Gantz et Netanyahu enfin unis… pour louer feu le rabbin Ovadia Yossef du Shas
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Gantz et Netanyahu enfin unis… pour louer feu le rabbin Ovadia Yossef du Shas

En présence de députés de gauche et de droite à la commémoration, les désaccords du passé ont été relégués au second plan pour louer Ovadia Yossef, le génie de la Torah

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz, lors d'une cérémonie marquant le sixième anniversaire du décès du rabbin Ovadia Yossef, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz, lors d'une cérémonie marquant le sixième anniversaire du décès du rabbin Ovadia Yossef, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Alors que les négociations de coalition sont toujours dans l’impasse, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de Kakhol lavan Benny Gantz, ainsi que des députés de toutes les tendances politiques, se sont réunis brièvement lundi pour faire l’éloge du Rabbin Ovadia Yossef lors d’une commémoration organisée par le parti Shas à l’occasion du 6e anniversaire de sa mort.

Minimisant ses déclarations parfois polémiques et louant sa connaissance encyclopédique de la loi juive, les politiciens de gauche à droite ont utilisé l’événement pour souligner le pouvoir unificateur de l’ancien chef spirituel du Shas, certains demandant à Netanyahu et Gantz de rendre hommage au rav Yossef en mettant de côté leurs différences pour former ensemble un gouvernement d’unité.

« Si Maran était ici avec nous, il s’adresserait à Netanyahu et à Gantz et leur demanderait de former un gouvernement d’unité », a dit Aryeh Deri, leader du Shas, faisant référence au rav Yossef par un nom qui signifie « notre maître ».

« Netanyahu et Gantz sont assis ici à la mémoire de Rabbi Ovadia qui était l’unificateur de nous tous. C’est le moment, et je vous exhorte à mettre en place un gouvernement d’unité le plus rapidement possible », a déclaré Naftali Bennett, le numéro 2 de HaYamin HaHadash.

Le rav Ovadia Yossef, un rabbin au franc-parler qui a su réunir la direction religieuse et politique pour devenir l’une des figures religieuses les plus puissantes de l’histoire d’Israël, est décédé en 2013 à l’âge de 93 ans.

Rabbi Ovadia Yosef (center) flanked on the left by Interior Minister Eli Yishai, and on the right by former party chairman Aryeh Deri and Minister of Housing Ariel Attias, at the Rabbi's house in Jerusalem, in October (photo credit: Shas/Flash90)
Le rabbin Ovadia Yossef (au centre), fondateur du Shas, avec à gauche le député Eli Yishai et à droite les députés Aryeh Deri et Ariel Atias, au domicile du rabbin, en octobre 2012 à Jérusalem. (Shas/Flash90/File)

Souvent qualifié d’autorité rabbinique sépharade exceptionnelle du siècle, Ovadia Yossef a contribué à renforcer la confiance de sa communauté, qui représente environ la moitié de la population d’Israël, mais qui a longtemps été défavorisée et victime de discrimination par les juifs ashkénazes – ou européens – qui dominaient le gouvernement et les institutions religieuses du pays.

Le député Naftali Bennett prend la parole lors d’une cérémonie marquant le sixième anniversaire de la mort du rabbin Ovadia Yossef, le chef spirituel du parti Shas, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Le rabbin Yossef a transformé son autorité religieuse en pouvoir politique, fondant le Shas, un parti représentant les Juifs sépharades qui est devenu un faiseur de rois dans plusieurs coalitions gouvernementales.

Ouvrant les discours lundi, Gantz a salué la « synthèse singulière de tradition et de tolérance » du rav Yossef, notant ses décisions halakhiques sur la reconnaissance des Juifs éthiopiens et des « femmes enchaînées » mariées aux soldats morts au combat pendant la guerre de Kippour.

Faisant allusion à ses efforts pour former un gouvernement d’unité au milieu d’un discours politique de plus en plus divisé et polarisé, Gantz, soulignant le « respect de toutes les cultures au sein de la société israélienne » de Yosef, a déclaré que « S’il y a une façon d’honorer sa mémoire, c’est dans l’union et le respect mutuel ».

Le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, prend la parole lors d’une cérémonie marquant le sixième anniversaire de la mort du rabbin Ovadia Yossef, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Le mois dernier, le président Reuven Rivlin a chargé Gantz de tenter de former une coalition, après l’échec de Netanyahu à la suite des élections de septembre. Mais les chances de Gantz de réussir là où le Premier ministre a échoué sont tout aussi minces avec un bloc de partis de droite et de partis religieux, dont le Shas, jurant de soutenir Netanyahu.

Gantz, qui a récemment prononcé un discours dans lequel il se présentait comme l’héritier du pacifiste assassiné Yitzhal Rabin, n’a pas saisi l’occasion pour souligner le rôle du rav Yossef dans l’adhésion du Shas au gouvernement Rabin de 1992, dirigé par les Travaillistes et soutenu de l’extérieur par les partis arabes.

Netanyahu, qui a assisté à l’événement en cours de route – certains suggérant qu’il attendait, en vain, que Gantz parte – a également profité de son discours pour faire allusion aux efforts visant à bâtir un gouvernement d’unité, quoique peut-être de façon facétieuse.

« Comme il est bon et agréable de voir des frères s’asseoir ensemble dans l’unité », a commencé le Premier ministre en citant le verset des Nombres, avant d’ajouter rapidement avec le sourire, « à cette réunion apolitique ».

Kakhol lavan a appelé à un gouvernement d’unité avec le Likud, mais sans les autres partis ultra-orthodoxes et d’extrême droite. Le Likud a refusé toute négociation hors du bloc des 55 partisans de Netanyahu.

Netanyahu, comme la plupart des orateurs, a utilisé le reste de son discours pour louer le rav Yossef pour sa connaissance de la Torah.

« Il parcourait le Talmud jour et nuit, étudiant le Livre comme personne d’autre, écrivant et faisant des recherches tout le temps. Il a profité de chaque instant. Ses décisions témoignent de sa stature. Il était attentif au pouls de la vie et a pris des décisions capitales sur de nombreuses questions », a déclaré M. Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie marquant le sixième anniversaire de la mort du rabbin Ovadia Yossef, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Comme on pouvait s’y attendre, les orateurs de l’événement de lundi se sont tenus à l’écart de l’héritage politique du rabbin Yossef et des déclarations publiques parfois controversées…

Il a déclenché ses plus grandes vagues politico-religieuses en décidant qu’Israël pourrait rendre une partie de la Cisjordanie en échange de la paix, invoquant le précepte juif selon lequel préserver la vie est le plus grand impératif. « Le caractère sacré de la vie l’emporte sur le slogan de ne pas céder un centimètre », avait-il fameusement dit.

Dans les dernières années de sa vie, il a également fait la une des journaux pour ses critiques virulentes envers divers partis politiques et politiciens. Une fois, il a qualifié le parti HaBayit HaYehudi [la Maison juive] (alors dirigé par Bennett) « de maison non-juive ».

Bennett n’a pas mentionné ce fait particulier dans son propre discours.

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