Gaza : La France appelle Israël à la retenue
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Gaza : La France appelle Israël à la retenue

Paris souligne le droit des Palestiniens à manifester "pacifiquement" et "rappelle aux autorités israéliennes leur devoir de protéger les civils" lors des affrontements

Les Palestiniens participent à des manifestations aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP/Mohammed Abed)
Les Palestiniens participent à des manifestations aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP/Mohammed Abed)

La France a appelé Israël dimanche à faire preuve de retenue sur la frontière avec Gaza après la mort rapportée de 15 Palestiniens durant des manifestations violentes le long de la barrière de sécurité.

« La France rappelle aux autorités israéliennes leur devoir de protéger les civils et leur recommande vivement d’adopter la plus grande retenue », a expliqué une porte-parole du ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, selon Reuters.

« La France souligne également le droit des Palestiniens à manifester pacifiquement », a-t-elle ajouté.

L’armée israélienne a identifié 10 des 15 personnes tuées comme des membres de groupes terroristes palestiniens et publié une liste de leurs noms et du poste qu’ils occupaient au sein des organisations.

Les Etats-Unis ont bloqué samedi un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU recommandant vivement la retenue et appelant à l’ouverture d’une enquête sur les affrontements survenus à la frontière entre Gaza et Israël, ont expliqué les diplomates.

Des manifestants palestiniens durant les affrontements avec les forces israéliennes de sécurité sur la frontière avec Israël, à l’est de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er avril 2018 (Crédit : SAID KHATIB/AFP)

Le Koweït, qui représente les pays arabes au conseil, a présenté la proposition de résolution qui demandait une « enquête indépendante et transparente » sur les violences.

Le texte exprimait également de « graves inquiétudes concernant la situation sur la frontière ». Il réaffirmait le « droit aux manifestations pacifiques » et disait le « chagrin [du conseil] face à la perte de vies palestiniennes innocentes ».

Cette proposition a été présentée au Conseil vendredi mais, le samedi, les Etats-Unis ont soulevé des objections et ont indiqué qu’ils ne soutiendraient pas son adoption, a déclaré un diplomate à l’AFP.

La mission américaine n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

La proposition appelait également au « respect des législations internationales sur les droits de l’Homme et des lois humanitaires, notamment concernant la protection des civils », selon le projet de texte qui a été lu par l’AFP.

Les membres du Conseil ont appelé « toutes les parties à faire preuve de retenue et à empêcher l’escalade », disait la résolution. Elle soulignait également la nécessité de promouvoir la paix entre Israël et les Palestiniens sur la base d’une solution à deux états.

Des soldats israéliens regardent des manifestants palestiniens suite à une manifestation aux abords de la frontière avec Israël, à l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 mars 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/ Flash90)

L’Autorité palestinienne a reproché samedi aux Etats-Unis et au Royaume-Uni d’avoir obstrué l’initiative palestinienne et arabe visant à persuader le Conseil de sécurité à émettre une résolution critiquant Israël pour les 15 morts Palestiniens.

Samedi, le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres a appelé les parties concernées à « éviter toute action susceptible d’entraîner plus de victimes ». Il a également réclamé une enquête indépendante et transparente sur les morts et les blessés durant les affrontements de vendredi.

Vendredi, ce sont environ 30 000 Palestiniens qui ont participé à des affrontements le long de la frontière avec Gaza. Les émeutiers ont jeté des pierres et des grenades incendiaires sur les soldats israéliens de l’autre côté de la frontière, ont fait brûler des pneus et ont cherché à ouvrir des brèches et à endommager la barrière de sécurité, ouvrant le feu à une occasion sur les militaires israéliens.

L’armée israélienne a indiqué que ses tireurs n’avaient pris pour cible que les auteurs d’actions violentes explicites contre les militaires ou ceux qui s’en étaient pris à la barrière de sécurité, tentant de la franchir ou de la dégrader.

Une séquence vidéo a montré que dans un cas, un émeutier – classé par l’armée dans sa liste des membres du Hamas – a paru être touché par une balle alors qu’il fuyait la frontière. L’armée israélienne a riposté en accusant le Hamas de manipuler ses images et de faire des montages.

Un manifestant palestinien jette des pierres aux soldats israéliens durant une manifestation le long de la frontière avec Israël à l’est de Gaza City , le 31 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Des milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière de Gaza avec Israël vendredi dans la plus importante manifestation du genre de la mémoire récente, demandant que les Palestiniens soient autorisés à revenir sur la terre que leurs ancêtres ont quitté à partir de la Guerre d’Indépendance en 1948. La manifestation a été appelée la « marche du Retour ».

L’armée est restée en état d’alerte élevé même si les violences ont semblé s’apaiser vendredi soir dans un contexte de craintes persistantes d’éventuelles attaques, et notamment de tentatives d’infiltration sur le territoire et de tirs de roquette.

Les organisateurs du mouvement de protestation ont indiqué que les marches massives continueraient jusqu’au 15 mai, 70e anniversaire de l’établissement de l’Etat d’Israël. Pour les Palestiniens, ce jour est celui de la « nakba » ou catastophe, où des centaines de milliers de personnes avaient quitté volontairement ou non le territoire israélien durant la guerre de l’Indépendance de 1948. La vaste majorité des deux millions d’habitants de Gaza sont leurs descendants.

Lors des pourparlers de paix antérieurs, les Palestiniens ont toujours demandé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les Palestiniens qui avaient quitté ou avaient été dans l’obligation de quitter l’Etat juif lors de sa fondation. Les Palestiniens ne demandent pas seulement l’exercice de ce droit pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre qui atteindrait des dizaines de milliers de personnes – mais également pour leurs descendants, qui sont des millions.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait probablement accepter cette demande puisqu’elle signerait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. Le positionnement israélien est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants pourraient devenir les citoyens d’un Etat palestinien à l’apogée du processus de paix, comme cela avait été le cas des Juifs contraints à fuir les pays du Moyen-Orient en raison de gouvernements hostiles qui sont devenus par la suite des ressortissants israéliens.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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