Jaffa : Des œuvres anti-BDS peintes par des artistes internationaux
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Jaffa : Des œuvres anti-BDS peintes par des artistes internationaux

Des pionniers du graffiti venus d'Espagne, du Brésil, de Grèce, du Portugal et d'Afrique du sud ont illuminé les murs de la ville pour contrer le mouvement de boycott d'Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le travail de l'art de rue créé par les artistes espagnols PichiAvosur un mur de Jaffa dans le cadre de l'événement Patron des Arts (Autorisation : Patron des Arts)
Le travail de l'art de rue créé par les artistes espagnols PichiAvosur un mur de Jaffa dans le cadre de l'événement Patron des Arts (Autorisation : Patron des Arts)

Dans le passé, les graffeurs, en Israël, peignaient furtivement des messages anti-establishment sous couvert de l’obscurité de la nuit sur les murs de la ville.

Maintenant, les graffitis s’appellent de l’art de rue – et ils font dorénavant partie d’un certain establishment des arts.

Dans ce cas précis, ce sont la compagnie de liqueurs Patron Tequila, le port de Jaffa et plusieurs autres firmes locales qui ont parrainé un groupe international d’artistes de rue qui ont été invités en Israël pendant la fête de Souccot.

Le projet, appelé « Patron des Arts », a consisté à faire choisir différents sites de Jaffa à ces artistes – la majorité d’entre eux situés près du port – et à leur fournir des grues, de la peinture et des brosses pour leurs créations.

Jeudi à 11 heures du matin, le duo Pichiavo (Pichi et Avo) venu de Valence, en Espagne, a terminé sa représentation du poète antique grec Anacreon avec un oiseau à la main – une œuvre en cinq couches sur un mur surplombant la mer en teintes roses et violettes.

« Nous racontons beaucoup d’histoires mythologiques », explique Pichi, 34 ans, qui était diplômé en beaux-arts quand il a rejoint Avo, créateur industriel, et qu’il s’est embarqué dans les arts de rue. « Nous avons beaucoup de thèmes classiques et c’est une manière de les exprimer et, pour nous, c’est aussi une manière d’apprendre. »

Les deux artistes ajoutaient encore des couches de couleur à la peinture jeudi devant un groupement de passants prenant des photos.

« Ces gens ont été géniaux », explique Pichi. « Ils apprennent le processus en observant et ils sont engagés dedans. C’est une grande culture ici. »

Rachel Meijler et Olivier Paytel, des passionnés qui ont travaillé pendant deux ans pour amener huit artistes de rue internationaux en Israël pour le Patron des Arts, en 2019. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ce type d’interaction est l’idée entière qui est à l’origine du projet, explique Rachel Meijler, propriétaire d’une galerie d’art à Tel Aviv qui travaille sur l’idée depuis au moins deux ans.

Ce sont Meijler et le Français Olivier Paytel qui ont imaginé de rassembler le groupe de graffeurs en Israël, d’abord comme moyen de combattre le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) anti-israélien.

« Il faut qu’ils soient très courageux pour venir en Israël parce qu’un grand nombre de ceux qui les suivent sont influencés par BDS », dit Meijler. « Instagram, c’est combien d’abonnés vous avez derrière vous, et à partir du moment où vous vous prononcez pro-quelque chose, il faut immédiatement savoir comment le gérer. »

Faire venir les artistes en Israël pour créer de l’art a été une manière de contourner la politique et d’offrir une raison d’effectuer le voyage, explique Paytel.

« On s’en rend compte tout le temps en tant que propriétaires de galerie ou que collectionneurs », dit Meijler. « Les artistes ont des opinions qui ne sont pas basées sur l’expérience réelle et il faut leur faire découvrir les lieux de manière non-politique. On veut leur montrer Israël. »

Il a fallu deux ans pour que Meijler rassemble le projet – les artistes voyagent en permanence et ils ont généralement besoin d’une semaine à un endroit pour créer leurs œuvres murales.

Parmi les graffeurs invités, Cranio, venu du Brésil, qui a peint des Indiens bleus naviguant dans une mer couleur violette ; un oiseau en 3D réalisé par Insane51, de Grèce ; un avion en papier noir sortant d’un mur dessiné par Nuno Viegas du Portugal et un tigre gris avec un œil électronique bleu, fait par l’artiste sud-africain Sonny Sundancer.

« Cette sorte d’art est très importante, et elle peut amener d’autres artistes ici », explique Paytel.

Des marins bleus sur un navire peint par le Brésilien Cranio dans le cadre du Patron des Arts, le 17 octobre 2019. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les arts de rue ont été créés sur les murs usés et parfois croulants du secteur du port de Jaffa, où les coffee shops chics et les boutiques des glaciers surplombent les bateaux de pêche et les rues pavées.

Meijler a indiqué qu’elle avait eu de la chance quand elle avait cherché un lieu à Tel Aviv et qu’elle avait découvert que les murs du port de Jaffa étaient disponibles, le secteur du port devant être rénové au cours des deux prochaines années.

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