France/Spoliations nazies: Un tableau de Pechstein et un sac à tefilin restitués
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France/Spoliations nazies: Un tableau de Pechstein et un sac à tefilin restitués

Le tableau de l'expressionniste allemand avait été volé dans l'appartement du collectionneur juif Hugo Simon ; le sac appartenait au jeune Elie Léon Lévi-Valensin

Le tableau "Nus dans un paysage" de Max Pechstein, peint en 1912. (Crédit : Twitter / Roselyne Bachelot / Ministère de la Culture)
Le tableau "Nus dans un paysage" de Max Pechstein, peint en 1912. (Crédit : Twitter / Roselyne Bachelot / Ministère de la Culture)

Un tableau de l’expressionniste allemand Max Pechstein et un modeste sac à phylactères ont été restitués jeudi aux ayants-droit de deux familles juives spoliées durant l’Occupation, lors d’une cérémonie au ministère français de la Culture.

Ces deux restitutions illustrent l’extrême diversité des spoliations nazies.

« Nus dans un paysage » de Max Pechstein, peint en 1912, avait été volé pendant la guerre dans l’appartement parisien du banquier et collectionneur juif allemand Hugo Simon, qui s’était installé en France dès l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933.

Cet opposant au nazisme de la première heure aidait les réfugiés juifs en France et était décrit par les nazis comme « juif et capitaliste marxiste typique ». Il finit par se réfugier avec sa famille au Brésil sous une identité d’emprunt.

C’est son arrière-petit-fils, Rafael Cardoso Denis, qui apprit à l’âge adulte que ses ancêtres avaient été spoliés et qui a lutté pour la restitution du tableau. Un exemple de reconstruction très tardive de la mémoire familiale.

Le tableau était réapparu en 1966 au Palais de Tokyo (espace consacré à l’art moderne à Paris) puis avait été confié au Musée national d’art moderne-Georges Pompidou. Après sa restitution, les ayants-droit vont le prêter provisoirement à ce musée, qui réservera une salle spéciale à l’amateur d’art réputé qu’était en Allemagne Hugo Simon avant 1933.

Quant au sac à phylactères, il avait été offert à Alger en 1888 pour sa bar-mitzvah au jeune Elie Léon Lévi-Valensin, qui devait devenir un artiste lyrique connu. Il fut volé avec d’autres objets lors du pillage en 1942 de l’appartement à Paris de son fils Marcel Georges, médecin réputé.

L’arrière-petite-fille d’Elie Léon, Miléna Kartowski-Aïach, a raconté comment le hasard lui avait fait retrouver cet objet sans autre valeur que religieuse lors de l’exposition « Juifs d’Algérie » au Musée d’art et d’histoire du judaïsme en 2013.

À la fin de son intervention, la jeune femme a chanté avec gravité une longue prière juive, le Kedoushat Keter, devant une audience recueillie.

« Ce petit sac porte une grande mémoire. Les objets quotidiens étaient la cible des éradicateurs. Les voler, les détruire, c’était s’attaquer à ce qui faisait l’intimité » des familles, a souligné la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

Il s’agit de deux restitutions « dans des familles qui n’étaient pas du même milieu social », a-t-elle souligné, indiquant la ferme volonté du gouvernement d’accélérer les restitutions. Ainsi 24 œuvres et objets ont-ils pu être restitués l’an dernier, a-t-elle indiqué. Certains ayants-droit ont tenu à la confidentialité.

On estime à quelque 100 000 les objets d’art et œuvres saisis en France par les nazis durant l’Occupation.

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