Israël offrira une éducation quasi gratuite aux Bédouins vétérans
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Israël offrira une éducation quasi gratuite aux Bédouins vétérans

Suite aux plaintes des réservistes en raison de discriminations, le ministère de la Défense offre des emplois aux soldats bédouins

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les soldats bédouins vus dans une tente montée dans un champ à proximité de la frontière de Gaza dans le sud d'Israël, le 6 juillet 2014 (Crédit : (Hadas Parush/Flash90)
Les soldats bédouins vus dans une tente montée dans un champ à proximité de la frontière de Gaza dans le sud d'Israël, le 6 juillet 2014 (Crédit : (Hadas Parush/Flash90)

Le ministère de la Défense a annoncé un nouvel effort cette semaine pour venir en aide aux vétérans bédouins, dont une prise en charge financière des études universitaires – après que plusieurs soldats ont signalé qu’ils ne se présenteraient pas au travail en raison de ce qu’ils ont décrit comme un racisme envers leur communauté.

Un représentant des 25 réservistes a déclaré qu’ils n’ont pas été consultés sur le sujet et que le projet ne répond pas à un grand nombre de leurs revendications.

Le ministre adjoint à la Défense Eli Ben-Dahan a présenté le plan à la Knesset mercredi au nom du ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui se trouve actuellement aux Etats-Unis pour une visite officielle.

Ben-Dahan a expliqué que Liberman avait promis « une large couverture d’aides » à l’égard des soldats bédouins, notamment des programmes militaires préparatoires supplémentaires.

Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense. (Crédit : Flash90)
Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense. (Crédit : Flash90)

La semaine dernière, a eu lieu la cérémonie d’inauguration du premier programme pré-militaire israélien pour les Bédouins.

“L’armée israélienne travaille avec diverses organisations, dont la police israélienne et la compagnie d’électricité, afin de venir en aide aux soldats issus de la communauté bédouine afin qu’ils trouvent du travail après leur départ de l’armée israélienne », a expliqué Ben-Dahan.

Les 15 participants du tout premier programme de l'armée israélienne destiné aux Israéliens bédouins après la cérémonie de remise des diplômes le 28 février 2017 (Autorisation)
Les 15 participants du tout premier programme de l’armée israélienne destiné aux Israéliens bédouins après la cérémonie de remise des diplômes le 28 février 2017 (Autorisation)

De plus, le ministre de la Défense a ordonné qu’au terme du programme ‘De l’uniforme à l’université’, les soldats de combat diplômés de licence puissent être financés par la Défense, « chaque soldat de la population bédouine libéré de l’armée pourra également se faire payer ses études, indépendamment de l’endroit où il a servi », a déclaré le ministre-adjoint à la Défense.

Le programme ‘De l’uniforme à l’université’ ne couvre pas la totalité du coût des diplômes universitaires ou de formations professionnelles, mais il fournit au moins les deux-tiers du financement. Le reste vient de l’argent touché au moment du départ de l’armée.

Il s’applique d’ores et déjà aux soldats issus de populations particulières : ceux qui ont fait leur service dans l’armée sans aide de leurs familles ou qui ont reçu une assistance financière. Les soldats bédouins feront dorénavant partie de ce groupe.

Ces mesures ont été proposées par la parlementaire du Likud Anat Berko et le Travailliste Eyal Ben-Reuven, ancien général de l’armée israélienne. Les deux élus appartiennent à la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Ces avantages étendus accordés aux soldats bédouins ont été décidés en réponse à une lettre signée par 25 réservistes de la ville de Bir al-Maksur en Galilée.

Omar Hreeb, l’un des signataires, a expliqué avoir été surpris d’apprendre que le gouvernement offre dorénavant d’autres services à la communauté.

“Personne ne nous a appelés. Personne n’est entré en contact avec nous, ni le ministère de la Défense ni le bureau du ministre de la Défense », a indiqué jeudi Hreeb.

L’essentiel de la lettre portait sur la discrimination à l’emploi envers la communauté bédouine, et particulièrement dans les secteurs de la sécurité et des transports.

