Israël bloquera les efforts militaires de l’Iran, « même au risque d’une guerre »
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Israël bloquera les efforts militaires de l’Iran, « même au risque d’une guerre »

Le chef d'État-major déplore qu'Israël soit seul dans la lutte contre Téhéran et affirme la possibilité d'un cessez-le-feu à long terme à Gaza

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef d'état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, lors d'une conférence à la mémoire de l'ancien chef d’État-major Amnon Lipkin-Shahak, au Centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 25 décembre 2019. (Crédit : Armée israélienne)
Le chef d'état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, lors d'une conférence à la mémoire de l'ancien chef d’État-major Amnon Lipkin-Shahak, au Centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 25 décembre 2019. (Crédit : Armée israélienne)

Le chef d’État-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, a déploré mercredi qu’Israël soit seul dans la lutte contre l’Iran et ses mandataires au Moyen-Orient, alors que la République islamique fait preuve de toujours plus d’agressivité dans la région.

« Il vaudrait mieux que nous ne soyons pas les seuls à leur répondre [militairement] », a déclaré Kohavi – une apparente critique face au manque d’action des États-Unis et des pays du golfe Persique, qui voient également l’Iran comme un ennemi majeur.

Le responsable a prononcé un important discours d’une heure sur la sécurité nationale d’Israël et la situation de l’armée lors d’une conférence en l’honneur de l’ancien chef d’État-major Amnon Lipkin-Shahak, au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. C’était le premier grand discours de Kohavi au sujet de la sécurité nationale d’Israël depuis sa prise de poste en janvier dernier.

« Ces dernières années, l’Iran a changé de politique et est beaucoup plus actif », a déclaré Kohavi, en référence aux attaques de ces derniers mois contre des installations pétrolières dans les États du Golfe.

« Et il n’y a pas de réponse, pas de vengeance, pas de représailles », a-t-il dit.

Un pétrolier en feu dans le golfe d’Oman, le 13 juin 2019, près du détroit stratégique d’Ormuz, où deux navires auraient été attaqués. (Crédit : Photo AP / ISNA)

Kohavi a également abordé la situation dans la bande de Gaza, où Israël a travaillé, avec l’aide de l’Égypte, à la négociation d’un cessez-le-feu à long terme avec les dirigeants de facto de l’enclave, le groupe terroriste du Hamas.

« Nous autoriserons l’assistance civile en échange d’améliorations importantes de la sécurité à Gaza. Ce n’est pas ma politique, c’est celle du gouvernement », a déclaré Kohavi.

Selon Kohavi, les combats d’une durée de deux jours le mois dernier entre l’armée et le Jihad islamique palestinien, le deuxième groupe terroriste le plus puissant de Gaza, ont accru les possibilités d’un tel cessez-le-feu. Contrairement aux combats précédents dans la bande de Gaza, Israël n’a pas ciblé les installations du Hamas, concentrant ses attaques quasi exclusivement sur le Jihad islamique.

Les Palestiniens examinent les destructions suite à une frappe aérienne israélienne, le 14 novembre 2019, à Khan Yunis dans le sud de la bande de Gaza. (Crédit : DIT KHATIB / AFP)

« Nous voulions remettre le Jihad islamique à sa place – une chose que le Hamas ne ferait pas, donc nous nous en sommes occupés », a-t-il déclaré.

« Au moment où je parle, il y a une opportunité. Le Hamas est à nouveau en train de dicter l’ordre du jour – mais s’il y a une roquette ou un tir de mortier ici ou là, nous ne l’accepterons pas », a-t-il dit, faisant référence aux récentes attaques depuis Gaza, qui, selon les responsables militaires, étaient l’œuvre de plus petits groupes terroristes plus radicaux, et non celle du Hamas.

Le responsable militaire a ajouté qu’Israël était prêt à faire la guerre si nécessaire afin de ramener le calme dans la région de Gaza.

« La guerre est toujours le dernier choix, mais dans le cas où toutes les autres voies ont été épuisées, la guerre est une solution, une opération militaire est une solution », a-t-il déclaré.

L’Iran est partout

Kohavi a déclaré que l’Iran travaillait à la mise en place de bases opérationnelles avancées dans toute la région, à partir desquelles le pays pourrait mener des attaques contre Israël, avec sa Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique, ou ordonner à ses mandataires dans la région, notamment le groupe terroriste du Hezbollah, d’attaquer.

« Nous n’autoriserons pas l’Iran à établir une présence militaire en [Syrie], ni même en Irak », a-t-il dit.

Le chef militaire a déclaré que l’armée israélienne opérait dans toute la région – ouvertement, secrètement et clandestinement – afin de contrecarrer les plans de l’Iran et de ses mandataires, « même au risque d’une guerre ».

