Réactions à l’hommage de la France à Pétain
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Réactions à l’hommage de la France à Pétain

"Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire, comme chaque année," a déclaré le président français

L'entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)
L'entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a dénoncé mercredi une « mauvaise polémique » après les critiques contre Emmanuel Macron, jugeant « légitime » de rendre hommage au maréchal Pétain samedi aux Invalides.

« Je ne rentrerai pas dans cette mauvaise polémique », a déclaré M. Griveaux, appelant à ne pas faire de « raccourcis douteux » avant de citer une phrase du Général de Gaulle en 1966 sur Pétain selon lequel « sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la Patrie ».

Juste avant le conseil des ministres délocalisé à Charleville-Mézières, Emmanuel Macron avait jugé « légitime » de rendre hommage au maréchal Pétain samedi aux Invalides, soulignant que le dirigeant du régime de Vichy avait été « pendant la Première guerre mondiale un grand soldat », même s’il a « conduit des choix funestes » pendant la Deuxième. Pétain était le chef du régime de vichy qui a collaboré avec Adolf Hitler.

Avec les sept autres maréchaux de la Grande guerre, Philippe Pétain sera célébré samedi aux Invalides, lors d’une cérémonie à laquelle participeront les responsables militaires français dont le chef d’état-major particulier du président, l’amiral Bernard Rogel.

Le président français Emmanuel Macron lors d’une cérémonie nationale d’hommage aux victimes du terrorisme de Paris, le 19 septembre 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / POOL / Ludovic MARIN)

« Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d’état-major sera présent à cette cérémonie », a dit M. Macron, interrogé par des journalistes en arrivant à la Préfecture des Ardennes pour un Conseil des ministres délocalisé.

« Il ne faut pas faire de raccourcis douteux. Pétain a servi la patrie en 14 et l’a trahie en 40 », a renchéri M. Griveaux lors d’un point de presse.

La déclaration du chef de l’Etat a suscité de nombreuses critiques, notamment de la part du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui s’est dit « choqué ».

Plusieurs élus, surtout à gauche, ont également protesté. « Le maréchal #Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. #Pétain est un traitre et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c’est trop ! L’Histoire de France n’est pas votre jouet », a tweeté le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon,

« Jen-Luc Mélenchon ? C’est fort de café », a répliqué le porte-parole du gouvernement. « Je le renvoie à l’histoire de France, s’il la méconnaît il est temps qu’il se replonge dans ses livres d’histoire. Vous connaissez son goût pour la provocation, nous ne tomberons pas dans ce panneau. »

« Je ne rentrerai pas dans cette mauvaise polémique, pas sur un territoire ou des millions des personnes qui se sont entretuées », a conclu M. Griveaux.

Benjamin Griveaux fume une cigarette au Chateau de Versailles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AP/Thibault Camus, Pool)

« Non Président Emmanuel Macron, jamais un grand soldat n’aurait livré résistants et Juifs, dont d’anciens combattants, à la barbarie nazie ni adopté des lois antisémites qui souillent notre histoire. Son nom reste synonyme de trahison. C’est plus que funeste, » a déploré Meyer Habib, député juif de l’Union des démocrates et indépendants (UDI).

« L’indignité nationale dit clairement les choses. Si l’on peut, comme Clémenceau, ‘considérer l’Histoire comme un bloc’, en ces temps de commémoration, il eut fallu faire appel à nos héros pour célébrer l’unité nationale, pas à des figures qui se sont dramatiquement illustrées, » a écrit le grand-rabbin de France, Haïm Korsia.

« Cette tentative de réhabilitation d’individus qui ont inspiré ou organisé l’exclusion, la rafle et la déportation des juifs de France est une insulte à la mémoire des juifs assassinés et aux héros de 14-18 qui se sont opposés à l’antisémitisme d’Etat de Vichy et de Pétain, » a déclaré Sacha Ghozlan, président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).

« Cette décision, à tout le moins, accompagne une stratégie de réhabilitation des figures de l’autoritarisme, de l’antisémitisme et du racisme que nous voyons à l’oeuvre à l’extrême droite et dans une partie du monde (pseudo)-intellectuel. C’est donc une décision immorale sur le fond et grave sur ses conséquences politiques, » a déclaré Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

L’ex-candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon, fondateur du mouvement Générations, a jugé que « rien ne justifie une telle honte ». « Honorer Simone Veil au Panthéon ET EN MÊME TEMPS le traitre antisémite Pétain aux Invalides. Rien ne justifie une telle honte. Quand on préside la France, il faut se montrer un peu plus à la hauteur de son histoire ». « (…) L’itinérance mémorielle d’ Emmanuel Macron est en réalité une incroyable errance éthique et morale. »

« Pétain, c’est la déportation. Il est dans les poubelles de notre histoire nationale et doit y rester. Il est inacceptable que le président de la République transforme les commémorations du 11 novembre en opération de réhabilitation de Pétain. Dans ces conditions, je boycotterai les cérémonies du 11 novembre, » a déclaré Ian Brossat, tête de liste du Parti communiste français (PCF) pour les élections européennes.

« Au moment de la commémoration du 50e anniversaire de Verdun, le général de Gaulle lui-même considérait qu’il fallait rendre hommage au vainqueur de Verdun. Emmanuel Macron dit à peu près la même chose. Je crois qu’aujourd’hui, au-delà des souffrances – je pense aux propos du Crif – il y a lieu de rendre hommage au général Pétain. Ça a été une bataille décisive en 1916, c’est lui qui a repris le moral des troupes en 1917 après les mutineries. Tout ça justifie bien un hommage à ce grand homme, tout en rappelant : ce n’est absolument pas un hommage ou un aveu de faiblesse à l’égard de valeurs qu’il a piétinées. Je crois qu’on peut trancher la vie d’un homme en deux, » a déclaré à la presse Philippe Gosselin, député Les Républicains (LR).

« La République ne doit pas rendre hommage à Philippe Pétain qui a fait le choix d’abattre la République, de collaborer et de participer à la Shoah, et a été condamné à la libération de la France. Je vous demande solennellement d’exclure Philippe Pétain de cette commémoration. Je ne peux, comme citoyen et parlementaire, et comme beaucoup de Français accepter votre décision de lui rendre hommage qui va de surcroît déchirer notre pays et notre mémoire collective, » a écrit Rachid Temal, sénateur socialiste du Val d’Oise, sur Twitter.

« Réhabiliter Pétain est une impossibilité morale et historique. Une faute majeure de Macron. La victoire de Verdun a été effacée par la trahison et l’immonde collaboration de Vichy, » a déclaré Florian Philippot, fondateur du parti Les Patriotes.

« Pétain ne peut pas avoir été accusé de haute trahison, condamné à l’indignité nationale et à mort en 1945 et ‘en même temps’ bénéficier d’un hommage national en 2018. Cette confusion est une blessure à la mémoire nationale, » a déclaré Boris Vallaud, porte-parole du Parti socialiste (PS).

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