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Gantz : L’autorisation d’un avant-poste illégal pourrait prendre des mois

Le ministre de la Défense a informé de son intention de raser la yeshiva de l'avant-poste de Homesh ; les opposants auront 45 jours pour soumettre des objections légales

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre de la Défense Benny Gantz avec le député Idit Silman lors d'une session plénière à la Knesset, le 28 février 2022. (Credit: Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz avec le député Idit Silman lors d'une session plénière à la Knesset, le 28 février 2022. (Credit: Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré à la députée rebelle du parti Yamina, Idit Silman, que cela pourrait prendre plusieurs mois avant que son bureau ne soit en mesure d’autoriser rétroactivement un avant-poste illégal en Cisjordanie, selon une information parue jeudi.

La Douzième chaîne a noté que ce n’était pas une bonne nouvelle pour Silman et d’autres partisans de l’implantation à la Knesset, qui attendent depuis des mois l’annonce d’un retour à Evyatar après que des dizaines de squatteurs ont accepté de quitter la communauté du nord de la Cisjordanie dans le cadre d’un accord avec le gouvernement en juillet dernier.

Selon le reportage de la Douzième chaîne, Gantz a déclaré à Silman qu’il se préparait à aller de l’avant avec la saisie des terres, mais une fois qu’il l’aura fait, les opposants auront 45 jours pour soumettre des objections légales à la décision. Ce n’est qu’après cette période que les résidents d’implantations seront autorisés à retourner dans les dizaines de mobil-homes qu’ils ont érigés sur le site, a déclaré Gantz, ajoutant qu’une nouvelle extension pourrait être ajoutée.

Ce délai n’a apparemment pas satisfait Silman, qui a quitté la réunion découragée, selon la Douzième chaîne.

Elle était encore plus énervée lorsque Gantz lui a dit qu’il ordonnerait la démolition de la construction à l’avant-poste de Homesh, a indiqué la chaîne.

Homesh était l’une des quatre implantations du nord de la Cisjordanie qui ont été évacuées en 2005 dans le cadre du désengagement de Gaza. La loi israélienne interdit aux citoyens de retourner sur les sites des implantations rasées, mais cela n’a pas empêché un groupe d’ultra-nationalistes d’exploiter illégalement un séminaire religieux sur le site pendant environ 15 ans, recevant même une protection temporaire de l’armée israélienne. Leur présence a empêché des Palestiniens de cultiver leurs terres, malgré plusieurs décisions de justice ordonnant qu’ils y aient accès.

L’avant-poste d’Evyatar en Cisjordanie, le 5 juillet 2021. (Credit : Flash90)

Homesh a fait la une des journaux en décembre dernier lorsqu’un des étudiants du séminaire a été tué dans une fusillade terroriste alors qu’il rentrait chez lui après ses études.

Depuis l’attaque, les résidents d’implantations ont cherché à faire pression sur le gouvernement pour légaliser la yeshiva. Alors que certains avaient eu l’impression que Gantz pouvait être laxiste sur la question, le ministre de la Défense a déclaré mercredi à Silman qu’il ne permettrait pas la violation de la loi israélienne. Pour Gantz, il s’agit de savoir quand, pas si la yeshiva de Homesh sera démolie, selon le reportage de la Douzième chaîne.

Mais dans un effort apparent pour offrir une « carotte » aux résidents d’implantations, Gantz a dit à Silman que l’organisme du ministère de la Défense, qui autorise la construction d’implantations, se réunirait dans les semaines à venir, peut-être dès la première semaine de mai, afin de faire avancer un nouveau lot de projets d’implantation.

Le sous-comité supérieur de planification de l’administration civile s’est réuni pour la dernière fois en octobre pour donner son feu vert aux plans de près de 3 000 maisons dans l’implantation. Les approbations ont suscité la plus sévère des critiques à ce jour de la part de l’administration Biden, qui les a qualifiées de « complètement incompatibles avec les efforts visant à réduire les tensions et à rétablir le calme ».

Gantz a par la suite empêché le comité de se réunir à nouveau. Il se réunit généralement sur une base trimestrielle, bien que de plus longues périodes se soient écoulées sans réunion, même lorsque Benjamin Netanyahu était Premier ministre et que Donald Trump résidait à la Maison Blanche.

