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Israël signe avec les Emirats son premier accord de libre-échange avec un pays arabe

La ministre de l'Économie Orna Barvivai et des ministres émiratis ont signé l'accord à Dubaï, marquant "une nouvelle ère pour le commerce et les investissements" dans la région

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

La ministre israélienne de l'Économie et de l'Industrie Orna Barbivai signe un accord de libre-échange avec les Émirats arabes unis à Dubaï, le 31 mai 2022. De gauche à droite : Ohad Cohen, directeur de l'administration du commerce extérieur au ministère de l'Économie et de l'Industrie ; l'ambassadeur israélien aux EAU Amir Hayek, la ministre israélienne de l'Économie et de l'Industrie Orna Barbibai ; le ministre de l'Économie émirati Abdulla bin Touq Al-Marri, le ministre d'État émirati au Commerce extérieur Thani bin Ahmed Al Zeyoudi ; l'ambassadeur émirati en Israël  Mohamed Al Khaja et Juma Al Kait,  directeur de l'administration émiratie du commerce extérieur. (Crédit : Anuj Taylor, Strap Studios)
La ministre israélienne de l'Économie et de l'Industrie Orna Barbivai signe un accord de libre-échange avec les Émirats arabes unis à Dubaï, le 31 mai 2022. De gauche à droite : Ohad Cohen, directeur de l'administration du commerce extérieur au ministère de l'Économie et de l'Industrie ; l'ambassadeur israélien aux EAU Amir Hayek, la ministre israélienne de l'Économie et de l'Industrie Orna Barbibai ; le ministre de l'Économie émirati Abdulla bin Touq Al-Marri, le ministre d'État émirati au Commerce extérieur Thani bin Ahmed Al Zeyoudi ; l'ambassadeur émirati en Israël Mohamed Al Khaja et Juma Al Kait, directeur de l'administration émiratie du commerce extérieur. (Crédit : Anuj Taylor, Strap Studios)

Israël et les Émirats arabes unis ont signé mardi un accord de libre-échange exhaustif et « révolutionnaire » qui vise à renforcer les liens économiques entre les deux pays alors que le commerce a atteint une valeur de 2,5 milliards de dollars, selon des estimations récentes, au cours des moins de deux ans qui se sont déroulés depuis la signature des Accords d’Abraham qui avaient été négociés par les États-Unis.

La ministre de l’Économie et de l’Industrie Orna Barbivai se trouvait à Dubaï, dans la matinée de mardi, pour signer l’accord aux côtés de son homologue émirati, Abdulla bin Touq Al-Marri, qui avait déclaré l’année dernière que les EAU espéraient générer plus d’un trilliard de dollars à partir des échanges commerciaux avec Israël lors de la prochaine décennie.

Les termes de l’accord ont été finalisés le mois dernier à Jérusalem avec le ministre d’État émirati au commerce extérieur, Thani bin Ahmed Al Zeyoudi.

Au mois de janvier, le cabinet israélien a approuvé un fonds israélo-émirati de Recherche et Développement créé pour soutenir les projets technologiques impliquant des entreprises des deux pays.

L’accord de libre-échange couvre les régulations, les douanes, les services, l’e-commerce et la protection des droits de propriété intellectuelle, entre autres.

Environ 96 % des produits échangés entre les deux pays, notamment dans les secteurs de l’alimentation, de l’agriculture, de la cosmétique, des équipements médicaux et des médicaments, seront exempts de droit de douane, selon l’accord. Si certains produits bénéficieront immédiatement de cette exemption, le processus se fera graduellement pour d’autres.

Prenant la parole depuis Dubaï, mardi, Barbivai a salué « l’importance historique » de l’accord pour les relations économiques entre Israël et les Émirats arabes unis, notant que c’est le tout premier accord de libre-échange total à avoir été signé entre l’État juif et un pays à majorité arabe.

Barbivai a expliqué que l’accord était « une initiative révolutionnaire » pour Israël et pour les EAU, une initiative qui servira « d’inspiration pour la région » et qui « entraînera des opportunités illimitées de renforcement économique pour les entrepreneurs et pour les hommes d’affaires des deux pays ».

« Ensemble, nous ferons disparaître les obstacles et nous ferons la promotion du commerce intégral et des nouvelles technologies, ce qui permettra de construire une base solide pour notre trajectoire commune et ce qui bénéficiera aux citoyens et facilitera le commerce. C’est un accord de libre-échange intégral, le tout premier accord de libre-échange avec un État arabe – et que nous concluons maintenant, si rapidement après l’établissement de nos relations diplomatiques », a déclaré Barbivai lundi, avant la cérémonie de signature.

L’ambassadeur israélien aux EAU, Amir Hayek, a écrit « Mabrouk » – « félicitations » en arabe – sur Twitter, un post accompagné d’une photographie montrant des responsables émiratis et israéliens tenant les documents à une cérémonie de signature à Dubaï.

L’ambassadeur émirati en Israël, Mohamed Al Khaja, a pour sa part qualifié l’accord « d’accomplissement sans précédent », déclarant qu’il profitera aux deux pays. Il a aussi remercié Ohad Cohen, chef de l’Administration israélienne du commerce extérieur, pour avoir chapeauté cette initiative.

