Israël en guerre - Jour 141

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ReportageNous ne pouvons pas abandonner ce pays

Inquiètes pour l’avenir, les Savtot de Tel Aviv manifestent contre la refonte

Unique en son genre sur la scène des manifestations, des personnes âgées ont envahi la place HaBima avec leurs chaises portables pour protester elles-aussi

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

  • Une femme participe à une manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel-Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)
    Une femme participe à une manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel-Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)
  • Des Israéliens participent à une manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)
    Des Israéliens participent à une manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)
  • Des femmes se rendent en bus à la manifestation "Savtot pour la démocratie" de leur maison de retraite à Tel Aviv, le 20 avril 2022 (Crédit : Rossie Gelb)
    Des femmes se rendent en bus à la manifestation "Savtot pour la démocratie" de leur maison de retraite à Tel Aviv, le 20 avril 2022 (Crédit : Rossie Gelb)
  • Une pancarte qui affiche : "Bibi, va le raconter à ta grand-mère", aperçue à la manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)
    Une pancarte qui affiche : "Bibi, va le raconter à ta grand-mère", aperçue à la manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)

Une dizaine de grands-mères sont montées dans un bus jeudi pour se rendre de leur résidence pour personnes âgées du centre d’Israël à la place HaBima de Tel-Aviv. En temps normal, leur chauffeur les dépose là pour assister à un spectacle ou à un concert du philharmonique. Mais cette fois-ci, elles se sont venues pour se joindre à des centaines d’autres personnes âgées, appartenant au mouvement des grands-mères contre la réforme, venus manifester contre le projet du gouvernement de renforcer les pouvoirs politiques tout en limitant le pouvoir judiciaire.

« Nous avons fait notre affiche, avec nos petits-enfants et nous avons écrit combien nous en avons [92 au total] », a confié Rossie Gelb, qui a 81 ans, et fait partie de la dizaine de résidentes venues manifester.

La manifestation de jeudi était la deuxième organisée par « Savtot for Democracy » [grands-mères pour la démocracie], qui utilise le terme hébreu pour grand-mère.

Fondé il y a seulement six semaines par Anne Berkeley, 70 ans, une Glaswégienne qui a élu domicile en Israël en 1978, le mouvement espère ajouter ce que Berkeley appelle des voix négligées parmi la panoplie d’organisations de protestation qui ont vu le jour en réponse aux projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Beaucoup de gens ne voient pas ou n’entendent pas les femmes plus âgées… Nous arrivons à un certain âge, nos cheveux deviennent plus gris, et nous devenons invisibles d’une certaine manière », a déclaré Mme Berkeley.

Mme Gelb, qui a elle-même immigré de Montréal en Israël en 1961 où elle a élevé ses quatre enfants, s’est fait l’écho de ce sentiment en déclarant que ce nouvel arrivant sur la scène de la protestation lui donnait un sentiment de « soutien ».

Des femmes se rendent en bus à la manifestation « Savtot pour la démocratie » de leur maison de retraite à Tel Aviv, le 20 avril 2022 (Crédit : Rossie Gelb)

Rassemblées sur la place HaBima, les femmes ont été rejointes par des centaines d’autres grands-parents, accompagnés de leurs enfants et petits-enfants, venus pour les soutenir. Nombre d’entre eux avaient apporté leurs propres chaises de jardin pour faciliter l’accès à la place, et ont formé un cercle serré autour duquel la manifestation s’est élargie.

« Un participant a demandé à une femme âgée : « Où sont vos petits-enfants ? »

« À l’armée ! », a-t-elle répondu en souriant.

Marguerite Director, 65 ans, est venue accompagnée de trois de ses cinq petits-enfants, et de sa fille. En présentant ses enfants, elle a expliqué qu’il était important pour elle de se joindre au mouvement jeudi « parce qu’il s’agit de leur avenir, je m’inquiète pour eux ».

Ronit et Miki, de amies de longue date, septuagénaires, qui n’ont pas souhaité donner leur nom de famille, étaient assises à proximité.

Assise dans sa chaise, Ronit a émis des critiques acerbes. « S’ils réussissent à faire cela, c’est la destruction complète d’un rêve vieux de 2 000 ans », a-t-elle déclaré, insinuant que la réforme judiciaire du gouvernement marquerait la fin du rêve sioniste. « La nuit, nous ne dormons pas tellement nous sommes inquiètes « .

Miki partage ce point de vue et ajoute qu’elle se participent aux manifestations contre la refonte « tous les samedis soir”, et qu’elles en sont actuellement à leur 15e semaine de manifestation.

Des Israéliens participent à une manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)

La députée d’Avoda Efrat Rayten, que l’on aperçoit souvent aux manifestations, s’est adressée à la foule en déclarant qu’il y a quatre mois, des manifestants comme ceux qui rassemblés là « se sont réveillés parce que [le gouvernement] parlait de nous priver de nos droits les plus élémentaires, ceux pour lesquels nous nous sommes battus ».

La journaliste Peerli Shahar a ciblé son message sur les partisans du Likud, le parti de Netanyahu, qui a porté sa coalition au pouvoir après les dernières élections.

« Nous tenons à préciser à nos amis électeurs du Likud que nous sommes là pour vous aussi. Ce coup d’État judiciaire affectera les droits de tout un chacun », a affirmé Mme Shahar, avant de détailler une multitude de droits des femmes et de libertés religieuses qui seraient menacés, dès lors qu’un appareil judiciaire indépendant et doté de pouvoirs ne pourrait plus faire rempart aux politiques avancées par les partenaires d’extrême-droite et religieux de la coalition du Likud.

L’un des manifestants a crié « Honte ! », incitant la foule à entonner des chants. Le slogan « Démocratie ou rébellion », couramment utilisé dans les manifestations antigouvernementales, a également traversé l’assemblée, accompagné par un orchestre qui a par ailleurs dirigé la manifestation en reprenant des classiques du canon sioniste.

Malgré un message cohérent soulignant leur inquiétude quant à l’impact du projet de réforme du gouvernement sur leurs enfants et petits-enfants, plusieurs des participants – dont la plupart ont connu les premières années d’Israël et les principales guerres – ont affirmé avec force qu’Israël restait crucial pour l’avenir de leur famille.

Une pancarte qui affiche : « Bibi, va le raconter à ta grand-mère », aperçue à la manifestation de grands-mères contre le plan de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv le 20 avril 2023. (Crédit : Stav Tzur)

Plusieurs manifestants d’autres secteurs, notamment ceux de la haute technologie, ont évoqué la possibilité de délocaliser ou de transférer leurs capitaux à l’étranger en réponse à la tentative du gouvernement de s’emparer du pouvoir judiciaire.

« Il est hors de question que nous abandonnions ce pays », a déclaré Gelb, qui s’est engagé à poursuivre la « lutte » pour l’indépendance de la justice. « Nous ne pouvons absolument pas abandonner ce pays. »

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