GB : Un festival d’un an rend hommage aux réfugiés de l’Europe nazie
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GB : Un festival d’un an rend hommage aux réfugiés de l’Europe nazie

Selon la conservatrice de 'Insiders/Outsiders', qui a commencé le 2 mars, les Juifs fuyant les persécutions ont apporté de riches contributions à leur pays d'adoption

  • Haïfa, Israël, en 1959, une photo prise par Dorothy Bohm, la mère de Monica Bohn Duchen (Autorisation)
    Haïfa, Israël, en 1959, une photo prise par Dorothy Bohm, la mère de Monica Bohn Duchen (Autorisation)
  • Détail de ‘Haverstock Hill,’ (1938) de Walter Nessler, autorisation de la Pallant House Gallery, qui est l'une des oeuvres présentées dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders'. (Autorisation des héritiers de l'artiste)
    Détail de ‘Haverstock Hill,’ (1938) de Walter Nessler, autorisation de la Pallant House Gallery, qui est l'une des oeuvres présentées dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders'. (Autorisation des héritiers de l'artiste)
  • Un toaster Dualit de 1952, présenté dans une exposition de design dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' qui se penche sur les contributions apportées à la société britannique par les réfugiés de l'Europe nazie (Autorisation)
    Un toaster Dualit de 1952, présenté dans une exposition de design dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' qui se penche sur les contributions apportées à la société britannique par les réfugiés de l'Europe nazie (Autorisation)
  • Une oeuvre d'art présentée dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' (Autorisation)
    Une oeuvre d'art présentée dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' (Autorisation)
  • Une oeuvre d'art présentée dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' (Autorisation)
    Une oeuvre d'art présentée dans le cadre du festival 'Insiders/Outsiders' (Autorisation)

LONDRES — Un festival artistique britannique célébrant les réfugiés venus de l’Europe nazie et les contributions importantes qu’ils ont apportées à la culture du Royaume-Uni a débuté le 2 mars dans tout le pays. Il prendra fin au mois de mars de l’année prochaine.

Coïncidant avec le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, le festival, appelé « Insiders/Outsiders », rassemble un programme vibrant d’expositions, de concerts, de spectacles de danse et de performances de théâtre, des projections de films, des marches, des conférences ainsi que des événements littéraires et éducatifs.

Le coup d’envoi du festival est marqué par une série d’expositions, d’entretiens et de concerts, ainsi que par l’ouverture de deux expositions de design à Londres.

L’Isokon Gallery va accueillir une exposition intitulée « George Adams : Bauhausler au Royaume-Uni », qui se consacre à ce graphiste prolifique né en Autriche tandis qu’au London Transport Museum, « Émigré Poster Designers » présentera les travaux réalisés par Hans Schleger, Hans Ungar et László Moholy-Nagy.

Une conférence qui aura lieu dans le cadre de la Semaine du livre juif permettra de mieux découvrir Oscar Nemon, sculpteur peu connu à l’origine de certaines des statues publiques les plus emblématiques du Royaume-Uni – notamment celles de Freud et de Churchill. Des événements organisés à Londres et à Cambridge rendront hommage à l’écrivain et musicien né en Autriche Hans Keller ainsi qu’à son épouse, l’artiste Milein Cosman.

‘Underground Gets You There by Zero,’ (1935) par Hans Schleger. (Autorisation : London Transport Museum)

Initié par l’historienne de l’art, conservatrice et auteure Monica Bohm-Duchen, originaire de Londres, « Insiders/Outsiders » veut mettre en exergue les artistes, photographes, écrivains, architectes, historiens de l’art, négociants en art et éditeurs qui ont, par leurs contributions, considérablement enrichi la vie et la culture britanniques. De plus, une anthologie d’essais se consacrant aux arts visuels et éditée par Bohm-Duchen sera publiée ce mois-ci.

S’exprimant par téléphone auprès du Times of Israel, Bohm-Duchen, directrice artistique du festival, explique qu’elle en a eu l’idée alors qu’elle explorait le quartier Hampstead, au nord-ouest de Londres, espérant y trouver l’inspiration pour la mise en place d’un projet.

« J’ai eu la chance de grandir à Hampstead, un secteur où s’étaient installés un très grand nombre de réfugiés et il s’agissait donc d’un milieu culturel très riche », explique Bohm-Duchen.

« Il y a environ deux ans, je discutais avec un autre conservateur sur une exposition possible sur ce sujet et j’ai eu cette idée soudaine – pas exactement une révélation – que ce projet pourrait devenir bien plus important. Mais j’ignorais alors l’importance qu’il allait avoir », dit-elle.

De nombreuses institutions participent au festival, notamment la National Gallery, Glyndebourne, la Pallant House Gallery Chichester, le conservatoire Trinity Laban de musique et de danse et l’Institut des arts Courthauld. Pour Bohm-Duchen, l’événement est opportun et il arrive au bon moment.

Monica Bohm-Duchen a conçu le festival ‘Insiders/Outsiders’ qui célèbre les contributions des réfugiés de l’Europe nazie à la société et à la culture britannique (Autorisation)

« Alors que les questions de l’immigration et les sentiments de xénophobie prennent une fois encore une ampleur horrible, tout le monde estime que ce festival arrive à point nommé. Il ne s’agit pas seulement de signification historique, ça semble également et malheureusement très pertinent avec ce qu’il se passe aujourd’hui », dit-elle.

