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Jérusalem : La police filmée en train de frapper des ultra-orthodoxes

Les agents ont riposté violemment à une manifestation contre un magasin de téléphones ; un passant a été frappé et arrêté après avoir tenté d'échanger avec des policiers

La police arrête un passant ultra-orthodoxe, Haim Mizrachi , à Jérusalem, le 5 janvier 2022. (Capture d'écran)
La police arrête un passant ultra-orthodoxe, Haim Mizrachi , à Jérusalem, le 5 janvier 2022. (Capture d'écran)

La police de Jérusalem a suscité l’indignation, cette semaine, en frappant des ultra-orthodoxes et en les aspergeant à l’aide d’un canon à eau suite à une manifestation survenue dans le quartier Geula dans la capitale.

Les violences ont éclaté après que des centaines de personnes se sont rassemblées dans ce secteur, mercredi, pour protester contre la présence d’un magasin qui vendait des téléphones non-casher.

Les protestataires avaient l’intention d’endommager la boutique et de la faire fermer et ont brisé ses fenêtres, a raconté le gérant du commerce devant les caméras de la Douzième chaîne.

« C’était un cauchemar. C’était traumatisant. Ils n’ont pas seulement fait fuir les clients mais ils sont aussi venus pour faire des dégâts. Dès le début, ils sont venus pour casser, pour détruire », a-t-il ajouté.

La police a été déployée pour protéger le magasin et pour restaurer l’ordre public. Les agents ont bousculé, frappé et poussé les manifestants et les passants, et des canons à eau ont été utilisés contre ceux présents, aspergeant aussi les immeubles de cette rue résidentielle.

Un homme, identifié sous le nom de Haim Mizrachi, apparaît dans des images tournées par des caméras de sécurité en train de tenter d’attirer l’attention d’agents qui se trouvent dans un véhicule civil. Les agents conduisent à contre-sens et, dans la cohue, entrent en collision avec une autre voiture. Mizrachi ne réalise apparemment pas, à ce moment-là, que les hommes sont des policiers.

Une vidéo peu avant cet incident le montre en train de parler tranquillement à d’autres personnes dans la rue. Il s’approche ensuite des agents dans la voiture et leur parle, avant de s’éloigner. Un policier le prend alors en chasse, le traîne derrière une voiture et commence à le frapper. Il est alors rejoint par d’autres policiers. Mizrachi, de son côté, ne semble à aucun moment agir violemment ou manifester son mécontentement.

Mizrachi s’est exprimé jeudi devant les caméras de la Douzième chaîne.

« J’ai dit que j’irais les avertir, leur dire qu’ils avaient abîmé une voiture. On m’a répondu : ‘OK, OK’, dans le genre : ‘On vient.’ Et soudainement, on m’a sauté dessus, on m’a attrapé, on a commencé à me frapper », raconte-t-il à la chaîne.

« On m’a poussé dans une voiture de police, on m’a marché dessus, on m’a frappé au visage. Je leur ai dit que je ne pouvais plus respirer. Un policier m’a dit : ‘Vous avez suffisamment d’air’ et il m’a frappé », continue, ému, Mizrachi dans son témoignage.

Les policiers l’ont ensuite emmené dans un commissariat situé à proximité du Complexe russe, à Jérusalem. L’homme raconte qu’il a alors été placé en détention et qu’il lui a été interdit d’utiliser les toilettes.

Pour sa part, la police affirme que Mizrachi a agressé un policier. Elle a fait savoir que les manifestants avaient bloqué la circulation et perturbé l’ordre public et qu’au moins six personnes avaient été arrêtées.

Des images tournées peu de temps après l’incident montrent les forces de l’ordre utiliser des canons à eau, précipitant un homme ultra-orthodoxe au sol dans une rue de la ville.

Dans la vidéo, l’homme est seul d’un côté de la rue. Le jet d’eau, tourné dans sa direction, le fait tomber sur le trottoir, la tête la première. Il reste alors sur le trottoir, sans bouger.

« Je me suis immédiatement approché de lui. J’ai vu qu’il ne me répondait pas, qu’il ne pouvait pas communiquer », a expliqué un témoin, Yedidah Epshtein. « Pour commencer, j’ai appelé une ambulance. Puis je suis allé m’occuper de lui. De ce que je peux dire, il s’était évanoui. »

Kikar Hashabbat, un site d’information haredi en hébreu, a expliqué que l’homme avait dû être pris en charge à l’hôpital.

Selon la réglementation de la police, les canons à eau ne peuvent être utilisés que pour mouiller les manifestants et ne doivent pas les viser directement « en raison des possibilités de blessure traumatique à des parties sensibles du corps en résultat de la force du jet d’eau ».

D’autres vidéos de mercredi montrent un policier apparemment en train de frapper un jeune dans le magasin de téléphones.

Et sur un autre clip, les forces de l’ordre apparaissent en train de courir sur un trottoir, secouant un piéton qui tombe au sol.

Mizrachi a été convoqué par le département des enquêtes internes de la police, au sein du ministère de la Justice, pour apporter son témoignage.

Les forces de l’ordre l’ont gardé en détention jusqu’à jeudi après-midi et ont fait appel contre sa remise en liberté, une demande qui a été rejetée et critiquée par un magistrat.

En réponse à l’incident, la police a fait savoir que « pendant des activités de la police, et après qu’un ordre de dispersion a été émis, des mesures ont été utilisées pour disperser les individus qui troublaient l’ordre public. Nous constatons que des informations partielles circulent sur cet incident, des informations qui ne reflètent pas l’ampleur des troubles à l’ordre public continus et violents qui avaient lieu à ce moment-là. Si des accusations sont actuellement lancées à l’encontre des agents de police, elles feront l’objet d’une enquête de la part des responsables élus. »

Une éminente personnalité de la communauté ultra-orthodoxe a déclaré à Kikar Hashabbat que les manifestants étaient encore déterminés à faire fermer le magasin de téléphones.

« Les forces de police ne nous font pas peur. Ce magasin sera fermé d’ici quelques jours. Nous nous battrons », a-t-elle dit.

La police de Jérusalem a été critiquée, par le passé, pour avoir utilisé des canons à eau et notamment l’année dernière, lors des manifestations contre le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu.

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