Hommages à John McCain, « défenseur d’Israël » et « homme de principes »
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Hommages à John McCain, « défenseur d’Israël » et « homme de principes »

Les groupes juifs et les politiciens israéliens ont rendu hommage à feu le sénateur pour son engagement en faveur de l'Etat Juif et sa capacité à s'élever au-delà de la politique

Le Sénateur américain John McCain en visite à Jérusalem, 4 janvier 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Sénateur américain John McCain en visite à Jérusalem, 4 janvier 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les leaders israéliens ont salué la mémoire de John McCain, « véritable ami » de l’Etat d’Israël, dans la matinée de dimanche, alors que les hommages se multiplient en souvenir de ce député de longue date et ancien candidat à la présidentielle qui s’est éteint à l’âge de 81 ans.

Aux Etats-Unis et en Israël, McCain a été salué par les politiciens, les groupes juifs et d’autres comme un héros américain, mais aussi comme un ami et une personnalité qui ne craignait pas de dire ce qu’il pensait.

Le président Reuven Rivlin a commémoré un « grand leader, défenseur de son peuple, un homme de valeurs fortes et un véritable soutien d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a émis pour sa part un communiqué dans la matinée de dimanche à la suite du décès du sénateur du sénateur américain :

« Je suis profondément attristé par le décès de John McCain, grand patriote américain et formidable soutien d’Israël. Je chérirai toujours l’amitié constante qu’il a montrée à la population israélienne et à moi personnellement. Son soutien à Israël n’a jamais failli. Il découlait de sa foi dans la démocratie, dans la liberté. L’Etat d’Israël salue Jonh McCain », dit ce communiqué.

La cheffe de l’opposition Tzipi Livni (Union sioniste) a indiqué que McCain avait été « un héros de guerre qui aura continué à se battre dans la vie publique pour ses convictions d’une voix claire et constante et ce, jusqu’à ses derniers jours ».

« Il adorait Israël, il avait foi en la justice et il a toujours appuyé sa sécurité. Israël doit le remercier grandement. J’ai eu le privilège de travailler à ses côtés et je me souviendrai toujours du grand homme qu’il était », a ajouté Livni, qui était ministre des Affaires étrangères lorsque McCain était venu en Israël en 2008.

Le sénateur John McCain, à droite, le sénateur right Joseph Lieberman, au centre et le sénateur Lindsay Graham lors d’une réunion avec Tzipi Livni à Jérusalem, le 19 mars 2008 (Crédit : Yossi Zamir/ Flash90)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked a indiqué que McCain était « l’un des plus grands amis d’Israël ».

« Il adorait son pays de toute sa force et il reconnaissait les défis que devait affronter Israël. En plus de 36 années passées au service du public à la chambre des Représentants et au sénat, les gouvernements israéliens ont toujours su qu’ils avaient en lui un ami », a-t-elle écrit sur Twitter.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, a également qualifié McCain « un véritable ami d’Israël ».

McCain, républicain qui aura servi pendant trois décennies au sénat américain et qui s’était présenté par deux fois à la présidence, aura toujours été un fervent soutien d’Israël au cours de sa longue carrière dans la politique américaine.

Il est décédé samedi dans son ranch en Arizona après une bataille d’une année contre un cancer du cerveau. Samedi soir, un char funèbre noir accompagné d’une escorte de la police l’a emmené du ranch situé à proximité de Sedona où le sénateur républicain a passé ses dernières semaines.

« Mon coeur est brisé. J’ai tellement de chance d’avoir vécu l’aventure d’avoir aimé cet homme incroyable pendant 38 ans. Il est parti comme il a vécu, comme il l’avait décidé, entouré de ceux qu’il adorait, à l’endroit qu’il aimait le plus », a écrit Cindy, sa veuve, sur Twitter.

Rejeton d’une famille militaire décorée, McCain aura pleinement assumé sa fonction de président de la commission des services armés, prônant un interventionnisme militaire agressif des Etats-Unis à l’étranger et désireux de contribuer à « vaincre les forces de l’islam radical qui veulent détruire l’Amérique ».

Cette personnalité robuste aura toujours été engagé avec ferveur en faveur de l’Etat juif.

« Avocat passionné du leadership mondial américain, le sénateur McCain déplorait à juste titre ceux qui favorisaient l’idée d’un retrait américain des affaires du monde », a commenté David Harris, directeur-général de l’AJC (American Jewish Committee), dans un communiqué.

Le sénateur John McCain, à gauche, aux côtés du ministre de la Défense israélien Ehud Barak, le 19 marts 2008 (Crédit : Matty Stern/US Embassy/Flash90)

L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a qualifié McCain « de défenseur extraordinairement courageux de la liberté ».