Mais l’initiative a également été influencée par des raisons personnelles.

« Et, plus profondément encore, je le fais pour mes parents. Ils sont arrivés au Royaume-Uni avant qu’il ne soit trop tard. Dans le cas de mon père, en 1938 et depuis la Pologne. Ma mère [la photographe célèbre Dorothy Bohm], a quitté pour sa part la Lituanie en 1939 », poursuit Bohm-Duchen.

Haïfa, Israël, en 1959, une photo prise par Dorothy Bohm, la mère de Monica Bohn Duchen (Autorisation)

« Les deux familles ont subi de profondes pertes pendant la Shoah et mon père en particulier. Il a perdu sa mère et sa soeur et il n’est jamais parvenu à en parler. Ce qui a laissé un réel impact sur mon enfance, même si je n’en ai pas eu pleinement conscience à ce moment-là », explique-t-elle.

Elle note que ses parents ont toujours exprimé de la gratitude envers le Royaume-Uni avec, en arrière-plan, la tragédie et la perte, jamais évoqués ouvertement.

« Et c’est de cela dont il est beaucoup question dans ce festival. Il évoque la célébration et l’accomplissement mais il évoquera également pour une grande partie du public, avec un peu de chance, le traumatisme et les difficultés de l’exil. Cela n’a pas été facile lorsque tous ces réfugiés sont arrivés », dit Bohm-Duchen.

« Je crois qu’il faut rappeler que le gouvernement britannique n’a pas facilité les choses alors. Mais il y a eu des individus, au Royaume-Uni, qui ont généralement voulu venir en aide – et ils l’ont fait », indique-t-elle.

Bohm-Duchen croit également que c’est le bon moment pour reconnaître ces gens qui, en accueillant et en travaillant aux côtés des émigrés, « ont choisi l’ouverture et l’internationalisme sur le provincialisme et la xénophobie ».

Détail de ‘Haverstock Hill,’ (1938) de Walter Nessler, autorisation de la Pallant House Gallery, qui est l’une des oeuvres présentées dans le cadre du festival ‘Insiders/Outsiders’. (Autorisation des héritiers de l’artiste)

Mais au-delà de sa vie personnelle, en tant qu’historienne d’art et de la culture, Bohm-Duchen est consciente des contributions apportées par la génération de ses parents.

« Je le dis en passant », poursuit-elle. « Je pense qu’il y a une opportunité réelle d’examiner l’impact et les contributions apportées de manière plus nuancée et à travers un vaste spectre de formes et d’expériences artistiques ».

« Insiders/Outsiders » coïncide avec le centenaire de la création de l’école Bauhaus d’art, d’architecture et de design, fondée par l’architecte Walter Gropius en 1919.

L’école avait été fermée par ses responsables en 1933 sous la pression du régime nazi mais même si elle n’avait pas existé longtemps, elle aura été marquée par des anciens élèves influents comme Anni Albers, Marcel Breuer et László Moholy-Nagy. L’école elle-même fait l’objet d’une exposition, « L’école Bauhaus au Royaume-Uni », qui débutera au mois de juin au Tate Britain.

« Très peu de gens savent combien de très grands noms de Bauhaus [comme László Moholy-Nagy, Walter Gropius et Marcel Breuer] sont venus – même brièvement – au Royaume-Uni, ce qu’ils y ont fait et l’influence qu’ils ont pu avoir ici. Cela a été une période de transition importante pour eux », dit-elle.

Un toaster Dualit de 1952, présenté dans une exposition de design dans le cadre du festival ‘Insiders/Outsiders’ qui se penche sur les contributions apportées à la société britannique par les réfugiés de l’Europe nazie (Autorisation)

En automne, l’Institut royal des architectes britanniques (RIBA) présentera une exposition consacrée aux contributions dans le secteur de l’architecture de ces importantes personnalités de Bauhaus.

Plus tard dans l’année, la William Morris Gallery de Londres organisera la première exposition explorant la relation avec l’école Bauhaus du créateur textile britannique William Morris. La Pallant House Gallery Chichester présentera pour sa part des peintures et des dessins de l’artiste et potière Grete Marks — également connue sous le nom de Margarete Heymann — formée à l’école Bauhaus.

C’est difficile de mettre en lumière un aspect particulier du festival, selon Bohm-Duchen.

« C’est tellement vaste. Plus généralement, j’espère que le festival saura révéler au public l’importance – et l’influence prégnante – que ces artistes ont eues dans toutes ces formes différentes d’art et en fait, bien au-delà », dit-elle.

Même si le festival se concentre en premier lieu sur les arts, Bohm-Duchen souligne qu’il comprend également des événements liés aux contributions remarquables apportées par les réfugiés dans d’autres secteurs, comme la science et la psychanalyse.

Pour Bohm-Duchen, il est important de reconnaître le lien entre l’expérience passée et celle, bien présente, vécue par les réfugiés.

« En examinant la génération des réfugiés des années 1930 et 1940, cela aidera, je l’espère, à nous rendre plus empathiques vis-à-vis des réfugiés qui viennent aujourd’hui dans ce pays, en comprenant que leurs contributions aussi peuvent être immenses, même si ce n’est pas évident dans un premier temps », conclut-elle.

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