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Invoquant la « compassion », une juge autorise une Ukrainienne à rester en Israël

Une réfugiée, qui s’était précédemment vu refuser l’asile, a raconté son dangereux périple depuis Kiev jusqu'en Israël

Une femme brandit un drapeau ukrainien lors d’une manifestation contre l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, à Tel-Aviv, sur la côte méditerranéenne d’Israël, le 12 mars 2022. (JACK GUEZ / AFP)
Une femme brandit un drapeau ukrainien lors d’une manifestation contre l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, à Tel-Aviv, sur la côte méditerranéenne d’Israël, le 12 mars 2022. (JACK GUEZ / AFP)

Les autorités israéliennes ne peuvent extrader des réfugiés en provenance d’Ukraine ou leur demander de remplir des conditions préalables avant leur arrivée en Israël, a statué mardi un tribunal israélien.

Le ministère de l’Intérieur israélien avait dans un premier temps adopté une ligne stricte face à l’afflux de réfugiés ukrainiens, avant de céder sous la pression de l’opinion publique et des critiques croissantes au sein même du gouvernement.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, membre du parti de la droite nationaliste Yamina, avait ainsi annoncé dimanche qu’aucun quota ne serait plus imposé pour les réfugiés ayant déjà des membres de leur famille en Israël.

Plusieurs centaines de réfugiés en provenance d’Ukraine, selon les médias israéliens, sont cependant toujours la cible de mesures d’extradition et certains ont fait appel, avec l’aide de l’ambassade d’Ukraine en Israël.

Le tribunal du district de Tel-Aviv (centre) avait été saisi du cas d’une Ukrainienne réfugiée en Israël que le ministère de l’Intérieur israélien tentait d’expulser de l’Etat hébreu et a décidé lundi qu’elle serait autorisée à rester, pour le moment, dans le pays.

« Même s’il existe une crainte qu’elle ne s’installe, à la lumière des horreurs de la guerre et des épreuves que la requérante a traversées, comme ceux dans sa situation, jusqu’à son arrivée en Israël, il n’y a pas lieu de la renvoyer maintenant », écrit la juge Michal Agman Cohen dans sa décision.

« Quant à organiser la demande (d’accueil en Israël) à l’avance, cette exigence pour ceux qui fuient les zones de combat en Ukraine est déraisonnable », ajoute la juge dans cette décision en hébreu.

La juge Michal Agmon-Gonen a indiqué, dans sa décision, que « nous ne devons pas renvoyer ceux qui ont échappé aux horreurs de la guerre. »

« Comment peut-on regarder les convois de réfugiés, composés principalement de femmes et d’enfants, fuyant Kiev sous le feu des bombardements, certains mourant en route, et ordonner [aux survivants] d’y retourner ?! »

La décision d’Agmon-Gonen est intervenue après que la réfugiée ukrainienne -dont l’anonymat a été préservé- a fait appel d’une décision de l’Autorité de la population et de l’immigration de l’expulser, en raison d’une tentative antérieure de rester illégalement dans le pays.

Selon les termes du verdict, la ressortissante ukrainienne avait, par le passé, bien avant l’invasion de l’Ukraine, présenté une demande de reconnaissance du statut de demandeur d’asile en Israël, et avait été déboutée.

Des années plus tard, dans une Europe menacée par la guerre, elle a décrit à la cour les huit jours passés à se cacher dans un sous-sol à Kiev, dans une ville bombardée par les troupes russes. Elle a expliqué comment, sans argent, elle était parvenue à atteindre la Slovaquie, où elle ne connaissait personne, et comment elle avait dormi sur un bateau dans le port.

Elle a indiqué avoir décidé de venir en Israël à l’invitation d’une connaissance, un homme installé en Israël depuis quelques années.

L’Autorité de la population et de l’immigration lui a refusé l’entrée sur le territoire israélien et l’a enjointe de monter à bord d’un avion pour retourner en Slovaquie.

« L’intéressée avait déjà été séjourné en Israël par le passé. Lors de son dernier séjour, elle avait été déboutée de sa demande d’asile et invitée à quitter le territoire. Aujourd’hui, sous une nouvelle identité, elle a atterri en Israël et, pour les motifs déjà exposés, l’entrée lui a été refusée », peut-on lire dans un communiqué publié par l’Autorité de la population et de l’immigration.

Les antécédents présumés de l’intéressée en Israël n’ont pas influencé Agmon-Gonen. Elle a relevé que, même s’il était légitime qu’elle retourne en Slovaquie – et non pas à Kiev -, compte tenu de son « dénuement total et du fait qu’elle ne connaisse personne là-bas », ainsi que « du traumatisme qu’elle a subi », la forcer à y retourner en ce moment serait une erreur.

Capture d’écran de la Douzième chaîne israélienne, diffusée le 10 mars 2022, de réfugiés de la guerre en Ukraine attendant pendant des heures dans des conditions de grande promiscuité, à l’aéroport Ben Gurion. (Capture d’écran de la Douzième chaîne)

« Je crois que pour l’instant [l’État] devrait attendre et lui permettre, ainsi qu’à d’autres dans une situation comparable, de rester en Israël », a-t-elle déclaré. « Les moments que nous vivons exigent de la compassion, de la compassion humaine. »

Agmon-Gonen a émis une injonction temporaire empêchant l’expulsion de la femme, donnant à l’Autorité de la population et de l’immigration deux semaines pour réagir à sa décision.

La réfugiée ukrainienne en question est l’une des 17 personnes qui se sont vu refuser l’entrée en Israël pour des antécédents d’entrée illégale dans le pays. Il s’agit notamment de femmes avec enfants, dont un nourrisson âgé de 10 jours, selon un reportage de la Douzième chaîne.

La décision – inhabituelle – d’Agmon-Gonen a mis en évidence les difficultés rencontrées par des Ukrainiens sans liens avec le judaïsme, venus chercher refuge en Israël.

Capture d’écran d’une vidéo non datée montrant des réfugiés ukrainiens dans une zone d’attente de l’aéroport Ben Gurion, après s’être vu refuser l’entrée en Israël. (Ynet)

La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, a annoncé dimanche que les réfugiés fuyant l’Ukraine, avec des proches en Israël, ne seraient pas concernés par le plafond d’entrée – fixé à 25 000 personnes – imposé aux réfugiés inéligibles à la citoyenneté israélienne.

Cette décision a été prise alors que des critiques se faisaient plus fortes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du gouvernement, envers la politique en matière de réfugiés.

Le nombre de réfugiés supplémentaires admis par Israël dans le cadre de la nouvelle politique n’est pas encore connue avec précision.

Le ministre des Affaires de la diaspora, Nachman Shai, l’un des nombreux membres de la coalition gouvernementale à s’être élevé contre le plafond d’entrée, a jugé la nouvelle politique « insuffisante et tardive ».

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, plus de 9 100 Ukrainiens sont arrivés en Israël, selon les données du ministère israélien de l’Immigration. Quelque 5 600 d’entre n’ont pas droit à l’immigration en Israël, pays où les juifs, enfants ou petits-enfants de juifs de l’étranger sont éligibles à la citoyenneté.

Avec les Etats-Unis comme allié historique, des forces russes basées en Syrie voisine et environ un million de ses citoyens originaires de l’ex-URSS, Israël tente de trouver un équilibre délicat depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Fort de ses relations avec Moscou, Washington et Kiev, le Premier ministre Naftali Bennett a entamé une médiation pour tenter de mettre fin aux combats. M. Bennett s’est d’ailleurs entretenu lundi au téléphone avec les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Volodymyr Zelensky.

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