« A travers toute sa carrière au Congrès, le sénateur McCain s’est tenu aux côtés d’Israël et pendant toute sa vie, il s’est dressé en faveur des alliés de l’Amérique et de nos valeurs démocratiques partagées », a continué le communiqué de l’organisation.

Et la volonté de McCain d’établir des relations avec toute la sphère politique – même avec les démocrates libéraux, ce qui aura probablement écarté des urnes certains conservateurs – s’était également élargie à la communauté juive, dans laquelle il oeuvrait avec les militants des droits de l’Homme.

« Il était un défenseur infatigables des problèmes et des principes qui nous tiennent au coeur, depuis la réforme de la campagne du système de finances brisée jusqu’aux initiatives visant à interdire l’usage de la torture de la part des autorités américaines en passant par son vote déterminant l’année dernière encore pour sauver la loi sur la santé, l’Affordable Care Act », a déclaré le rabbin Jonah Dov Pesner, directeur du Centre d’action religieuse du mouvement réformé.

« Sur ces questions et d’autres, notamment dans la lutte contre le changement climatique et le renforcement des relations entre les Etats-Unis et Israël, nous avons eu l’honneur de travailler avec lui. Et lorsque nous avions des éléments de désaccord, le sénateur McCain se montrait toujours honnête et franc ».

Dans son communiqué écrit en hommage à McCain, le Jewish Democratic Council of America a noté que l’homme « s’était élevé au-delà de la politique et qu’il incarnait ses valeurs ».

Joe Lieberman, à gauche, et John McCain au mor Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 19 mars 2018 (Crédit : Nati Shohat /FLASH90)

La volonté de résister à son parti aura peut-être été plus prononcée encore dans son franc-parler sur la torture, un sujet sur lequel il avait trouvé des points communs avec les Juifs libéraux. Il avait longuement rencontré le groupe Rabbis for Human Rights (dorénavant connu sous le nom de Truah) en 2005, ce qui avait laissé des traces. Le groupe avait sensibilisé McCain sur l’interdiction par la Haute cour israélienne de la torture en 1999 – quelque chose qu’il devait fréquemment évoquer par la suite.

McCain s’était rendu pour la première fois au sein de l’Etat juif à la fin des années 1970 et une scène à l’aéroport Ben-Gurion avait déclenché sur ce qui devait devenir pour lui deux passions fondamentales dans sa carrière politique : Israël et les droits de l’Homme. McCain accompagnait alors le sénateur Henry « Scoop » Jackson, représentant de Washington, qui avait été à l’origine des pressions exercées sur les administrations Ford et Nixon d’amener l’Union soviétique à permettre l’émigration juive.

« Et je n’oublierai jamais qu’à l’aéroport, il y avait une foule de personnes qui étaient venues afficher leur appréciation de Scoop et qu’il nous avait demandé de s’arrêter de manière à ce qu’il puisse saluer l’épouse de Natan Sharansky, et je ne l’oublierai jamais jusqu’à la fin de ma vie », avait confié McCain dans une interview de campagne accordée au Los Angeles Jewish Journal.

Il sera venu au sein de l’Etat juif à plusieurs occasions durant toute sa carrière politique, notamment un certain nombre de fois en compagnie de son ami le sénateur Joseph Lieberman, juif orthodoxe qui s’était présenté au poste de vice-président aux côtés d’Al Gore en l’an 2000.

De gauche à droite : le sénateur Richard Blumenthal, le sénateur Kelly Ayotte, le sénateur, John McCain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le sénateur Christopher Coons, le sénateur Sheldon Whitehouse et l’ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO / Flash90)

Cette amitié lui avait même valu une raillerie de la part de Jon Stewart, comédien qui était à la fois un ami et un adversaire de McCain. Ainsi, quelqu’un aurait dû dire, avait plaisanté Stewart sur le plateau du « The Daily Show », qu’il y avait déjà beaucoup de Juifs en Israël et qu’il n’était pas nécessaire qu’il en amène un de son côté.

McCain s’était également présenté à la présidence en l’an 2000, s’inclinant finalement lors des primaires républicaines face à George W. Bush. En 2008, il avait réfléchi à faire de Lieberman son colistier mais l’establishment du parti républicain avait résisté, disant que l’appui donné par Lieberman aux droits reproductifs écarterait les conservateurs et McCain, à la dernière minute, avait finalement choisi Sarah Palin, gouverneure de l’Alaska.

Lors des élections de 2008 et plus tard, McCain avait vigoureusement prôné l’utilisation de tous les moyens de pression possibles pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.

« Je dois vous regarder dans les yeux et vous dire que les Etats-Unis d’Amérique ne pourront jamais permettre une deuxième Shoah », avait-il déclaré pendant sa campagne à la Deuxième chaîne israélienne.