Illustration : Le ministre israélien de la Défense Avigdor Liberman en visite sur la base militaire du Bataillon bédouin de Reconnaissance du désert le 26 juillet 2016 (Crédit : (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)
Illustration : Le ministre israélien de la Défense Avigdor Liberman en visite sur la base militaire du Bataillon bédouin de Reconnaissance du désert le 26 juillet 2016 (Crédit : (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

« Nous ne permettrons pas à ceux qui nous envoient au combat de nous cracher au visage. Nous ne continuerons pas à remplir notre devoir si personne ne s’intéresse à nos droits. Nous ne continuerons pas à nous présenter à notre travail jusqu’à ce que nous ayons le sentiment que l’état nous traite d’égal à égal et nous permette de vivre nos vies civiles comme n’importe quel autre citoyen israélien », ont écrit les réservistes.

Ils ont affirmé que les Bédouins israéliens, qui ont servi dans l’armée comme dans la police des frontières, s’étaient vus refuser des permis de conduire pour les bus et des autorisations de ports d’arme, nécessaires pour travailler comme gardien privé de sécurité après le service militaire.

Hreeb a expliqué que ces problèmes n’étaient pas directement résolus par la proposition du ministère de la Défense.

“L’éducation est quelque chose de formidable, et il faut envoyer les gens faire des études. Mais il y a des personnes dans un secteur, qui ont été formés pour être des combattants et pour servir le pays. Et ils veulent continuer, ils veulent travailler dans la défense, dans la sécurité, » a -t-il indiqué.

Les auteurs de la lettre ont affirmé que la discrimination invoquée dans le courrier était l’une des raisons qui explique le déclin du recrutement constaté dans l’armée au sein de la communauté bédouine, ces dernières années. Contrairement aux juifs Israéliens, circassiens et druzes, les Bédouins ne sont pas obligés par la loi de faire l’armée, même si de nombreux membres de cette communauté se portent volontaires.

Il y a environ 250 000 Bédouins dans le pays, selon les chiffres du gouvernement israélien. L’armée israélienne n’est pas parvenue à donner une estimation du nombre actuel de soldats bédouins dans les rangs des militaires, mais, selon des chiffres non-officiels, ils seraient actuellement 1 500.

Leur courrier était adressé à Liberman et à son collègue de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, selon les réservistes il y a eu des affirmations « calomnieuses » sur un enseignant bédouin qui a été impliqué dans un incident survenu au mois de janvier dans le village d’Umm al-Hiran.

Le véhicule qui a tué un policier israélien dans le village bédouin d'Umm al-Hiran dans le désert du Negev, dans le sud d'Israël, le 18 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le véhicule qui a tué un policier israélien dans le village bédouin d’Umm al-Hiran dans le désert du Negev, dans le sud d’Israël, le 18 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Au cours de démolitions effectuées dans le village, Yaqoub Mousa Abu al-Qiaan avait été tué par balles avant que sa voiture ne renverse l’officier Erez Levi. Les deux hommes sont morts.

Erdan et d’autres hauts-responsables avaient rapidement qualifié l’incident d’attentat terroriste et avaient fait des déclarations qui laissaient supposer qu’Abu al-Qiaan était associé à l’Etat islamique ou tout du moins inspiré par le groupe.

Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier présumée dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)
Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier présumée dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Toutefois, une étude de l’incident réalisée par le bureau des enquêtes policières du ministère de la Justice viendrait contredire ces faits, établissant que les tirs de la police pourraient avoir involontairement causé la perte de contrôle du véhicule d’Abu al-Qiaan, qui aurait alors renversé mortellement Levi.

Le mois dernier, Erdan avait semblé revenir sur ses propos initiaux, qualifiant ce qu’il s’était passé à Umm al-Hiran « d’incident » en opposition avec un attentat terroriste et appelant Abu al-Qia’an un « citoyen » plutôt qu’un « terroriste ».

Et deux jours plus tard, il avait promis de présenter ses excuses à la famille d’Abu al-Qiaan s’il était confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un attentat terroriste.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais cette semaine, Erdan a reproché l’incident à la victime, évoquant des affirmations d’ores et déjà démenties, ses phares étaient éteints et il aurait accéléré vers les officiers avant le début des tirs.

Ces affirmations provenaient initialement de la police, mais des vidéos ont depuis lors démenti ces faits.

Lundi, le ministre de l’Agriculture Uri Ariel a été le premier responsable israélien à présenter ses excuses au sujet de l’incident.

“S’il y a eu une erreur à Umm al-Hiran, je demande sincèrement pardon », a indiqué Ariel durant une visite effectuée dans la ville bédouine de Rahat. « Nous allons attendre les résultats du service des enquêtes internes de la police, mais il y a des voix qui attestent de graves erreurs commises – je veux présenter mes excuses à la famille ».

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