupée, les œuvres pillées transitaient par le musée du Jeu de Paume, à Paris, avant d’être envoyées en Allemagne. Elles ont aussi fait l’objet d’un important trafic, évoqué au cinéma par le récent film « Le tableau volé » de Pascal Bonitzer.

Grâce aux notes clandestines prises par une attachée de conservation, Rose Valland, quelque 60 000 œuvres et objets ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France, sur une estimation de quelque 100 000 spoliés. Un chiffre qui « semble sous-évalué, de nombreuses familles n’ayant pas signalé la disparition de leurs biens à la Libération », souligne le ministère.

Les deux tiers d’entre eux, environ 45 000, ont été restitués à leurs propriétaires avant 1950. La plupart des autres pièces ont été vendues, à l’exception de quelque 2 200 non réclamées, confiées à titre provisoire à la garde des musées nationaux.

Au total, depuis 1950, 188 œuvres et objets MNR et assimilés ont été restitués.

Contrairement aux œuvres MNR, d’autres œuvres spoliées entrées dans les collections publiques ne pouvaient être restituées qu’au cas par cas avec l’adoption d’une loi spécifique, en vertu du principe d’inaliénabilité des oeuvres d’art des musées.

Une loi-cadre du 22 juillet 2023 a ouvert une dérogation à ce principe pour les biens spoliés dans le contexte des persécutions antisémites perpétrées entre 1933 et 1945. Le propriétaire public (Etat ou collectivité territoriale) peut désormais décider la restitution d’un bien spolié après avis d’une commission administrative ad hoc.

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