Les forces israéliennes tirent des gaz lacrymogènes sur des manifestants palestiniens qui se rassemblent en Cisjordanie contre une marche des Israéliens vers l’avant-poste sauvage de Homesh, le 19 avril 2022. (Credit: Jaafar Ashitiyeh/AFP)

La rencontre de Silman avec Gantz était prévue avant que la députée du parti Yamina n’annonce sa démission de la coalition début avril, privant le bloc de sa faible majorité à la Knesset.

Deux responsables de la coalition ont déclaré au Times of Israel qu’une grande partie de la raison qui avait amené Silman à prendre cette décision était la frustration croissante au sein de Yamina face à la réticence de Gantz à avancer sur le dossier des implantations.

Le député Nir Orbach, qui fait encore parti de la coalition, a averti Bennett qu’il suivra Silman s’il n’y a pas de changement sur ces questions dans un avenir proche.

Les partis d’opposition du Likud et du Sionisme religieux ont profité du reportage de la Douzième chaîne, publiant des déclarations affirmant que Gantz et le reste du gouvernement « se pliaient à la terreur ».

Selon les termes de l’accord d’Evyatar, les résidents doivent quitter Evyatar mais leurs mobil-homes, au nombre d’une dizaine, ne seront pas détruits le temps que le ministère de la Défense passe en revue les droits de propriété des terres afin de déterminer si elles peuvent être considérées comme israéliennes.

Le gouvernement a alors déclaré que s’il s’avérait qu’une majorité des terres avaient été construites sur ce que l’État jugeait pouvoir être déclarées terres publiques, il légaliserait rétroactivement l’avant-poste.

À la joie des résidents d’implantations, l’enquête s’est avérée en leur faveur, bien que les Palestiniens de Beita, à proximité, se soient opposés aux revendications des résidents d’implantations sur la terre, affirmant qu’ils l’avaient « historiquement » cultivée.

Des images aériennes de 1980 semblent confirmer qu’au moins une partie des terres sur lesquelles se trouve l’avant-poste était autrefois cultivée par des propriétaires privés palestiniens. Mais la loi israélienne permet à l’État de saisir les terres de Cisjordanie si elles ne sont pas cultivées pendant de longues périodes ; cette tactique a été utilisée pour saisir de vastes zones à travers la Cisjordanie pour les résidents d’implantations. Les Palestiniens soutiennent qu’une partie de la raison pour laquelle la terre n’est pas cultivée est que l’armée israélienne et les résidents d’implantations les empêchent d’y accéder, invoquant des problèmes de sécurité.

Evyatar a été illégalement établi par des résidents d’implantations en 2013 en réponse au meurtre d’Evyatar Borovsky lors d’une fusillade terroriste à proximité du carrefour de Tapuah. Il a été démoli plusieurs fois par les autorités au cours des années et reconstruit par les résidents d’implantations.

Mais les squatteurs ont travaillé plus méthodiquement l’année dernière, s’installant pendant la guerre de Gaza alors que l’attention des forces de sécurité était détournée. Assez de temps s’est écoulé avant que les forces de sécurité ne soient en mesure de se déplacer sur le site, ajoutant des complications bureaucratiques à la démolition.

Le chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, au centre, dirige une marche vers Homesh aux côtés des députés Itamar Ben Gvir, à droite, et Bezlel Smotrich, à gauche, le 19 avril 2022. (Crédit : Conseil régional de Samarie)

Le rétablissement de l’avant-poste a déclenché des protestations hebdomadaires de la part des habitants palestiniens de la ville voisine de Beita. Les manifestations ont souvent été violentes, entraînant des affrontements avec les troupes de Tsahal qui ont riposté par la force, dans des violences qui ont coûté la vie à au moins 10 Palestiniens au cours de l’année écoulée.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a averti Gantz et le Premier ministre Naftali Bennett que la légalisation de l’avant-poste mettrait à rude épreuve les liens d’Israël avec l’administration Biden, qui a été catégorique dans son opposition à de telles mesures unilatérales, a déclaré un responsable proche du dossier au Times of Israel.

Un avis juridique signé en février par le procureur général de l’époque, Avichai Mandelblit, a ouvert la voie à la saisie par l’État des terres d’Evyatar pour un usage public.

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