Le sénateur John McCain, alors candidat à la présidence du parti républicain, à la Salle des noms au musée du mémorial de la Shah de Yad Vashem à Jérusalem, le 18 mars 2008 (Crédit : Michal Fattal/ Flash90)

McCain avait critiqué Obama de manière répétée pour sa volonté de rencontrer les leaders iraniens et il aura plus tard mené la lutte contre l’accord de 2015 réalisé à l’initiative de ce dernier et qui avait mis en place un allègement des sanctions en échange d’un arrêt partiel du programme sur le nucléaire de Téhéran.

En 2016, il avait qualifié une résolution du conseil de Sécurité de l’ONU qui avait condamné Israël pour les constructions dans les implantations en Cisjordanie – qui avait été adoptée après que les Etats-Unis n’ont pas opposé leur véto – « un autre chapitre scandaleux ».

D’autres, depuis le président Donald Trump au chef du sénat Chuck Schumer, ont également rendu hommage à feu McCain dans la soirée de samedi et dans la matinée de dimanche.

Une brève déclaration de Trump faite sur Twitter a noté que « les pensées et les prières » du président américain étaient dirigées vers la famille de McCain. La First lady Melania Trump a remercié McCain pour les services rendus à la nation, dont plus de cinq ans comme prisonnier de guerre ainsi que six mandats au sénat.

Trump et McCain auront été en conflit jusqu’à la fin. Le président, qui avait tourné en ridicule la capture de McCain au Vietnam durant la campagne de 2016, s’en était pris au sénateur même après sa maladie pour avoir voté contre les efforts républicains d’abandonner la loi sur les soins de santé mise en place par le président Barack Obama. Au début de l’été, McCain avait émis un communiqué cinglant critiquant la rencontre de Trump avec le président russe Vladimir Poutine.

D’anciens présidents, notamment ceux qui avaient bloqué les ambitions nourries par McCain lorsqu’il voulait accéder à la Maison Blanche, ont rendu des hommages émouvants.

Obama, qui l’avait emporté sur McCain lors du scrutin de 2008, a déclaré que malgré leurs différences, McCain et lui-même partageaient « une fidélité à quelque chose de supérieur – ces idéaux pour lesquels des générations d’Américains et d’immigrants ont lutté, manifesté, pour lesquels ils se sont sacrifiés ».

Obama a ajouté que les deux opposants politiques avaient « envisagé nos batailles comme un privilège, une noblesse, une opportunité de servir comme gardiens de ces idéaux élevés dans le pays et de les faire avancer dans le monde entier ».

L’ancien président George W. Bush, qui avait battu McCain lors de la nomination du candidat républicain à la présidentielle en l’an 2000, a qualifié son ancien rival d’homme « de convictions profondes, un patriote de premier ordre », évoquant également « un ami qui me manquera profondément ».

McCain était le fils et le petit-fils d’amiraux et il avait suivi leurs exemples en entrant à l’académie navale des Etats-Unis. Pilote, son avion avait été abattu pendant la guerre du Vietnam et il était resté en captivité pendant plus de cinq ans. Il avait ensuite remporté un siège à la Chambre et, en 1986, au sénat, où il sera resté durant toute sa vie.

Le leader de la majorité au sénat Mitch McConnell a déclaré que McCain était « une personnalité fascinante ».

« Il était occasionnellement en mauvaise posture auprès de membres variés – cela a également été le cas avec moi – et quand les choses se tassaient, c’était comme si rien n’était arrivé », a commenté samedi McConnell après un dîner d’Etat des républicains organisé à Lexington, au Kentucky. « Il avait également un sens de l’humour extraordinaire, ce qui aidait à désarmer tous les moments de tensions ».

L’ancien vice-président Joe Biden, devenu ami avec McCain lorsque les deux hommes se trouvaient au sénat, a déclaré que la disparition du législateur de l’Arizona « jettera longuement son ombre ».

« L’esprit qui l’animait ne sera jamais éteint : Nous sommes là pour nous consacrer à quelque chose de bien plus élevé que nous », a dit Biden.

Un hommage à McCain devrait être rendu en Arizona et à Washington avant son inhumation qui aura probablement lieu cette semaine au cimetière naval de l’Arizona, sur une presqu’île qui surplombe le fleuve Severn.

D’autres plans prennent également forme. Le sénateur Chuck Schumer, représentant démocrate de New York, a indiqué souhaiter baptiser le bâtiment du sénat qui hébergeait les bureaux de McCain du nom de l’ancien sénateur, qui aura siégé à la tête de la commission du commerce et de la commission des services armés.

« Lorsqu’on traverse la vie, on rencontre peu de personnalités vraiment extraordinaires. John McCain était l’une d’elles », a expliqué Schumer.

« Et peut-être, plus que tout, c’était quelqu’un qui disait la vérité – quelqu’un qui n’avait jamais peur de dire ce qu’il pensait au pouvoir à une époque où c’est devenu beaucoup trop rare ».

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