Un tank M109 israélien stationné près de la frontière avec la Syrie dans les hauteurs du Golan, annexées par Israël, le 19 novembre 2019, après que les défenses aériennes israéliennes ont intercepté quatre roquettes tirées de la Syrie voisine. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

Kohavi a spécifiquement mentionné les efforts de l’Iran et du Hezbollah afin de développer des missiles guidés de précision comme le type de problème pour lesquels Israël pourrait se risquer à une guerre. La menace que représente le programme balistique iranien est généralement considérée par les responsables israéliens comme la deuxième derrière le programme nucléaire de l’Iran.

« Nous ne permettrons pas à nos ennemis d’acquérir des armes de précision », a-t-il déclaré.

Selon Kohavi, l’une des caractéristiques qui définissent la situation actuelle de la sécurité nationale d’Israël est celle-ci : le nombre d’endroits à partir desquels l’État juif est menacé augmente, ainsi que le nombre de menaces au sein de chacun de ces endroits.

« En Syrie, il y a les forces du Hezbollah et les forces Al-Qods [en plus de l’armée syrienne]. À Gaza, il y a également des mandataires des Iraniens [en plus du Hamas et du Jihad islamique] », a-t-il déclaré.

Le responsable militaire a noté que l’Irak, où l’Iran contrôle un grand nombre de milices chiites, est également devenu un pays source de préoccupation croissante pour Israël.

Un religieux iranien observe les missiles sol-sol développés en Iran alors qu’ils sont exposés par les Gardes de la Révolution dans une présentation militaire marquant le 40ème anniversaire de la Révolution islamique, à la grande mosquée de l’Imam Khomeini à Téhéran, en Iran le 3 février 2019. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Kohavi a ajouté que l’Iran en lui-même était également devenu une menace militaire directe et immédiate pour Israël, alors que, par le passé, il œuvrait depuis « derrière les montagnes, travaillant sur son programme nucléaire ».

« L’Iran continue à développer des missiles pouvant atteindre le territoire israélien. Cela passe quelque peu sous le radar », a-t-il déclaré.

Il a également évoqué les récentes violations par l’Iran de l’accord nucléaire de 2015, qui a dépassé de deux fois la quantité et le niveau d’uranium enrichi approuvés par l’accord. Kohavi a déclaré que ces actions avaient pour but d’exercer une pression sur les États-Unis et les Européens dans le cadre des négociations, et ne constituaient pas un réel effort visant à développer une arme nucléaire, mais que cela pourrait finir par changer.

« L’Iran fait cela dans le cadre d’un dialogue stratégique avec les États-Unis. Mais à un moment donné, cela quittera le domaine du dialogue stratégique et deviendra une véritable menace », a-t-il déclaré.

Se préparer à la guerre

Dans son discours, Kohavi a déclaré qu’une guerre n’était pas à l’ordre du jour, en raison de l’efficace dissuasion israélienne, mais a précisé que la prochaine guerre à laquelle l’État juif serait confronté – que ce soit contre le Hezbollah au nord ou le Hamas dans le sud – serait plus difficile et désastreuse que celles qui ont précédé, en raison de l’amélioration technique des capacités des groupes terroristes.

« En termes de roquettes, le nombre comme la portée et la taille des ogives ainsi que leur précision ont augmenté. »

Kohavi a déclaré que l’armée avait bien entendu conscience de ces menaces, y était préparée et travaillait afin d’améliorer toujours plus ses défenses, mais a averti que, malgré cela, les menaces demeuraient. « Nous devons nous préparer à cela », a déclaré le général.

Un homme examine les dégâts causés à une maison à Sderot, en Israël, après avoir été touchée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, le 12 novembre 2019. (Crédit : Tsafrir Abayov / AP)

« Vous ne pouvez pas avoir une guerre sans victimes. Je ne peux pas vous promettre une guerre courte. Je ferai mon possible pour la raccourcir, mais pendant ce temps-là, le front intérieur sera touché », a-t-il déclaré.

« Nous aurons besoin de résilience sur le front intérieur. »

Kohavi a noté que, depuis la deuxième guerre du Liban en 2006, le Hezbollah a également œuvré afin d’améliorer ses capacités, se plaçant au même niveau que certaines armées nationales.

« Le Hezbollah ne se contente pas de parader avec des Kalachnikov et des missiles antichars. Il possède des armes antiaériennes et du cyber-équipement », a-t-il dit, en référence aux capacités du groupe en guerre électronique.

Kohavi a déclaré qu’il ne croyait pas que l’Iran ou ses mandataires lanceraient dans l’immédiat une guerre contre Israël.

« Aucun de nos ennemis ne veut une guerre en ce moment », a-t-il déclaré.

Sentiment de sécurité

Ces dernières années, l’une des critiques les plus constantes et les plus véhémentes contre l’armée et les stratégies de sécurité d’Israël a porté sur les réponses militaires à la violence de la bande de Gaza.

