Haim Gouri, poète vétéran de la guerre israélienne, meurt à 94 ans
Rechercher
Nécrologie

Haim Gouri, poète vétéran de la guerre israélienne, meurt à 94 ans

Auteur prolifique, journaliste et réalisateur de documentaires, le doyen du poème en hébreu à l'ère du Palmach a donné une voix à la douleur et à la fierté d'Israël

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le poète vétéran israélien, romancier et réalisateur de documentaires Haim Gouri à son domicile de Jérusalem, le 6 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le poète vétéran israélien, romancier et réalisateur de documentaires Haim Gouri à son domicile de Jérusalem, le 6 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Haim Gouri, poète vétéran israélien, romancier, journaliste et réalisateur qui, au cours d’une carrière longue de 70 années, a donné une voix à certains des moments les plus importants et les plus troublés du pays, est décédé mercredi à l’âge de 94 ans.

Né à Tel Aviv en 1923, Gouri avait rejoint le groupe paramilitaire pré-état du Palmach en 1941, participant à un certain nombre d’opérations contre les forces du mandat britannique qui étaient stationnées dans la Palestine d’alors et il était devenu l’une des premières recrues à achever la formation des commandants des forces d’élite.

Son père Israël Gouri était l’un des fondateurs du Mapaï, le parti du premier Premier ministre israélien David Ben Gourion, et député de 1948 à 1965.

Dans le cadre de son service, il avait été envoyé en Hongrie en 1947 pour aider les survivants de la Shoah à émigrer au sein de la Palestine mandataire avant de devenir commandant-adjoint d’une compagnie de la brigade du Negev du Palmach au cours de la guerre d’Indépendance de 1948.

Considéré comme un doyen de la poésie en hébreu de l’époque du Palmach, son premier livre, Les fleurs de feu, détaillait ses expériences personnelles pendant la guerre et donnaient une voix à cette dualité de douleur et de fierté ressentie par un grand nombre des tous premiers soldats israéliens.

L’un des poèmes les plus emblématiques et douloureux de cette collection, « Ici reposent nos corps », a été consacré au « Lamed Hey », ce convoi de 35 soldats de la Hagana qui avait été pris en embuscade et tué durant une tentative de réapprovisionnement des habitants du kibboutz du Gush Etzion en 1948, et il avait aidé à immortaliser ce récit dans les annales aux balbutiements de l’histoire d’Israël.

Haim Gouri, à gauche, au Palmach en 1949. (Crédit : Archives du Palmach Archive/Domaine public)

Il avait ensuite écrit plusieurs autres volumes de poésie qui ont traité de la plupart des premiers conflits militaires d’Israël et de certains événements emblématiques.

Il s’était fait une réputation de réalisateur de documentaires et de journaliste talentueux. En tant que journaliste, il avait écrit dans les quotidiens – aujourd’hui disparus – Lamerhav et Davar et s’était distingué lors de sa couverture du procès d’Adolf Eichmann en 1961, dont il avait tiré un livre, La cage de verre, traduit dans plusieurs langues et qui avait contribué à sa notoriété à l’étranger.

Cinéaste documentariste, il avait aussi tourné plusieurs films consacrés à la Shoah. Lauréat de nombreuses récompenses dont le prestigieux Prix d’Israël en 1988, Haïm Gouri, qui était proche de l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin assassiné en 1995, plaidait pour la paix avec les Palestiniens.

Alan Mintz, dans le journal Jewish Review of Books, avait noté en évoquant les cérémonies organisées pour le 90e anniversaire de Gouri : « Il est difficile d’exagérer l’importance de la poésie au sein de la culture israélienne du 20e siècle. Le désengagement volontaire des croyances et des pratiques orthodoxes qui a accompagné la révolution sioniste a laissé sans objet les besoins spirituels des Israéliens laïcs, et l’écriture et la lecture de la poésie sont devenus souvent une sorte de sacrement qui est venue combler ce vide. Commençant en Europe de l’est et se poursuivant en Palestine, les lecteurs hébreux se sont intéressés aux poètes non seulement pour illuminer leurs expériences privées mais aussi pour servir de prophètes laïcs ».

Gouri, avait écrit Mintz, bénéficie du statut non-officiel de poète national en particulier en raison de ses capacités et de sa volonté de « manifester de la sympathie à la nation ».

En 1988, Gouri avait remporté le prestigieux prix d’Israël pour sa poésie. Et il n’a jamais arrêté d’écrire. Son recueil de poèmes, « Eyval » a été publié alors qu’il avait 86 ans.

Il n’était pas connu en Amérique mais avait acquis une renommée en Europe, ayant passé un an à la Sorbonne après avoir terminé ses études à l’université Hébraïque de Jérusalem.

Le poète israélien, romancier et réalisateur de documentaires Haim Gouri à son domicile de Jérusalem, en 1986 (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Certains de ses poèmes ont été mis en musique, le plus connu étant « Bab El Wad », avec des paroles de Gouri et une musique de Shmuel Farshko.

La chanson fait référence à la petite portion étroite de route, longue de 23 kilomètres, qui mène de Tel Aviv à Jérusalem et qui était utilisée pour faire venir des approvisionnements à Jérusalem durant le siège de la ville.

Les politiciens de l’ensemble du spectre politique ont salué mercredi la mémoire de Gouri. Dans un communiqué, le président israélien Reuven Rivlin a déploré la mort « du poète national, un homme qui était à la fois un combattant et un intellectuel ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que ses poèmes étaient « une partie du patrimoine de l’Etat d’Israël ».

Francophile, Haïm Gouri avait vécu un temps en France et étudié à la Sorbonne. Il avait traduit en hébreu les grands poètes français, notamment Baudelaire, Rimbaud et Apollinaire mais aussi des romans de Pagnol et Claudel.

Le ministère français de la Culture l’avait nommé en 2011 chevalier de l’ordre des Arts et des lettres, le qualifiant « d’homme de paix, âme vivante de l’histoire d’Israël et amoureux de la langue française ».

Répondant à la nouvelle de sa mort, la ministre de la Culture Miri Regev a déclaré que Gouri était « l’un des grands poètes de la génération de 1948 qui aura annoncé le renouveau de notre peuple sur notre terre ».

« Gouri était et il restera toujours l’une des ‘fleurs de feu’ de notre renouveau national dans l’etat d’Israël », a-t-elle ajouté, se référant au titre de son recueil de 1949.

Le président de la Knesset Yuli Edelstein a pour sa part noté que « l’histoire de la vie de Gouri est entremêlée à l’histoire d’Israël et ses poèmes font et feront toujours partie de la philosophie israélienne ».

Le chef du Parlement a ajouté qu’il donnerait le nom de Gouri à l’un des jardins de l’institution.

Gouri laisse derrière lui son épouse, trois filles et six petits-enfants.

« Quand on demandait à Papa : ‘Comment tu vas ?’, il répondait de deux façons », a déclaré sa fille Hamutal au micro de la radio militaire mercredi matin. « Il disait : ‘Je vais comme se porte ma nation’, ou ‘la terre d’Israël me fait mal’. Il était lié à sa terre dans tout ce qui formait son âme ».

Jessica Steinberg a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...