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Après la dégradation de son ambassade au Mexique, Israël convoque l’envoyé mexicain

Les manifestants exigent qu’Israël extrade Tomas Zeron, recherché pour la disparition de 43 étudiants. Jérusalem appelle le Mexique à « respecter ses obligations internationales »

Des étudiants d'Ayotzinapa peignent des slogans sur les murs de l'ambassade d'Israël à Mexico lors d'une manifestation le 21 septembre 2022 pour demander l'extradition de l'ancien procureur général Tomas Zeron de Lucio. (Crédit : CLAUDIO CRUZ / AFP)
Des étudiants d'Ayotzinapa peignent des slogans sur les murs de l'ambassade d'Israël à Mexico lors d'une manifestation le 21 septembre 2022 pour demander l'extradition de l'ancien procureur général Tomas Zeron de Lucio. (Crédit : CLAUDIO CRUZ / AFP)

Israël a déploré jeudi la dégradation de son ambassade à Mexico par des manifestants venus réclamer l’extradition d’un enquêteur mexicain, accusé notamment d’avoir manipulé des preuves dans l’affaire des disparus d’Ayotzinapa en 2014.

« La violence qui s’est exprimée pendant la manifestation, où des murs de nos bureaux ont été recouverts de graffitis offensants, ici est écrit ‘Mort à Israël’, n’a aucun lien avec l’affaire d’Ayotzinapa », a déclaré l’ambassadeur de l’État hébreu dans la capitale mexicaine, Zvi Tal, en désignant le mur derrière lui.

Des centaines de proches des 43 disparus d’Iguala, des étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa, étaient venus réclamer l’extradition de Tomas Zeron, un enquêteur mexicain qu’ils accusent d’être lié à ce drame et « protégé par Israël ».

Selon Meliton Ortega, qui représente les familles des disparus, M. Zeron est l’un des architectes de la version officielle de cette affaire encore très floue et rejetée par les manifestants.

Zvi Tal a expliqué que l’extradition de Tomas Zeron, demandée à plusieurs reprises par le Mexique, serait « examinée ». L’homme est accusé de kidnapping, torture et manipulation de preuves. Il a toujours nié.

Seules trois victimes ont été identifiées depuis 2014.

Au cours du mois dernier, l’ancien procureur général Jesus Murillo Karam, à l’origine de la controversée version officielle sur l’affaire des disparus d’Ayotzinapa, ainsi qu’un général de l’armée et deux militaires ont été arrêtés.

Motocyclette stationnée devant l’ambassade d’Israël dégradée par des manifestants demandant l’extradition de Tomas Zeron, accusé de torture, disparitions forcées et inconduite judiciaire dans l’affaire des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa, à Mexico, le 21 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Fernando Llano)

À la suite de l’incident, Israël a convoqué l’ambassadeur du Mexique à Tel Aviv pour obtenir des éclaircissements.

« Nous prenons cette question très au sérieux. Nous attendons du Mexique qu’il respecte ses obligations internationales », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

L’ambassadeur d’Israël au Mexique, Ziv Tal, a déclaré jeudi dans un communiqué continuer à croire en « l’avenir des relations diplomatiques » entre Israël et le Mexique en dépit « de ce regrettable incident ».

Il a également exprimé ses condoléances aux familles dont les proches ont disparu en 2014 et a déclaré qu’Israël respectait l’engagement des autorités mexicaines à lutter contre le « crime contre l’humanité ».

Un article du New York Times, l’an dernier, indiquait qu’Israël ne coopérait pas pour protester contre le soutien du Mexique aux enquêtes sur les droits de l’homme d’Israël, aux Nations Unies.

Le sous-secrétaire mexicain aux Droits de l’homme, Alejandro Encinas, déclarait au Times que Zeron avait reçu de l’aide d’entreprises israéliennes avec lesquelles il avait des liens, telles que la société de renseignement privée controversée NSO Group, dont le fugitif aurait autorisé l’utilisation de logiciels espions.

NSO nie avoir jamais aidé Zeron, et le Times a déclaré qu’Encinas n’avait fourni aucune preuve directe de cette accusation. Une enquête de médias internationaux appelé The Cartel Project indique qu’il aurait fui en Israël grâce à ses contacts dans l’industrie israélienne de la cybersurveillance.

La disparition des 43 étudiants enseignants avait choqué le Mexique et déclenché des manifestations de grande ampleur contre le gouvernement du président de l’époque, Pena Nieto.

Les étudiants avaient pris cinq bus pour se rendre à une manifestation, mais ont été arrêtés par la police corrompue dans la ville d’Iguala, Guerrero et remis à un cartel de la drogue.

Les procureurs ont d’abord déclaré que le cartel avait confondu les étudiants avec des membres d’un gang rival et les avait tués avant d’incinérer leurs corps dans une décharge et de jeter les restes dans une rivière.

Cependant, des experts indépendants de la Commission interaméricaine des droits de l’homme ont rejeté la conclusion du gouvernement, et les familles des victimes continuent d’exiger des réponses.

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