« Israël & les EAU viennent de signer un accord de libre-échange – le tout premier de cette envergure à avoir été signé entre Israël & un État arabe », a écrit le Premier ministre Naftali Bennett après la signature de l’accord à Dubaï.

Al-Marri, ministre émirati de l’Économie, a indiqué mardi que l’accord « établit un nouveau paradigme dans la région » et qu’il « accélérera la croissance économique et renforcera la certitude commune que le seul moyen de construire une économie durable dans un monde complexe est de le faire ensemble ».

L’accord de libre-échange « peut prouver aux nations et aux gouvernements du monde entier que la collaboration et le dialogue sont le meilleur moyen de transformer les défis en opportunités », a-t-il ajouté.

Al Zeyoudi a aussi salué « une nouvelle ère pour le commerce et les investissements » dans la région, ajoutant que « l’accord approfondi qui a été signé entre nos deux pays accélérera les activités économiques » tout en créant des opportunités de recherche et développement, « ainsi que les nouveaux investissements dans les technologies agricoles, dans les énergies renouvelables et autres technologies de pointe – des secteurs déterminants pour nos deux pays ».

La ministre israélienne de l’Économie et de l’Industrie Orna Barbivai, à gauche, signe un accord de libre-échange avec le ministre émirati de l’Économie Abdulla bin Touq Al-Marri à Dubaï, le tout premier accord de ce type signé par Israël avec un pays arabe, le 31 mai 2022. (Crédit : Anuj Taylor, Strap Studios)

« Au cours des 18 derniers mois, nous avons prouvé ce qui peut être réalisé quand les conflits et les différences sont mis de côté. Nous sommes dorénavant prêts à exploiter les fondations posées et à promouvoir une nouvelle ère d’opportunités et d’entrepreneuriat pour nos citoyens ; nous sommes prêts à établir une relation faite de respect mutuel, de tolérance, de discours ouvert et honnête, une unité de pensée et d’action. Je n’ai aucun doute sur le fait que cet accord va ouvrir la voie à une nouvelle ère d’économie prospère dans notre région », a indiqué le ministre d’État au commerce extérieur des EAU.

Le commerce existant entre l’État juif et les Émirats arabes unis est estimé à 2,5 milliards de dollars depuis la signature, en 2020, des Accords d’Abraham, a fait savoir Zeyoudi à Davos, la semaine dernière. Plus d’un milliard de dollars ont été enregistrés pendant le premier trimestre 2022, a-t-il ajouté.

Il a noté qu’en 2023-2024, le commerce entre les deux pays devant atteindre les cinq milliards de dollars, selon les prévisions.

Les Émirats arabes unis et Israël ont signé un accord de normalisation en 2020 dans le cadre des Accords d’Abraham, qui avaient été négociés par les États-Unis. Bahreïn, le Soudan et le Maroc avaient ensuite suivi l’exemple donné par les EAU.

Les discussions sur l’accord de libre-échange ont commencé au mois de novembre 2021 et elles se sont finalisées en moins de six mois.

L’État juif a déjà conclu des accords de libre-échange avec d’autres pays et blocs, notamment avec les États-Unis, avec l’Union européenne, avec le Canada et avec le Mexique.

Au mois de février, Israël a signé un accord commercial avec Rabat concernant la conception de zones industrielles particulières au Maroc.

Les liens unissant l’État juif et l’Arabie saoudite se sont aussi améliorés, ces derniers mois. Selon un reportage qui a été diffusé la semaine dernière par la Douzième chaîne, un haut-responsable israélien s’est rendu très récemment dans le royaume, dans un contexte de rumeurs croissantes qui laissent entendre que Jérusalem et Ryad seraient prêts à prendre de petites initiatives en faveur de la normalisation des relations entre les deux pays.

Les parties auraient discuté des intérêts sécuritaires des deux nations, qui se sont davantage alignés, ces dernières années, face à la menace commune posée par l’Iran.

Par ailleurs, un article paru dans Globes a indiqué que des dizaines d’entrepreneurs israéliens, spécialisés dans la technologie, et des hommes d’affaires se sont récemment rendus en Arabie saoudite pour des discussions sur les investissements saoudiens dans les firmes et dans les fonds d’investissement israéliens.

Ces interactions présumées entre les deux pays, qui n’entretiennent pas de lien officiel, surviennent alors que les États-Unis encouragent leurs alliés à davantage coopérer dans la région, et elles ont eu lieu avant un déplacement au Moyen-Orient du président américain Joe Biden, qui se rendra en Israël et aussi en Arabie saoudite.

Le royaume s’était abstenu de signer les Accords d’Abraham en 2020 comme les États-Unis et Israël l’avaient espéré, mais Ryad aurait donné, dans ce contexte, le feu vert à Bahreïn pour se joindre à cette aventure de la normalisation avec l’État juif. L’Arabie saoudite a une grande influence sur Bahreïn.

Au mois de mars, le prince héritier Muhammad bin Salman a déclaré qu’Israël pouvait être « un allié potentiel » de Ryad.

Lazar Berman, l’équipe du Times of Israel et l’AFP cont contribué à cet article.

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