Gantz dit que Netanyahu a trompé les Israéliens. Pardon ?!
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Opinion

Gantz dit que Netanyahu a trompé les Israéliens. Pardon ?!

Soutenant à présent des élections, le chef de Kakhol lavan dit : "Ce n'est pas moi que Netanyahu a dupé, mais tous les citoyens d'Israël". Sa formulation est doublement inexacte

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son partenaire de coalition, le ministre de la Défense Benny Gantz, tous deux masqués en raison de la pandémie de coronavirus COVID-19, arrivent pour assister à une cérémonie de remise de diplômes aux nouveaux pilotes sur la base aérienne d'Hatzerim près de Beer Sheva, le 25 juin 2020. (Ariel Schalit / POOL / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son partenaire de coalition, le ministre de la Défense Benny Gantz, tous deux masqués en raison de la pandémie de coronavirus COVID-19, arrivent pour assister à une cérémonie de remise de diplômes aux nouveaux pilotes sur la base aérienne d'Hatzerim près de Beer Sheva, le 25 juin 2020. (Ariel Schalit / POOL / AFP)

Annonçant mardi soir que son parti, Kakhol lavan, voterait une motion préliminaire pour dissoudre la Knesset – une menace qu’il a mise en œuvre mercredi après-midi – Benny Gantz a publié un acte d’accusation cinglant contre l’homme avec lequel il a choisi de s’associer pour former un gouvernement il y a à peine 200 jours.

Au cours de leur brève cohabitation, a accusé Gantz, Netanyahu s’est révélé être « un briseur de promesses en série ». Il avait menti en disant qu’il cherchait vraiment l’unité nationale. Il avait menti en promettant « pas de ruses ni de pièges » dans un accord de coalition qui devait voir Gantz prendre le poste de Premier ministre en novembre prochain. Il avait revendiqué personnellement tous les succès remportés par Israël dans sa lutte contre la pandémie, en marginalisant le rôle de tous les autres membres du gouvernement, de la fonction publique et de l’appareil national de santé. Il a laissé Israël sans budget pour toute l’année 2020, et bloque également le budget 2021 – exacerbant radicalement la dévastation causée par COVID-19 sur les légions de chefs d’entreprise israéliens au cœur brisé, ses centaines de milliers de nouveaux chômeurs.

Netanyahu aime comparer Israël aux principales nations du monde, a fait remarquer avec amertume Gantz, mais où ailleurs dans le monde un Premier ministre serait-il aussi irresponsable au point de laisser son pays sans budget en pleine pandémie ? Le refus du Premier ministre d’adopter le budget, a-t-il accusé, est un véritable « acte de terrorisme économique ».

Le problème avec l’attaque de Gantz sur l’intégrité et les motivations de son partenaire rival, c’est qu’il l’a livrée comme si elle était révélatrice. Pourtant, ses affirmations selon lesquelles « Netanyahu renie et le public paie », que notre Premier ministre est un manipulateur politique profondément cynique et que, depuis deux ou trois ans, il prend des décisions en ayant au moins un œil sur son procès pour corruption, sont les raisons mêmes que Gantz a citées lors de son entrée en politique il y a deux ans. Ce sont les raisons mêmes pour lesquelles Gantz a réuni une alliance politique et a fait campagne lors des trois dernières élections sur une plate-forme avec une promesse essentielle : qu’il ne siègerait jamais dans un gouvernement avec Netanyahu, un homme qu’il jugeait dangereux pour Israël.

Et pourtant, il y a huit mois, Gantz a annoncé qu’il entamait des négociations sur un accord qui permettrait de maintenir Netanyahu au pouvoir. Et il y a à peine six mois, il a rejoint une coalition dirigée par Netanyahu – offrant au Premier ministre les votes qu’il avait gagnés sur cette promesse fondamentale de ne rien faire de tel.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu signent leur accord de gouvernement d’union le 20 avril 2020. (Autorisation)

Gantz a expliqué mardi soir qu’il avait espéré que Netanyahu « serait à la hauteur ». Sauf que les semaines de pourparlers de coalition ont souligné qu’il n’avait pas de telles attentes. Au contraire, Gantz était si méfiant envers Netanyahu que lui et ses conseillers ont négocié un partenariat qui, selon eux, ne laisserait aucune marge de manœuvre au Premier ministre, produisant un accord de coalition extrêmement complexe, remaniant par la même occasion les lois électorales israéliennes. En mai, Gantz a même prêté serment en tant que Premier ministre d’alternance, de sorte qu’aucun nouveau vote à la Knesset ne soit nécessaire à l’avenir lorsque la rotation devrait entrer en vigueur.

Mais Gantz a été, – comme on pouvait s’y attendre, – dupé par Netanyahu lors de ces négociations, et a laissé une faille au Premier ministre : Si le budget n’est pas adopté, la coalition tombe et la rotation est annulée. Naturellement, Netanyahu n’a donc pas adopté le budget.

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Dans son discours de mardi soir, diffusé en direct dans les salons des Israéliens, Gantz a déclaré : « Ce n’est pas à moi que Netanyahu a menti ; c’est à vous qu’il a menti. Ce n’est pas moi que Netanyahu a dupé, c’est lui qui a dupé tous les citoyens d’Israël ».

Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. De nombreux citoyens israéliens étaient et sont prêts à voter pour Netanyahu, sachant, voire dans certains cas appréciant, qu’il soit un renard politique rusé à qui on ne peut pas faire entièrement confiance. Beaucoup de ces électeurs de Netanyahu pensent que les accusations de corruption portées contre lui ne sont pas fondées, et beaucoup d’autres pensent qu’elles sont peut-être solides mais qu’elles ne l’emportent pas sur les avantages offerts par un Premier ministre expérimenté et rusé qui a su garder ce pays relativement sûr, qui fait face à l’Iran et qui a récemment supervisé une succession d’accords de normalisation en partenariat avec l’administration Trump.

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Cependant, la plupart de ceux qui n’étaient pas prêts à voter pour Netanyahu lors des trois dernières élections ont plutôt fait confiance à Gantz. Et la vérité, alors, n’est pas que Netanyahu a « dupé tous les citoyens d’Israël ». Cette formulation est doublement fausse. Ce qui s’est réellement passé, c’est que Gantz s’est permis d’être dupé, puis il a dupé les citoyens d’Israël qui avaient voté pour lui.

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, annonce que son parti va voter la dissolution de la Knesset, le 1er décembre 2020. (Elad Malka/Kakhol lavan)

Fermement aveugle aux contradictions qu’il continue à générer, et à la dévastation qu’il a causée à l’opposition centriste au Premier ministre, Gantz a demandé mardi soir simultanément « qui peut croire à de nouvelles promesses » de Netanyahu, et a offert de continuer à s’asseoir avec lui si seulement il adoptait le budget.

Et il a conclu en déclarant que si Israël retourne maintenant aux urnes, il se présentera à nouveau et cherchera à mettre en place un véritable gouvernement d’unité « dans lequel toi, Netanyahu, tu ne joueras aucun rôle ».

Qu’il ait pu se résoudre à dire ces mots, à raviver la promesse brisée de ses trois dernières campagnes, défie presque l’entendement. Au loin, je crois entendre Netanyahu rire.

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