Kohavi a rejeté certaines de ces critiques, affirmant que l’armée avait effectivement pu éviter la majorité des attaques de la bande de Gaza et que le problème n’était pas lié à la sécurité mais au « sentiment de sécurité » chez les Israéliens qui résident à proximité de Gaza. Il a cependant déclaré que le « sentiment de sécurité » n’était pas sans importance, mais qu’il était moins important que la sécurité en elle-même.

« Chaque fois qu’une sirène de roquette interrompt la nuit ou clôt une fête ou le repas du Shabbat, les gens affirment que la sécurité est mauvaise », a-t-il dit.

« Je fais la différence entre la sécurité et le sentiment de sécurité. La sécurité passe avant le sentiment de sécurité. Mais nous devons donner aux gens le sentiment de sécurité », a déclaré Kohavi.

Il a ajouté qu’il espérait qu’un accord de cessez-le-feu à long terme avec le Hamas serait bientôt signé, mais qu’Israël n’hésiterait pas à mener une opération militaire si nécessaire.

Le responsable a déclaré avoir conscience que cela impliquerait des combats dans des zones urbaines très complexes, où le Hamas a établi de nombreuses installations militaires, estimant qu’Israël serait plus prudent dans un endroit aussi densément peuplé, rempli de civils.

« L’ennemi a décidé de se baser en milieu urbain, mais nous réagirons avec force », a-t-il déclaré. « Nous avertirons les civils qui y vivent et leur donnerons le temps d’évacuer. »

Kohavi a expliqué que l’armée ne s’abstiendrait pas d’attaquer les infrastructures civiles utilisées par les groupes terroristes pour attaquer Israël.

« Nous frapperons les infrastructures du pays qui permet cela. Les pays qui autorisent ou encouragent des groupes terroristes à opérer à leurs frontières doivent savoir qu’ils seront tenus pour responsables », a-t-il dit, énumérant spécifiquement Gaza, le Liban et la Syrie.

Un garçon palestinien pieds nus et d’autres se penchent sur un cratère causé lors de frappes israéliennes qui ont détruit une maison et tué huit membres de la famille Abu Malhous, à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 14 novembre 2019. (Crédit : AP Photo / Khalil Hamra)

Le chef militaire est revenu plus en détails sur une opération lors des combats du mois dernier à Gaza, au cours de laquelle il a déclaré que « de nombreux civils avaient été tués » après que l’armée a bombardé le domicile d’une famille palestinienne qui avait apparemment été identifié à tort comme une installation militaire du Jihad islamique. Il a reconnu que des erreurs avaient été faites dans le processus de choix de la cible.

« Nous avons enquêté sur cela pendant des dizaines et des dizaines d’heures. Les leçons ont été apprises », a-t-il déclaré.

Préparer l’avenir

Kohavi a également discuté des préparatifs militaires à venir dans le cadre de son projet de plan pluriannuel connu sous le nom de « Momentum » en anglais, ou « Tenufa » en hébreu.

Selon l’homme, ses efforts visant à déployer ce plan sont contrecarrés par l’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement Israël et qui empêche le vote du budget nécessaire.

Les équipes israéliennes travaillent sur un mur frontalier en béton qui encerclera sur et sous terre la bande de Gaza, septembre 2016 (Capture d’écran : Ynet)

Kohavi a déclaré que la nouvelle clôture de sécurité et la barrière de protection souterraine en cours de construction autour de la bande de Gaza et qui aura pour but de contrecarrer les tunnels souterrains et les attaques d’infiltration à la surface étaient presque terminées.

« D’ici l’été 2020, la barrière sera terminée », a-t-il déclaré.

Kohavi a ajouté que des améliorations étaient également en cours le long de la frontière nord et en Cisjordanie afin de prévenir les attaques terroristes.

La nécessité de gagner des guerres « rapidement et de manière décisive » : telle est l’une des leçons les plus importantes apprises par l’armée ces dernières années, a ajouté le responsable.

« Nous devons fatiguer nos ennemis », a-t-il déclaré.

Kohavi a offert un exemple de stratégie militaire à l’ancienne qui ne fonctionnerait plus aujourd’hui : la conquête par Israël du plateau du Golan lors de la guerre des Six Jours de 1967.

Les militaires syriens utilisaient jusqu’alors le plateau du Golan pour attaquer les implantations israéliennes voisines, ce qui a incité l’armée à capturer la zone. Mais cela n’a pas empêché la Syrie d’attaquer Israël quelques années plus tard, lors de la dévastatrice guerre de Kippour en 1973.

« Il ne suffit pas de conquérir le Golan et d’atteindre une certaine ligne. Nous devons détruire les actifs de l’ennemi », a-t-il dit.

« Si vous avez atteint une ligne, mais que vous n’avez pas détruit les roquettes ennemies en cours de route, vous n’avez pas gagné », a déclaré Kohavi.

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